Thomas Piketty : le retour des « Barons voleurs »

Intro :

L’économiste français Thomas Piketty, auteur du best-seller Le Capital au XXIème siècle (Seuil, 2013), ouvrage de près de 1000 pages déjà vendu à 1,5 million d’exemplaires et traduit dans plusieurs langues, a donc refusé la Légion d’honneur.

Hormis le pied-de-nez vengeur de l’économiste vedette à l’égard du gouvernement français et plus précisément du président de la république, François Hollande, qui avait laissé croire un temps avant l’élection de 2012 que la proposition de réforme fiscale de Piketty pouvait l’intéresser – nul n’est prophète en son pays… -, cet épisode médiatique invite à quelques réflexions.

Légion d’honneur, champagne et petits PPP

La première : si Piketty a refusé sa breloque et c’est tout à son honneur, 691 récipiendaires ont eux acceptés d’être décorés pour ce Noël 2014 (571 chevaliers, 95 officiers, 19 commandeurs, cinq grands officiers et un grand’croix) (1).
Parmi les 691 récompensés par la nation cette année figure notamment, au grade d’officier, Jean Tirole, « prix Nobel d’économie » 2014.
Jean Tirole, connu notamment pour être un fervent partisan de partenariats avec le secteur privé pour l’enseignement supérieur (2). Des partenariats public-privé (PPP) qui pourtant dans d’autres domaines ont la fâcheuse réputation de coûter très cher aux finances publiques depuis leur importation du Royaume-Uni en France en 2004 comme l’avait dénoncé la Cour des comptes en 2008
Le dernier avatar du contrat de PPP Ecomouv’, rompu par l’Etat qui va devoir s’acquitter – ou plutôt les citoyens… – de 800M€ d’indemnités (!) pour rupture de contrat, vient confirmer le caractère ruineux de ces partenariats qui font surtout le bonheur des intérêts privés (3).

Le feu ça brûle, l’eau ça mouille et le capitalisme… c’est cupide

La deuxième réflexion concerne le travail même de Piketty. Le chercheur français est depuis plusieurs mois en tournée mondiale pour présenter, expliquer – dans un anglais bien de chez nous – son travail aux plus hauts dirigeants politiques mondiaux (conseillers de B. Obama himself…).
Sollicité par l’ensemble des grands médias, Piketty est soutenu dans sa tâche et ses conclusions par d’éminents confrères (P. Krugman, « prix Nobel d’économie »…), son travail est décortiqué, critiqué, salué (même par la Banque mondiale…) (4).

Si l’ouvrage de Piketty a essuyé quelques critiques, prévisibles, de la part des intérêts privés visés, l’enthousiasme de certains dirigeants politiques et d’experts est par contre assez étonnant.
Ces derniers semblent en effet découvrir grâce à Piketty que le capitalisme sauvage dérégulé, qui prône notamment une attrition fiscale pour réduire les moyens de l’Etat (« Starve the beast », « affamer la bête »), génère par ailleurs une concentration des richesses responsable de l’accroissement des inégalités.
Dans les pays dits émergents, les très très pauvres le sont soi-disant un peu moins, mais doivent travailler dans des conditions dignes du 19ème siècle et décrites par Zola ou Dickens, pour le compte de firmes transnationales qui ont besoin d’une main-d’oeuvre corvéable à merci pour produire à très bas coût afin de dégager des marges énormes pour les gros actionnaires ; dans les pays industrialisés, les classes moyennes voient quant à elles leur situation se précariser, leurs ressources se réduire.
Les grands gagnants dans les deux cas sont indéniablement les rentiers milliardaires et millionnaires avec lesquels le fossé ne cesse effectivement de se creuser. Ecart de plus en plus grand, y compris d’ailleurs entre les riches et les ultra-riches eux-mêmes…

Il ne s’agit pas ici de faire la fine bouche sur le travail de Piketty qui a le mérite d’essayer de formaliser et de prouver le fait que depuis ces dernières décennies une poignée d’individus de rentiers ne cessent de capter et de s’accaparer la richesse mondiale (à des niveaux bientôt confiscatoires, pour reprendre et inverser une image propre aux « néolibéraux » concernant l’impôt), creusant les inégalités dans le monde, comme voici plus de cent ans.

Zola, Dickens, Twain…, Piketty (?) et les Barons voleurs

Si, face aux ravis de la crèche « néolibérale » et autres refondateurs et promoteurs de la mondialisation du lucre (Groupe Bilderberg, Commission Trilatérale, The Economist, Financial Times, National Review, Nicolas Baverez et consorts…), les travaux de Piketty ont le mérite de mettre en lumière ce phénomène d’accaparement, les conclusions de l’économiste français vedette ne sont pourtant pas une pure révélation.
En effet, ce phénomène, de concentration de la richesse au profit de quelques uns et de creusement des inégalités au détriment du plus grand nombre, était déjà présent, dénoncé et combattu à la fin 19ème siècle-début 20ème aux Etats-Unis, au temps de l’Âge doré (The Gilded Age) entre 1865 et 1900 environ. Un Âge doré qui bénéficiait déjà exclusivement à une poignée d’Américains cupides, sans scrupules et démesurément fortunés.

