Géométrie (variable) de l’humiliation

Article :

  • Géopolitique de l’humiliation
    Par Jacques Attali, le blog de Jacques Attali, le 15 septembre 2014
    Dans les relations entre les gens, comme entre les nations, l’humiliation peut conduire à des actes insensés, à des guerres inextinguibles.
    Il est donc essentiel de ne pas humilier les autres, de les respecter ; et, si l’humiliation a eu lieu, si le contact est rompu, de le renouer, au moins aussi longtemps que l’humilié est encore accessible au dialogue et qu’il n’est pas devenu un ennemi irréductible, que seule la force peut empêcher de nuire.
    (Lire la suite…)
    Source : http ://blogs.lexpress.fr/attali/2014/09/15/geopolitique-de-lhumiliation/

 

Note M&Cies :

Depuis plusieurs décennies maintenant (ça commence vraiment à faire long), difficile d’échapper à la parole prolixe d’Attali, mais aussi il est vrai, à celle de Godet, Minc (Mr Inc. pour les intimes), Baverez, Beytout, etc. A leurs écrits aussi.

Invités réguliers de tous les plateaux TV, de toutes les radios, ils répètent à qui mieux mieux, défendent strictement et sévèrement, la cupide doxa capitaliste (néo)libérale.
Avec pour mission également de faire taire toutes critiques – obligatoirement et soi-disant ineptes – du saint Marché, du profit maximisé, Graal suprême de la mondialisation.

Une mondialisation : heureuse, pour un nombre très réduit d’individus déjà riches à l’excès et que l’on peut compter sur les doigts d’une main (désormais bien visible) ; austère et délétère pour tous les autres, c’est-à-dire les classes populaires et classes moyennes.

Il est vrai que quand Attali écrit que “Dans les relations entre les gens, comme entre les nations, l’humiliation peut conduire à des actes insensés, à des guerres inextinguibles.” [et qu’] “Il est donc essentiel de ne pas humilier les autres, de les respecter”, on ne peut qu’acquiescer.

Dommage qu’il ne semble pas appliquer lui-même et systématiquement cette “philosophie”, qu’il conseille pourtant aux autres.
Ainsi, lors de son récent passage télévisé chez Frédéric Taddéï à Ce soir (ou jamais) : la suffisance, le mépris voire l’agressivité manifestés par l’incontournable Attali à l’encontre de l’un des ses contradicteurs, en la personne d’Etienne Chouard, sur la question de la mission précise fixée à la BCE, laisse perplexe sur sa conception du « respect » des autres.

Qu’on aime, peu ou pas Etienne Chouard, une chose est certaine, c’est que les grands médias et les « experts », convertis et soumis à l’idéologie du marché libre (free market), de la “société ouverte” (ouverte comme la porte du poulailler pour le renard …), Chouard paye notamment pour sa contribution non négligeable au résultat négatif du référendum sur le TCE en 2005 (soit dit en passant, les citoyens ayant voté majoritairement contre le TCE furent d’ailleurs humiliés par le contournement de leur scrutin avec le Traité de Lisbonne de 2007) ; Chouard attaqué également pour ses positions à propos de la controversée loi de 1973 concernant la Banque de France, loi destinée (J. Sapir) au moins à favoriser le développement du marché inter-bancaire (afin de mieux amorcer l’endettement de la France sur les marchés privés ?).

Chez Taddéi donc, Attali – expert rompu toutes ces années à la rhétorique médiatique -, s’est payé le Chouard, en toute humilité.
Le goudron et les plumes pour le petit prof d’éco et de droit (exerçant dans un simple et “vulgaire” lycée de Marseille) qui a le culot d’essayer de faire entendre son point de vue de citoyen contribuable mais aussi, et surtout, de contredire les scribes et discoureurs officiels.
Une tentative d’humiliation en place publique.
Mais au final, l’humilié n’est peut-être pas celui qui aurait dû l’être… :

Fact checking : Jacques Attali est-il fiable ?
07 septembre 2014 | Par Jean-Paul Richier
link to blogs.mediapart.fr

Quant à Attali qui semble critique à l’égard de la politique diplomatique de l’Union européenne, alors qu’il a été parmi les plus zélés promoteurs et défenseurs de cette UE asservie depuis 1957 aux intérêts géostratégiques des Etats-Unis (Brzezinski, 1997) et des grands actionnaires propriétaires des compagnies privées (Business Europe ex-UNICE ; European round table of industrialists, 1983…), on est en droit de s’interroger sur une prise de conscience profonde après tant de vessies présentées comme des lanternes.

En effet, les “réformes structurelles”, les “politiques d’austérité” et autres « sacrifices » sociaux réclamés par l’UE ne peuvent plus cacher leurs conséquences délétères et criminelles sur les populations en Grèce, Portugal, Espagne, Italie, mais aussi Irlande, Royaume-Uni, Allemagne et bientôt davantage encore, en France dernier gros morceau européen à « réformer ».

Les Grecs, victimes emblématiques de cette funeste et morbide “rigueur” libérale, taxés de toutes les tares, de tous les vices (fainéants, fraudeurs, fascistes), victimes culpabilisées pour mieux les dépouiller et brader leurs richesses nationales (services publics, minerais, pétrole, plages, infrastructures…), n’ont-ils pas été humiliés ? Ont-ils été respectés ?

« Plus jamais la guerre, plus jamais ça… » qu’ils disaient ?

Publicités
Cet article, publié dans Grèce, Union européenne, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.