Le piège de la dette : un système plus que jamais d’actualité…

Intro :

En août 2012, Arte diffusait une série documentaire en 5 épisodes consacrée à l’histoire des Amérindiens : « Terres indiennes ».

Dans le 2ème épisode (« La vision de Tecumseh »), l’historien Stephen Warren rapporte un échange entre Thomas Jefferson, 3ème président des Etats-Unis de 1801 à 1809, et le gouverneur William Henry Harrisson.
Ce dernier était alors en guerre contre les Indiens Shawnees et leur grand chef stratège, Tecumseh (1768-1813), qui lutta jusqu’à la mort pour tenter de sauver son peuple ainsi que la terre qui l’avait porté.

Cet échange permet de comprendre le mécanisme par lequel les premiers colons européens sont parvenus à s’accaparer les biens et les terres qu’occupaient depuis des centaines d’années les peuples amérindiens.

Document :

Extrait du 2ème épisode « La vision de Tecumseh » :

  • [Stephen Warren, historien] : « Les Américains se sont appuyés sur ce qu’on a appelé le système des comptoirs, c’est-à-dire l’établissement à travers tout l’ancien nord-ouest de forts appartenant au gouvernement, où les Indiens troquaient des fourrures en échange de denrées diverses. De cette façon, les Indiens sont devenus les débiteurs des Etats-Unis.

    Quand Thomas Jefferson devient président pour la première fois en 1801 il écrit au gouverneur William Henry Harrisson : « Grâce au système des comptoirs, les indigènes accumuleront les dettes qu’ils seront incapables de rembourser ; ils ne pourront s’en libérer qu’en cédant leurs terres…« 


Note
:

Le 1er épisode de la série documentaire américaine intitulée « Au temps du Mayflower » (réal. Ric Burns, 2008), retrace l’arrivée sur le « Nouveau continent » d’un navire en 1620, le Mayflower, qui transportait une centaine d’immigrants anglais. Parmi ceux-ci se trouvaient un peu plus d’une trentaine de « Pères pèlerins » (Pilgrim fathers), dissidents protestants puritains qui fuyaient les persécutions de Jacques Ier, roi d’Angleterre, et qui seront considérés comme les pères fondateurs des futurs États-Unis d’Amérique.

Partis de Plymouth en Angleterre, ces Anglais allaient s’établir durablement dans ce qui allait devenir la Nouvelle-Angleterre et fonder la colonie de Plymouth.
Le début de cette colonisation fut marquée en 1620 par un hiver particulièrement rude. Une soixantaine de colons périrent de faim et de froid et la trentaine de membres restant de la communauté dut sa survie aux Indiens qui enseignèrent aux rescapés comment cultiver le maïs.

En mars 1621, dans ce qui deviendra le sud-est du Massachusetts, le grand sachem de la tribu des Wampanoag, Massasoit, décide de négocier avec un groupe de colons anglais en déroute.
Comme ces immigrants, en proie à la faim et la maladie, son peuple a un besoin urgent d’alliés, car il a été décimé par une épidémie inconnue, ce qui le rend vulnérable aux attaques de ses voisins Narragansett. Des liens vont se nouer entre le chef indien et l’un des leaders de la communauté anglaise, Charles Winslow.

Cinquante ans plus tard, le fils de Massasoit, Phillip, voit le territoire de ses ancêtres diminuer comme peau de chagrin. Il parvient à unifier les tribus voisines pour mener la guerre aux colons Blancs, remportant d’abord une série de victoires.
Mais en 1676, le jeune chef est vaincu. Sa tête, fichée sur une pique, restera exhibée pour l’exemple à Plymouth. Cinq mille Indiens sont tués, tandis que femmes et enfants sont vendus comme esclaves.

Des Anglais qui donc fuyaient l’Angleterre, persécutés pour leur religion, allaient à leur tour pourchasser, tuer des hommes, femmes et enfants amérindiens, puis rassembler, concentrer les derniers survivants dans des réserves, sans avenir.

Les siècles ont passé, les institutions se sont modernisées (FMI, Banque mondiale, Club de Paris…), mais la mécanique reste fondamentalement la même, redoutablement efficace : le prêt/l’emprunt, puis l’endettement et enfin l’accaparement des biens et des ressources d’autrui, de ceux d’Etats entiers, tout en culpabilisant les victimes (politique de rigueur, austérité, réformes à faire,…).
Bref, le redoutable piège machiavélique de la dette.

Les « indigènes » à délester, à dépouiller de leurs biens, de leurs richesses, de leur environnement ont simplement changé au cours des épisodes de l’Histoire : hier Amérindiens, Africains, Sud-Américains…, et aujourd’hui Irlandais, Grecs, Espagnols, Portugais…
Sans oublier les Français, qui à n’en pas douter seront bientôt dépouillés encore un peu plus de leur patrimoine et de leur modèle social, s’ils ne réagissent pas rapidement.


Citation
:

  • « En effet, l’histoire du Nouveau Monde n’est qu’un lamentable martyrologe, dans lequel le fanatisme et la cupidité marchent continuellement côte à côte. »
    (Gustave Aimard (1818-1883), Les Trappeurs de l’Arkansas, 1858)
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