Etats-Unis : les riches en guerre contre les classes moyennes et populaires

Tignous "Le fric c'est capital" (éditions 12bis, 2010)

Tignous « Le fric c’est capital » (éditions 12bis, 2010)

Intro :

Le 30 novembre 2010, le Sénat américain débattait sur les réductions d’impôts adoptées sous la présidence de George W. Bush et leur application aux Américains les plus riches.

Bernard « Bernie » Sanders
, sénateur indépendant apparenté démocrate de l’Etat du Vermont au Congrès, interpelle ses compatriotes ; il souligne et dénonce une guerre menée contre les classes moyennes par la minorité d’ultra-riches Américains, le « Top 1%« .
Sanders précise que cette minorité d’individus démesurément fortunés capte et concentre plus de 23% du revenu national américain, alors que cette part n’était que de 9% entre les années 1960 et 1970.
Le Top 1% des Américains les plus riches concentre ainsi autant et même plus que les 50% d’Américains les plus pauvres.


Discours de Bernie Sanders (30 novembre 2010)
:

  • Version sous-titrée (français) :


Note M&Cies
:

L’affirmation du sénateur Bernie Sanders est-elle vraie et quelles sont ses sources ?
Le journaliste américain Louis Jacobson a publié le 10 décembre 2010 sur le site Politifact.com, les résultats de son enquête destinée à déterminer si l’affirmation du sénateur Bernie Sanders était vraie.

Après avoir contacté le bureau du sénateur pour connaître les sources des chiffres avancés devant le Sénat, les collaborateurs de Sanders ont présenté une étude publiée en août 2009. L’étude en question a été réalisée par Emmanuel Saez, économiste français exerçant à l’université de Californie (Berkeley), qui travaille également en partenariat avec un autre économiste français, Thomas Piketty, auteur du best-seller mondial « Le Capital au XXIème siècle » qui traite des inégalités de revenus et de la concentration de la richesse.

Avec la publication d’Emmanuel Saez intitulée « Striking it Richer: The Evolution of Top Incomes in the United States (update with 2007 estimates) » (Striking it Richer : « L’évolution des hauts revenus aux Etats-Unis »), le journaliste Jacobson de Politifact.com a pu ainsi vérifier les chiffres avancés et utilisés par Bernie Sanders au Sénat pour interpeler ses compatriotes.

L’étude de Saez indique bien que la richesse détenue par le Top 1% des plus riches aux Etats-Unis avait connu d’énormes fluctuations au cours du 20ème siècle : de 18% des revenus du pays avant la première guerre mondiale, à 24% à la fin des années 1920 jusqu’au krach de Wall Street en 1929, la part des revenus des Américains plus riches a ensuite baissé (env. 9% de 1960 à 1970, quand les taux d’imposition étaient encore très élevés pour les plus riches suite aux politiques keynésiennes) ; une part des revenus des plus riches qui a commencé à remonter à 14% dans les années 1980, puis 19% dans les années 1990 et enfin plus de 20% au milieu des années 2000. 

Le journaliste de Politifact.com a tenu a vérifier les chiffres de Saez utilisés par Sanders en les comparant avec ceux d’autres économistes : une étude réalisée en janvier 2009 par Arthur B. Kennickell, directeur adjoint de la Division de la recherche et de la statistique à la Réserve fédérale, arrive à des résultats quasi identiques à ceux de Saez (le Top 1% concentrait 21,4% des revenus américains en 2007), « légèrement inférieur au 23,5% que Sanders a cité mais certainement dans la bonne fourchette » comme l’écrit Louis Jacobson ; une autre étude, publiée en 2010 par Adrian Dungan et Kyle Mudry du « Internal Revenue Service’s Individual Returns Analysis Section », a trouvé également que le Top 1% des Américains les plus riches concentrait 22,8% des revenus des Etats-Unis.

Louis Jacobson de Politifact.com en arrive à la conclusion que les chiffres avancés par Bernie Sanders devant le Sénat sont justes : les Américains les plus riches, le Top1%, concentrent bien de plus en plus de revenus ; leur part du revenu national américain augmente bien ces dernières décennies et les revenus du  Top 1% sont plus importants que ceux des 50% d’Américains les plus modestes.

La théorie du ruissellement, servie depuis le milieu des années 1950 par les tenants du « néo-libéralisme », devait déboucher – nous disaient-ils -, sur un processus « gagnant-gagnant ». Force est de constater que cette « théorie » n’a été qu’une escroquerie, un enfumage monumental…
Le site Wikipédia reprend à ce sujet un propos du journaliste et écrivain Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, publié dans son essai politique Le Grand Bond en arrière (2004) : « les néo-libéraux répétaient, après John Kennedy, qu’une « marée montante soulève tous les bateaux ». Mais c’est davantage aux yachts qu’aux barques de pêche qu’ils destinaient la montée des flots ». D’après Serge Halimi, ces confessions de David Stockman faillirent lui coûter son poste au gouvernement de Ronald Reagan, et mirent un terme à sa carrière politique.


Sites annexes
:


Revue de presse
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  • Bernie, le socialiste « démocratique »
    Par Corinne Lesnes, Le Monde, le 5 juin 2008
    A Burlington, son prénom suffit. Bernie. Tout le monde sait de qui il s’agit. Bernie Sanders. Un type aux lunettes de myope, toujours l’air préoccupé, le cheveu blanc, le front dégarni. Comme l’a fait remarquer son collègue Patrick Leahy, l’autre sénateur du Vermont, Bernie Sanders est l’un des rares hommes politiques qui puissent se contenter d’un prénom sur les autocollants publicitaires. Nul besoin de couleur ou de parti. « Bernie » lui suffit. A Washington, « Bernie », alias le sénateur Bernard Sanders, est tout aussi célèbre : il est l’unique « socialiste » de la classe politique.
    (Lire la suite… article payant)
    Source : www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1038797
  • BERNIE SANDERS : un ovni socialiste à Washington
    Par Mark Leibovich, The New York Times, le 3 mai 2007
    Bernie Sanders ne sera jamais à l’aise à Washington. Et pour cause : il est le premier et unique socialiste à avoir jamais été élu [le 7 novembre dernier, sous étiquette indépendante] élu au Sénat américain, le saint des saints du bipartisme. Bien qu’il s’aligne depuis des années sur les positions du Parti démocrate, Bernie Sanders refuse obstinément l’étiquette démocrate et continue de se raccrocher au socialisme – un credo particulièrement lourd à porter aux Etats-Unis, où l’on continue…
    (Lire la suite… article payant)
    Source : www.courrierinternational.com/article/2007/05/03/un-ovni-socialiste-a-washington
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