Révolutions colorées : Etats-Unis, à la conquête de l’est…

Documentaire :

Note :

L’excellent documentaire intitulé Etats-Unis, à la conquête de l’est, réalisé en 2005 par la journaliste Manon Loizeau et diffusé sur Canal+ dans le magazine Lundi investigation, apporte un éclairage essentiel pour mieux comprendre les « révolutions colorées » survenues au cours des années 2000 en Europe orientale.
Des révolutions qui ont touché de nombreux pays anciennement situés dans la sphère d’influence de l’ex-Union soviétique comme : la Géorgie (La Révolution des roses en 2003), l’Ukraine (La Révolution orange en 2004), le Kirghizistan (La Révolution des Tulipes en 2005), ainsi que la Biélorussie (La Révolution en jean en 2005) bien que la tentative ait échoué.

Ce travail de fond de la journaliste française permet de découvrir les coulisses de ces mouvements en réalité très peu spontanés, et même téléguidés par des officines américaines plus ou moins connues, comme : la Central Intelligence Agency (CIA), l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le National Endowment for Democracy (NED), le United States Agency for International Development (USAID), l’organisation Freedom House,…

Ce documentaire permet de mieux comprendre également les raisons de l’affrontement violent qui se déroule actuellement en Ukraine entre les séparatistes pro-Russie et l’armée ukrainienne pro-USA/OTAN/UE.
L’Ukraine fait partie en effet de ces pays dit « pivots géostratégiques » ; à ce titre, il est un enjeu majeur pour les Américains, afin d’assoir encore davantage leur influence sur le continent eurasien (« de Lisbonne à Vladivostok »), comme l’écrivait explicitement dès 1997 l’éminent et toujours très influent géopolitologue américain Zbigniew Brzezinski (Le grand échiquier, traduction de The Grand Chessboard : American Primacy and Its Geostrategic Imperatives).

Pour les Etats-Unis, le but de ces révolutions colorées n’était pas de propager la liberté, la démocratie à travers le monde contrairement à la propagande claironnée à longueur de médias, mais bien, en réalité, d’étendre la sphère d’influence de l’idéologie néolibérale anglo-saxonne basée sur la liberté économique (libre-échange), le marché libre (free-market), afin que les firmes transnationales américaines puissent accroître leurs profits, leur puissance, sans se soucier pour autant des intérêts des peuples.

Des révolutions colorées destinées par conséquent à renverser les pouvoirs en place afin de contenir et réduire la sphère d’influence de la Russie, d’accéder aux gigantesques et stratégiques ressources du continent eurasien, et ainsi assurer aux Etats-Unis le maintien de leur suprématie économique et politique au XXIème siècle. Une suprématie remise en cause par des puissances émergentes, notamment la Chine, qui bousculent de plus en plus le statut hégémonique de la première puissance mondiale.

Revue de presse :

  • Dans les coulisses des révolutions « de velours » Le magazine « Lundi investigation » diffuse « Etats-Unis : à la conquête de l’Est ».
    Par G. F. Le Monde, le 14 octobre 2005
    La scène se passe en février 2005, dans un grand hôtel de Bratislava, capitale slovaque. Quelques heures avant l’ouverture du sommet entre George Bush et Vladimir Poutine, la délégation américaine reçoit, parmi d’autres invités, les principaux leaders des révolutions « pacifistes » de Serbie, d’Ukraine et de Géorgie. Autour d’un verre, tous rêvent ouvertement d’autres combats… dans d’autres pays. « On m’a demandé de voir ce qu’on pouvait faire à Cuba » , explique en rigolant Giga Bokeria, acteur de la révolution des roses géorgienne et conseiller politique du président géorgien Mikhaïl Saakachvili. Pas besoin d’être grand clerc pour deviner qui se cache derrière le « on »…Des séquences étonnantes comme celles-ci, qui plongent dans les coulisses de l’histoire récente, le film de Manon Loizeau, Etats-Unis : à la conquête de l’Est , en contient beaucoup. Pendant six mois, la journaliste de l’agence Capa (Grozny, chronique d’une disparition ; Guantanamo, au nom de la guerre ) a essayé de comprendre, pour le magazine « Lundi investigation », comment les Etats-Unis, par le biais d’organisations et de fondations « humanitaires », avaient en sous-main financé et aidé les révolutions serbe, géorgienne, ukrainienne et kirghize. «  Ce film aurait pu s’intituler « Révolution : mode d’emploi » , explique la réalisatrice. Au fil de l’enquête, j’ai découvert qu’il y avait un vrai marketing de la révolution, avec ses codes, ses couleurs, ses slogans. »

    Devenu très à la mode, l’imperméable orange utilisé par les manifestants pendant la révolution ukrainienne fait partie de cette panoplie marketing. Objet culte, symbole de victoire, on le retrouve jusqu’au Kirghizstan où Edil Baïssalov, l’un des leaders de l’opposition, le brandit fièrement, comme un porte-bonheur, quelques jours avant le début de la révolution dans son pays. Car ce que montre très bien ce film, ce sont les nombreuses interconnexions entre les différentes révolutions, leurs acteurs et les ONG américaines. Ces dernières ayant pris ouvertement la place occupée par la CIA jusque dans les années 1980 dans l’art de déstabiliser à long terme les gouvernements.(…)

    Etats-Unis : à la conquête de l’Est
    ne prétend pas donner de leçon ni dénoncer l’attitude américaine. Ce film est plutôt un constat qui soulève nombre de questions. « Au départ, je pensais faire un film sur le complot américain, avance Manon Loizeau. Mais, aujourd’hui, je m’interroge. Pourquoi l’Europe est-elle absente ? Jusqu’où les Américains vont-ils réussir à imposer leur idéologie de la démocratie ? » Edil Baïssalov résume bien le sentiment des révolutionnaires de velours : « Je n’ai pas à m’excuser parce que c’est un projet américain. »Manon Loizeau espère pouvoir retourner bientôt dans ces pays afin de vérifier, avec le recul, si la démocratie promise est bien au rendez-vous.G. F.Source : www.lemonde.fr/import/article/2005/10/14/dans-les-coulisses-des-revolutions-de-velours-le-magazine-lundi-investigation-diffuse-etats-unis-a-la-conquete-de-l-est_699300_3544.html
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