Angela Merkel frappée d’amnésie sur les dettes de l’Allemagne ?

Intro :

En Allemagne, et plus largement en Europe, Angela Merkel se rêve en Margaret Thatcher teutonne.
Mais avant d’exiger toujours davantage de réformes dites « structurelles » socialement criminelles – y compris pour son propre peuple – et de vouloir imposer une vision quasi-religieuse de l’économie empreinte d’une austérité toute protestante (dette = faute, péché, et autres imbécilités idéologiques de ce genre), la chancelière allemande devrait déjà commencer par nettoyer devant la porte de son Bundenstag.

En effet, avant de réclamer des sacrifices aux autres pays européens, il ne serait pas inutile que l’Allemagne commence par se rappeler les facilités de trésorerie dont son pays a bénéficiées après notamment la deuxième guerre mondiale et les Accords de Londres en 1953. Accords jamais respectés une fois la réunification de son pays aboutie en 1990.
Les Etats occidentaux et notamment les Etats-Unis, soucieux de voir l’Allemagne se reconstruire rapidement dans la logique de guerre froide de l’époque se sont donc montrés très, très, très compréhensifs face aux dettes que leur nouveau partenaire germanique avait envers un certain nombre de pays créanciers victimes de la barbarie allemande nazie.

Si au sortir de la guerre l’Allemagne était totalement ravagée et anéantie par la folie guerrière et meurtrière de ses dirigeants passés, le pouvoir allemand incriminé avait – faut-il le rappeler –  aussi détruit, pillé et tué massivement, notamment en Europe, en Russie.
Or, si l’Allemagne a pu bénéficier d’un régime de faveur très arrangeant cela s’est fait au détriment de pays européens, dont la Grèce. Ces derniers ont été invités à accepter un paiement différé de la dette allemande, une dette qui aurait permis aux pays européens meurtris et détruits de se reconstruire.
Il faut croire que les Métèques des petits pays d’Europe du sud étaient déjà considérés par les Etats-Unis et les autres grandes puissances occidentales comme quantité négligeable dans le processus d’indemnisation des dommages et indemnités de guerre.

Alors que plusieurs dizaines de milliards d’euros de la dette de l’Allemagne ont été purement et simplement effacés une fois le pays réunifié en 1990, le peuple grec est, lui, humilié, culpabilisé, cloué au pilori, sommé de rembourser sa dette publique (dette qui, étrangement, ne cesse d’augmenter depuis que le pays est « aidé » par la BCE, le FMI, la Commission européenne…).

Et pour que cette dette grecque soit acquittée, Merkel la redresseuse de péchés, associée à l’ensemble des spéculateurs prédateurs, exige de la Grèce qu’elle restructure, libéralise, privatise massivement son économie, ses ressources, ses biens publics afin de racheter sa dette, sa faute.
Depuis 2009, plans « d’aides financières » européens après « plans d’aides », le peuple grec sombre dans la détresse, la précarisation, la misère, le suicide.

Par conséquent, avant de s’afficher en bons pères et mère-la-morale, que les dirigeants allemands, Merkel en tête, s’acquittent déjà de leurs propres milliards de dettes à l’égard du peuple grec et des autres peuples laissés-pour-compte.

Une blague d’économiste néolibéral : « Un Irlandais, un Espagnol, et un Grec sont au comptoir… Ils commandent tous un demi.  Qui paye la tournée ? »

« L’Allemand ! »

Et bien non, grosse erreur, très grosse erreur. Ceux qui ne règlent jamais leurs propres ardoises sont plutôt les dirigeants allemands, avec la bénédiction du shérif et du banquier américains.
Le peuple allemand comme l’ensemble des peuples assommés et abrutis par la propagande politico-médiatique dominante, ferait bien d’ouvrir enfin les yeux sur cette réalité afin de développer un esprit de solidarité populaire et à l’opposé, de défiance à l’égard de leurs dirigeants beaux parleurs et manipulateurs.

Revue de presse :