En effet, à cette époque déjà, une poignée de milliardaires avides, haïs par une très grande partie des citoyens, incarnaient le capitalisme sauvage et prêchaient même la théorie, bien arrangeante pour eux, du darwinisme social : des hommes d’affaires à la morale religieuse souvent très ostensible comme le souligne Mark Twain dans ses Mémoires (John D. Rockefeller, J-P. Morgan, A. Carnegie, J. Gould (5), C. Vanderbilt, Cooke, Frick,…).
Des hommes d’affaires qui étaient avant tout des spéculateurs redoutables, aux méthodes très souvent dénoncées et parfois condamnées (6), n’hésitant pas à étouffer, à écraser la concurrence des petits entrepreneurs indépendants. Un comble, voire un crime, pour l’opinion publique américaine au pays du libéralisme et de la libre entreprise et également un pouvoir de nuisance envahissant et grandissant contre le bien public.
Dans son ouvrage Les Américains. 1. Naissance et essor des Etats-Unis 1607-1945 (éd. Points-Histoire, 1986, pp. 210-221), André Kaspi, historien spécialiste des Etats-Unis, revient d’ailleurs sur les critiques faites par des Américains eux-mêmes au sujet de ces individus à l’avidité sans limite et aux fortunes mégalomaniaques.

Psychopathes prédateurs convertis en généreux philanthropes ?

Ces redoutables dirigeants d’empires monopolistiques, détestés par la population, baptisés en leur temps « Robber Barons » (barons voleurs/brigands), allaient vite comprendre cependant qu’il leur fallait améliorer, lisser leur image auprès de l’opinion publique.
De là découle, sur le conseil des premiers spécialistes en relations publiques, l’investissement d’une partie, toute relative, de leurs immenses fortunes auprès de fondations, d’universités, de bibliothèques… pour s’acquitter – selon leur bon vouloir – d’un semblant de responsabilité sociale que leur incombait leur immense fortune acquise des pires manières.
Une des premières opérations de communication dont une expression du gendre de Karl Marx, Paul Lafargue (1842-1911) donne une bonne synthèse dans son ouvrage La religion du capital (1886) : « Voler en grand et restituer en petit, c’est la philanthropie » ;  ou encore celle du grand écrivain américain Mark Twain« Les bonnes oeuvres rachètent les mauvaises consciences. »

 ***

(1) w ww.legiondhonneur.fr/fr/actualites/la-promotion-civile-de-la-legion-dhonneur-du-1er-janvier-2015-compte-691/586/1

(2) Jean Tirole : carrière
Par l’Association des sciences morales et politiques (ASMP), [consulté le 3 janvier 2015]
(…)
Après la disparition prématurée de Jean-Jacques Laffont en 2004, Jean Tirole prend la responsabilité du pôle de recherches, qui est retenu comme l’un des treize réseaux thématiques de Recherche Avancée de notre pays. Il crée dans ce cadre Toulouse School of Economics (TSE) et assure son indépendance en organisant une partie de son financement sur la base d’un partenariat public/privé d’un type nouveau en France, avec des dotations de montants analogues apportées par l’Etat et quelques grandes entreprises. Comme dans les fondations américaines, ce ne sont pas les dotations elles-mêmes mais seulement leur revenu, qui peut être  consommé chaque année : cela assure la pérennité du financement.
(…)
Source : w ww.asmp.fr/fiches_academiciens/tirole_carriere.htm

(3) L’État versera 800 millions d’euros d’indemnités à la société Ecomouv’
Par La Depêche du Midi, le 2 janvier 2015
L’État et la société Écomouv’, qui devait initialement mettre en place et collecter l’écotaxe finalement abandonnée par le gouvernement, ont trouvé un accord sur plusieurs centaines de millions d’€ d’indemnités pour rupture de contrat.
(…) Source : www.ladepeche.fr/article/2015/01/02/2021996-etat-versera-800-millions-euros-indemnites-societe-ecomouv.html

(4) Piketty, superstar aux States
Par Christian Losson et Iris Deroeux correspondante à New York, Libération, le 25 avril 2014
(…)
«Piketty a transformé notre discours économique, vante Paul Krugman dans la New York Review of Books. Nous ne parlerons plus jamais de richesse et d’inégalités de la même manière.»«Un des meilleurs livres d’économie publiés depuis plusieurs décennies», embraye l’ex-chef du département de la recherche à la Banque mondiale, Branko Milanovic, qui y consacre vingt pages dans The Journal of Economic Literature
(Lire la suite…)
Source : www.liberation.fr/economie/2014/04/25/piketty-superstar-aux-states_1004593

