Les coulisses de la mondialisation néo-libérale

Intro :

C’est désormais une évidence criante, la mondialisation « néo-libérale » s’impose depuis plus de cinquante ans maintenant. Une mondialisation qui prêche la cupidité, l’avidité (« Greed is good »…), l’aumône arbitraire plutôt que l’impôt solidaire, et débouche sur une concentration des richesses au profit d’une minorité d’individus démesurément fortunés ; une idéologie qui ruine et met en péril les intérêts vitaux du plus grand nombre des citoyens de cette planète (intérêts socio-économiques, sanitaires, environnementaux), avec des dirigeants de multinationales et de banques toujours plus puissants, faisant et défaisant les carrières des dirigeants politiques, poussant les pays à l’endettement sur les marchés financiers privés pour ensuite exiger des « réformes-structurelles-courageuses-et-inévitables » avec la mise en oeuvre de politiques austéritaires mortifères et quasi-religieuses, soi-disant sans autres alternatives possibles. Des puissances de l’argent qui prospèrent en mettant à genoux les Etats et les contribuables pour les dominer, les contrôler, les dépouiller.

Groupe Bilderberg & Commission Trilatérale
Voici donc un aperçu des coulisses de cette mondialisation à travers deux cercles d’influence qui, depuis le début des années 1950 pour le premier (Groupe de Bilderberg) et le début des années 1970 pour le second (Commission Trilatérale), ont contribué à redorer l’image d’un libéralisme, d’un libre-échangisme, d’un capitalisme totalitaire discrédité notamment après la gravissime crise économique et la profonde misère générées par le krach de Wall Street en 1929.
Discrédit aggravé également par les soutiens idéologiques et financiers apportés par plusieurs grands noms du capitalisme occidental aux pires dictatures au cours des années 1930 ainsi que pendant la seconde guerre mondiale, préférant l’instauration de régimes autoritaires plutôt que d’avoir à supporter et subir la démocratie d’une plèbe, de peuples considérés comme dangereux par nature (le tristement célèbre « Plutôt Hitler que le Front populaire »).

Créés à l’initiative de figures emblématiques du capitalisme américain tel David Rockefeller (qui fêtera en juin 2015 son 100ème anniversaire), petit-fils de John D. Rockefeller fondateur milliardaire de la Standard Oil à la fin du 19ème siècle, le Groupe Bilderberg et la Commission Trilatérale s’inscrivent à l’origine dans le contexte de la guerre froide contre l’Union soviétique.
Mais ces structures ont aussi oeuvré à la reprise en main économique et politique mondiale en imposant progressivement à partir du milieu des années 1970 une nouvelle ère qualifiée communément de « néo-libérale ». Les fondateurs de la Trilatérale se proposaient d’apporter des réponses à ce qu’ils estimaient être « la crise de la démocratie » (rapport de la Trilatérale intitulé « The Crisis of democracy« , 1975), dans une société occidentale traversées notamment par de nombreuses revendications sociales (mouvements des droits civiques aux Etats-Unis, etc.).
L’idéologie « néo-libérale » a permis en réalité d’accroître principalement les privilèges des possédants au détriment des petites gens, des démunis. Les politiques austéritaires dont les peuples subissent plus que jamais les conséquences criminelles sont le résultat de cette idéologie d’un capitalisme mondialisé qui cherche à détruire et à s’affranchir définitivement des régulations et des protections sociales.

Ces groupes d’influence, assez discrets et connus d’un nombre assez restreint de personnes avant que l’Internet n’accélère la diffusion de l’information (création assez tardive d’un site web pour le Groupe Bilderberg en 2010 et plus ancienne pour la Trilatérale en 1998 à l’occasion de son 25ème anniversaire), ces structures posent le problème de leur sous-médiatisation et de leur fonctionnement totalement hors cadre d’un contrôle démocratique, comme cela était déjà souligné dans l’archive du journal télévisé de TF1 en 1977 (voir plus bas).
Or, si ces cercles se présentent comme des organisations privées, la présence parmi les participants de puissants hommes d’affaires, de dirigeants politiques ayant eu des mandats nationaux, de militaires de hauts rangs, de personnalités de l’Union européenne, du FMI, sans oublier quelques journalistes triés sur le volet pose de légitimes questions sur l’existence de ces structures. Et ce n’est pas la présence de quelques rares représentants de la société civile (représentants de syndicats réformistes…) qui permet de lever toutes les interrogations et les critiques.

Ecrire sur ce sujet expose bien entendu au risque d’être taxé de « complotisme », de « conspirationnisme » par certains esprits qui cherchent à discréditer et empêcher tout débat ou encore qui s’interdisent de réfléchir en dehors du cadre de pensée autorisé, entendu et convenu. Il serait cependant tellement plus juste et honnête de parler d’une lutte des classes qui, contrairement à ce que l’on nous a servi et affirmé depuis plusieurs décennies, n’a jamais cessé et voit les possédants dominer à nouveau sans partage.