  • Quand les créanciers de l’Allemagne fermaient les yeux sur sa dette
    Par Pascal Riché, L’Obs.com, le 26 janvier 2015
    L’Allemagne n’a pas toujours été aussi à cheval sur la nécessité de payer une dette : elle a même fait défaut à deux reprises depuis la Seconde guerre mondiale.
    L’Allemagne n’a pas toujours été hostile aux annulations de dette. La Grèce doit tenir ses engagements, répètent les Allemands. Mais il leur est arrivé d’être moins à cheval sur la nécessité de payer, rubis sur l’ongle, une dette.
    Le meilleur exemple, c’est la façon dont la dette allemande a été amputée après la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait alors de remettre en selle ce pays vaincu, afin de l’ancrer au bloc occidental et de stabiliser le vieux continent.
    (Lire la suite…)
    Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20150126.OBS0832/quand-les-creanciers-de-l-allemagne-fermaient-les-yeux-sur-sa-dette.html?xtor=RSS-27
  • Allemagne-Grèce : deux poids, deux mesures – Voici 60 ans, l’annulation de la dette allemande
    Par Eric Toussaint, CADTM, le 28 février 2013
    Voici 60 ans, en février 1953, à Londres était signé un accord historique sur la dette allemande.
    (Lire la suite…)
    Source : http://cadtm.org/Allemagne-Grece-deux-poids-deux
  • La Grèce et l’Espagne ont aidé l’Allemagne d’après-guerre à se reconstruire : cherchez la différence
    Par Nick Dearden, traduit par Thomas Coutrot, CADTM, le 27 février 2013
    Il y a soixante ans aujourd’hui, un accord a été conclu à Londres pour annuler la moitié de la dette de l’Allemagne d’après-guerre. Cette annulation, et la façon dont cela a été fait, est essentielle à la reconstruction de l’Europe de l’après-guerre. Elle est en contraste frappant avec la souffrance infligée aux peuples européens aujourd’hui au nom de la dette.
    (Lire la suite…)
    Source : http://cadtm.org/La-Grece-et-l-Espagne-ont-aide-l
  • Grèce-Allemagne : qui doit à qui ? (2)
    Créanciers protégés, peuple grec sacrifié

    Par Eric Toussaint, CADTM, le 8 octobre 2012
    Voir le premier article de la série : « Grèce-Allemagne : qui doit à qui ? (1) L’annulation de la dette allemande à Londres en 1953 », publié le 29 septembre 2012.
    C’est une obligation morale que de s’élever contre les discours mensongers à propos de la prétendue solidarité dont feraient preuve les gouvernants des pays les plus forts de la zone euro à l’égard du peuple grec et d’autres pays fragilisés (Irlande, Portugal, Espagne…). Les faits contredisent leurs propos relayés de manière permanente par les médias dominants.
    (Lire la suite…)
    Source : http://cadtm.org/Grece-Allemagne-qui-doit-a-qui-2
  • Grèce-Allemagne : qui doit à qui ? (1)
    L’annulation de la dette allemande à Londres en 1953
    Par Eric Toussaint, CADTM, le 29 septembre 2012
    (…)
    L’injustice avec laquelle le peuple grec est traité (ainsi que les autres peuples dont les autorités suivent les recommandations de la Troïka) doit éveiller la conscience d’une partie de l’opinion publique.
    Mais ne nous berçons pas d’illusions, les raisons qui ont poussé les puissances occidentales à traiter l’Allemagne de l’Ouest comme elles l’ont fait après la seconde guerre mondiale ne sont pas de mise dans le cas de la Grèce.
    Source : http://cadtm.org/Grece-Allemagne-qui-doit-a-qui-1-L
  • L’Allemagne a-t-elle une dette de guerre envers la Grèce ?
    Par Soren Seelow, Le Monde.fr, le 17 février 2012
    « Les Allemands, qui rechignent à financer un second plan de sauvetage pour la Grèce, devraient se souvenir de tout ce qu’ils ont pillé dans ce pays pendant la Seconde Guerre mondiale […] Avec les intérêts, ce sont 81 milliards d’euros qui sont dus à Athènes. C’est là une autre façon de voir l’Europe et son histoire. »

    L’homme qui s’exprime ainsi n’est pas un ancien résistant grec, ni même un membre de l’opposition grecque, il n’est pas grec du tout. Il s’agit de l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, interpellant mercredi 15 février les responsables allemands au Parlement européen au lendemain du refus de la troïka européenne d’octroyer un deuxième plan d’aide de 130 milliards d’euros à Athènes.