(5) Jay Gould : « I can hire one half of the working class to kill the other half. » (« Je peux embaucher la moitié de la classe ouvrière pour tuer l’autre moitié. »)

(6) Marchands, banquiers, « barons voleurs » : l’éclosion épique de New York Par Les Echos, le 15 juillet 2013
(…) Source : www.lesechos.fr/monde/dossiers/lieux_mythiques_capitalisme/0202881758942-marchands-banquiers-barons-voleurs-l-eclosion-epique-de-new-york-586020.php

Revue de presse :

  • La dénonciation des inégalités, nécessaire mais insuffisante
    Thomas Piketty ou le pari d’un capitalisme à visage humain
    Par Russell Jacoby, Le Monde diplomatique, août 2014
    A en juger par son succès immense aux Etats-Unis, le dernier livre de Thomas Piketty tombe à pic. Empruntant son titre à Karl Marx, il détaille un phénomène — l’envol des inégalités dans les pays occidentaux — qui suscite une réprobation croissante. Mais là où Marx espérait qu’une révolution sociale transformerait le monde, Piketty imagine qu’un impôt mondial sur le capital le réformera.
    (Lire la suite…)
    Source : www.monde-diplomatique.fr/2014/08/JACOBY/50690
  • La leçon américaine de Thomas Piketty
    Par Christophe Alix, Libération, le 17 avril 2014
    L’économiste français est en tournée outre-Atlantique où son dernier livre, «le Capital au XXIe siècle», intéresse jusqu’à la Maison Blanche.
    Tapis rouge pour l’économiste français Thomas Piketty. En tournée américaine à l’occasion du lancement outre-Atlantique du «Capital au XXIe siècle» (1), celui que certains dans la gauche américaine surnomment «the inequality guru» (le gourou des inégalités) a droit à tous les égards. A commencer par ceux, très officiels, de la Maison Blanche où il a été reçu par le secrétaire américain au Trésor Jacob Lew – à la demande de ce dernier – puis par des conseillers économiques du président Barack Obama
    (…)
    Titulaire d’une chronique hebdomadaire dans le New York Times, Paul Krugman y saluait en mars la parution d’un ouvrage qu’il considère comme «le plus important de l’année et peut-être de la décennie». Krugman y expliquait que l’on assiste aujourd’hui au pays de la libre entreprise à la victoire de la «richesse sur le travail», dont le Parti républicain serait devenu, malgré ses dénégations, l’ardent promoteur. «Le risque d’une dérive vers l’oligarchie est réel et donne peu de raisons d’être optimiste», écrit Piketty dans son ouvrage. Pour Krugman, c’est déjà une réalité en train de miner la démocratie américaine.
    (Lire la suite…)
    Source : www.liberation.fr/economie/2014/04/17/la-lecon-americaine-de-thomas-piketty_999836
  • Wealth Over Work
    By Paul Krugman, New York Times, March 23, 2014
    It seems safe to say that “Capital in the Twenty-First Century,” the magnum opus of the French economist Thomas Piketty, will be the most important economics book of the year — and maybe of the decade. Mr. Piketty, arguably the world’s leading expert on income and wealth inequality, does more than document the growing concentration of income in the hands of a small economic elite. He also makes a powerful case that we’re on the way back to “patrimonial capitalism,” in which the commanding heights of the economy are dominated not just by wealth, but also by inherited wealth, in which birth matters more than effort and talent.
    (Lire la suite…)
    Source : www.nytimes.com/2014/03/24/opinion/krugman-wealth-over-work.html?_r=0
  • Le cancer de la corruption
    Par Arno J. Mayer, Le Monde, le 25 septembre 2010
    La corruption est un concept lesté d’une forte charge polémique, qui prend toute son ampleur rhétorique dans les guerres de pouvoir. Instrument de mobilisation des foules, indifférente au bien commun, elle sert avant tout à dénigrer des élus ou à évincer des rivaux politiques. Elle relève de la psychologie des masses et sa signification peut changer d’une civilisation, d’un siècle et d’un pays à l’autre.
    (…)