Groupe Bilderberg (1954)
:

  • Site officiel : h ttp://www.bilderbergmeetings.org/
  • Participants à la réunion annuelle 2014 : h ttp://www.bilderbergmeetings.org/participants.html


Commission Trilatérale (1973) :

  • Site officiel : h ttp://trilateral.org/
  • Liste participants (mise à jour mensuelle) : h ttp://trilateral.org/download/file/TC_list_1-15(1).pdf


Revue de presse
:

  • Messes basses entre maîtres du monde
    Par Christian Losson, Jean Quatremer et Pascal Riché, Libération, le 5 août 2003
    Chaque année, un club d’initiés se réunit dans le plus grand secret. Enquête exclusive sur un huis clos où tout peut se dire mais d’où rien ne doit sortir.
    Ce jour-là, Versailles et son château rejouent Fort Chabrol. Ballets de motards de la police, entourés des forces spéciales nanties d’une oreillette. Des hommes en costume s’extraient de limousines aux vitres fumées. L’accès au Trianon Palace est verrouillé, les voitures fouillées. Motif : «Symposium international». A quel sujet ? «C’est pas pour vous», évacue un homme des services de sécurité occupé à passer un miroir sous une voiture.
    Ce jeudi 15 mai 2003, une centaine de «global leaders» s’enferment, jusqu’au dimanche, pour discuter des «choses du monde». Le saint du saint des clubs mondiaux, la Mecque du gotha mondial, «le top du top» des séminaires de réflexion, prend ses quartiers annuels à l’abri des regards. Bienvenue, pour la centaine d’élus, au «Bilderberg».
    Les «privilégiés» de ce raout euroaméricain sont des hommes politiques de haut rang (du numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, à Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères, en passant par Valéry Giscard d’Estaing, président de la Convention européenne) ; des patrons de multinationales (les PDG de Thales, Axa, Nokia, Daimler Chrysler, Novartis…) ; des gouverneurs de banques centrales (du Français Jean-Claude Trichet au Norvégien Svein Gjedrem) ; des journalistes acceptant la règle de l’omerta (Newsweek, The Financial Times, La Repubblica, The Economist, Nicolas Beytout pour Les Echos ou Alexandre Adler pour Le Figaro) ; des têtes couronnées (l’Espagnol Juan Carlos, la reine Béatrix des Pays-Bas) ; des Premiers ministres (le Danois Anders Fogh Rasmussen et le Portugais José Durao Barroso) ; des experts (le juge antiterroriste Bruguière, des membres de l’Ifri ­ Institut français des relations internationales ­ ou de la Brookings Institution, un centre de recherches de Washington).
    Pendant trois jours, tout ce beau linge discute postguerre en Irak, lutte contre le terrorisme, institutions internationales, Convention européenne, etc. «Sans langue de bois, sans diplomatie, en toute franchise», note un participant. «Prendre un verre au bar avec Kissinger ou Wolfowitz, sans risquer d’être dérangé, c’est sympa, non ?», se ravit encore Pierre Lellouche, député UMP, un des rares politiques français invité.Ce huis clos pour «happy few» se réunit chaque printemps dans une ville différente, du jeudi soir au dimanche midi, invariablement. Et, à chaque fois, dans un lieu tenu secret le plus longtemps possible. Pas de site Internet, pas de conférence de presse.
    (Lire la suite…)
    Source : www.liberation.fr/economie/2003/08/05/messes-basses-entre-maitres-du-monde_441431
  • Trente ans d’une institution secrète
    Pouvoirs opaques de la Trilatérale
    Par Olivier Boiral, Le Monde diplomatique, novembre 2003
    Dirigeants des multinationales, gouvernants des pays riches et partisans du libéralisme économique ont vite compris qu’ils devaient se concerter s’ils voulaient imposer leur vision du monde. Dès juillet 1973, dans un monde alors bipolaire, David Rockefeller lance la Commission trilatérale, qui va marquer le point de départ de la guerre idéologique moderne. Moins médiatisée que le forum de Davos, elle demeure très active, au travers d’un réseau d’influences aux multiples ramifications.
    Il y a trente ans, en juillet 1973, à l’initiative de M. David Rockefeller, figure de proue du capitalisme américain, naissait la Commission trilatérale. Cénacle de l’élite politique et économique internationale, ce club très fermé et toujours actif de hauts dirigeants a suscité nombre de controverses, surtout à ses débuts (1). La Commission entend alors devenir un organe privé de concertation et d’orientation de la politique internationale des pays de la triade (Etats-Unis, Europe, Japon). Sa charte fondatrice résume : « Centrée sur l’analyse des enjeux majeurs auxquels font face l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest et le Japon, la Commission s’attache à développer des propositions pratiques pour une action conjointe. Les membres de la Commission regroupent plus de 200 distingués citoyens provenant des trois régions et engagés dans différents domaines (2). »

    La création de cette organisation opaque, où se côtoient à huis clos et à l’abri de toute compromission médiatique des dirigeants de multinationales, des banquiers, des hommes politiques, des experts de la politique internationale, ou encore des universitaires, coïncide à ce moment avec une période d’incertitude et de turbulence dans la politique mondiale. La gouvernance de l’économie internationale semble échapper aux élites des pays riches, les forces de gauche paraissent de plus en plus actives, en particulier en Europe, et l’interconnexion croissante des enjeux économiques appelle une coopération plus étroite entre les grandes puissances. La Trilatérale va rapidement s’imposer comme un des principaux instruments de cette concertation, soucieuse à la fois de protéger les intérêts des multinationales et d’« éclairer » par ses analyses les décisions des dirigeants politiques (3).
    (Lire la suite…)
    Source : www.monde-diplomatique.fr/2003/11/BOIRAL/10677
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