    « Ils ont pris l’argent grec et ne l’ont jamais rendu »
    L’Allemagne a-t-elle une dette de guerre non réglée envers la Grèce ? La question peut sembler saugrenue, mais elle a le mérite de replacer la crise de la dette que traverse le continent européen dans un temps long. Montrés du doigt comme de mauvais payeurs, étranglés par plusieurs plans de rigueur, excédés par le « diktat » allemand, les Grecs sont de plus en plus nombreux à renvoyer Berlin aux ardoises du passé.
    (…)
    Cohn-Bendit : une question « morale »
    Sauf qu’en cette période de crise continentale, tout le monde, y compris en Allemagne, ne se satisfait pas des immenses faveurs accordées à Berlin au lendemain de la guerre. Asphyxiés par leurs dettes et pressés par Berlin d’enchaîner les plans d’austérité, les Grecs sont de plus en plus nombreux à vouloir faire partager une partie de leur fardeau à leurs anciens envahisseurs.
    La somme de 162 milliards d’euros évoquée va ainsi bien au-delà du seul remboursement du prêt forcé, qu’on estime dans une fourchette comprise entre 54 milliards et 81 milliards d’euros. Elle englobe en outre les 108 milliards évalués lors de la Conférence internationale de paix à Paris pour la réparation des dommages causés par les troupes nazies sur l’infrastructure économique du pays.
    Daniel Cohn-Bendit, lui, se place sur un « plan moral » : « Les Allemands, qui se disent vertueux, estiment que les Grecs ont péché et qu’ils doivent payer. Or, ceux qui ont le plus péché, ce sont tout de même les Allemands, dont la dette a pourtant été effacée parce que les Américains y voyaient un intérêt stratégique. Pourquoi ne pas considérer que sauver la Grèce est stratégique, au lieu de mettre ce pays à genoux ? »
    Source : www.lemonde.fr/europe/article/2012/02/17/l-allemagne-a-t-elle-une-dette-de-guerre-envers-la-grece_1644633_3214.html
  • Grèce. Une vieille dette nazie qui fait tâche
    Par L’Obs, le 14 février 2012
    Une dette contractée de force par l’Allemagne nazie auprès de la banque nationale grecque et jamais honorée avive la rancœur des Grecs vis-à-vis de l’Allemagne.
    A l’heure où la faim est redevenue une préoccupation importante pour certains Grecs, le nouveau plan d’austérité qui leur est imposé provoque la haine. Athènes s’embrase. Haine envers le gouvernement, qui semble prêt à tout accepter pour préserver sa crédibilité face à l’Europe « des puissants » et des « technocrates ». Haine vis-à-vis de l’étranger, et en particulier de l’attitude du couple franco-allemand. Une attitude qui, aux yeux des Grecs, ressemble de plus en plus à du mépris. Et dans ce pays de « club med »,  comme on le murmure sournoisement à Berlin, certains voient dans cette situation une occasion de ressortir les vieux dossiers.
    Et, d’un plan d’austérité à l’autre, le discours de certains militants, qui refont aujourd’hui les comptes, trouve un écho de plus en plus important dans la société grecque. Manolis Glezos fait partie de ceux-là. Ce héros national, 89 ans, figure mythique de la résistance grecque à l’occupation allemande – c’est lui qui, âgé de 19 ans, avait décroché le drapeau nazi de l’acropole – fût l’un des premiers à soulever un sujet potentiellement explosif : celui d’une dette. Une dette vieille de 71 ans, de l’époque ou l’Allemagne nazie occupait la Grèce et s’était servie dans la caisse sans penser un jour devoir rembourser.
    (Lire la suite…)
    Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120214.OBS1352/grece-une-vielle-dette-nazie-qui-fait-tache.html
  • Euro. « Au XXe siècle, Berlin a été le roi de la dette »
    Par Yasmin El-Sharif, Der Spiegel, le 30 juin 2011
    Au cours du siècle dernier, l’Allemagne s’est trouvée trois fois en faillite. Si elle a pu se relever, c’est entre autres au détriment de la Grèce, explique l’historien de l’économie Albrecht Ritschl. Elle ferait bien de s’en souvenir.

    L’Allemagne joue les donneuses de leçons sur la question de savoir s’il convient d’accorder de nouvelles aides à la Grèce. Le gouvernement se montre inflexible sur le mode : “Vous n’aurez de l’argent que si vous faites ce que nous vous demandons.” Cette attitude est-elle justifiée ?

    Albrecht Ritschl
    : Non, absolument pas. Dans toute l’histoire récente, c’est l’Allemagne qui a connu les pires faillites d’Etat, au XXe siècle. Sa stabilité financière et son statut de bon élève de l’Europe, la République fédérale les doit uniquement aux Etats-Unis, qui, aussi bien après la Première Guerre mondiale qu’après la Seconde, ont renoncé à des sommes considérables. Malheureusement, on a un peu trop tendance à l’oublier.
    (…)
    La République fédérale passe pour être un modèle de stabilité. Combien de fois l’Allemagne a-t-elle fait faillite, au total ?
    Cela dépend du mode de calcul. Rien qu’au cours du siècle dernier, au moins trois fois. Après les premiers défauts de paiement, dans les années 1930, les Etats-Unis ont consenti une remise de dette considérable à la République fédérale, en 1953.
    Apartir de là, l’Allemagne s’est portée comme un charme pendant que le reste de l’Europe se saignait aux quatre veines pour panser les plaies laissées par la guerre et l’occupation allemande. Même en 1990, le pays s’est retrouvé en situation de non-paiement.

    Pardon ? Un défaut ?
    Oui, le chancelier d’alors, Helmut Kohl, a refusé d’appliquer l’Accord de Londres de 1953 sur les dettes extérieures de l’Allemagne, qui disposait que les réparations destinées à rembourser les dégâts causés pendant la Seconde Guerre mondiale devaient être versées en cas de réunification. Quelques acomptes ont été versés. Mais il s’agissait de sommes minimes. L’Allemagne n’a pas réglé ses réparations après 1990 – à l’exception des indemnités versées aux travailleurs forcés. Les crédits prélevés de force dans les pays occupés pendant la Seconde Guerre mondiale et les frais liés à l’occupation n’ont pas non plus été remboursés. A la Grèce non plus.
    (Lire la suite…)
    Source : www.courrierinternational.com/article/2011/06/30/au-xxe-siecle-berlin-a-ete-le-roi-de-la-dette

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