    A l’époque où la frontière des Etats-Unis se déplaçait vers l’Ouest, et en particulier à partir de la guerre de Sécession, l’Amérique s’est spécialisée dans la corruption. Barons voleurs et capitaines d’industrie, rétrospectivement salués comme les fondateurs du capitalisme moderne, ont adossé leurs empires à la corruption massive de l’Etat (local et fédéral). Profitant du laxisme ambiant, leurs pratiques frauduleuses ont dégénéré en foires d’empoigne autour du tracé des chemins de fer, des concessions publiques pour l’exploitation du bois, du minerai et du pétrole, et des exonérations d’impôts et des réglementations commerciales avantageuses. Pour parvenir à leurs fins, les Cooke, Gould, Rockefeller, Huntington, Stanford, Frick et Carnegie n’ont pas lésiné sur les pots-de-vin. Ils ont soudoyé des sénateurs et représentants de l’un et l’autre parti, faussé les scrutins, acheté les médias et tourné la tête des intellectuels.Certains de ces nouveaux magnats, dans l’espoir d’alléger d’autant les enveloppes, se sont présentés à des postes publics, en brandissant leurs chéquiers pour accaparer le pouvoir politique. Au lieu de se mener la guerre sous les yeux ébaubis d’un Etat impuissant, les géants industriels ont trouvé intérêt à se regrouper en lobbies et à fusionner. A la fin des années 1870, ses obscures manoeuvres destinées à gonfler la Standard Oil vont faire de John D. Rockefeller un illustre hors-la-loi. Plus tard, soucieux de redorer son blason, le magnat du pétrole choisit de faire don d’une partie de sa fortune douteuse à des oeuvres de bienfaisance, ce qui lui vaudra cette saillie de Mark Twain : « Les bonnes oeuvres rachètent les mauvaises consciences. »
    (Lire la suite…)
    Source : www.lemonde.fr/idees/article/2010/09/25/le-cancer-de-la-corruption_1415894_3232.html
  • Roosevelt n’épargnait pas les riches
    Par Thomas Piketty, Libération, le 17 mars 2009
    Le point de vue de Thomas Piketty, économiste et chroniqueur à «Libé».
    La taxation confiscatoire des revenus exorbitants est non seulement possible économiquement, mais souhaitable. En 1932, quand Roosevelt arrive au pouvoir, le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25 % aux Etats-Unis. Le nouveau président décide de le porter immédiatement à 63 %, puis 79 % en 1936, 91 % en 1941, niveau qui s’appliqua jusqu’en 1964, avant d’être réduit à 77 %, puis 70 % en 1970. Pendant près de cinquante ans, des années 30 jusqu’en 1980, jamais le taux supérieur ne descendit au-dessous de 70 %, et il fut en moyenne de plus de 80 %.
    Rapacité. Cela n’a pas tué le capitalisme et n’a pas empêché l’économie américaine de fonctionner. Pour une raison simple : ces taux ne s’appliquaient qu’à des revenus très, très élevés. En 1941, Roosevelt fixe le seuil du taux de 91 % à 200 000 dollars de l’époque, soit 1 million de dollars d’aujourd’hui (770 000 euros). Or à ces niveaux de revenus, ce ne sont pas les compétences ou le dynamisme que l’on rémunère : ce sont la rapacité, le court-termisme et des prises de risque excessives. Il ne s’agissait donc pas de matraquer n’importe quel cadre supérieur ou entrepreneur sortant du lot, ce qui aurait été dévastateur économiquement. En France, comme dans la plupart des pays développés, le taux supérieur atteint 90 % pendant l’entre-deux-guerres, puis se stabilisa autour de 70 % pendant les Trente Glorieuses – ce qui n’a pas empêché des taux de croissance économique de l’ordre de 4 % à 5 % par an tout au long de cette période.
    Puis Reagan et Bush père et fils décidèrent, pour des raisons purement idéologiques, d’abaisser brutalement le taux supérieur à environ 30 %-35 %, soit à peine plus que les niveaux appliqués avant 1932. J’ai acquis la conviction que ce tournant fiscal explique pour une large part l’invraisemblable progression des inégalités observée aux Etats-Unis depuis les années 80,
    (Lire la suite…)
    Source : www.liberation.fr/politiques/2009/03/17/roosevelt-n-epargnait-pas-les-riches_546501
  • Il y a un siècle, l’Etat américain était (déjà) la providence des riches
    Au temps des « barons voleurs »
    Par Howard Zinn, septembre 2002
    Les nombreux scandales financiers de ces derniers mois aux Etats-Unis ont rappelé à certains Américains la période de la fin du XIXe siècle marquée par la dictature économique et sociale des « barons voleurs » (J.P. Morgan, Rockefeller, Ford, etc.) A l’époque, la présidence, le Congrès, la Cour suprême et les deux principaux partis, tous étroitement liés aux trusts industriels et financiers, avaient dû sévir pour sauver la réputation du système et garantir sa stabilité. Dans un livre majeur qui vient d’être traduit en France et dont nous publions des bonnes feuilles, l’historien américain Howard Zinn consacre un chapitre à cette période pendant laquelle le capitalisme ne cessait d’avoir recours à l’Etat, en particulier pour réprimer les soulèvements sociaux.
    (Lire la suite…)
    Source : www.monde-diplomatique.fr/2002/09/ZINN/9340
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