Grèce : agences de notation financière à l’offensive

Intro :

C’était prévisible, mais elles n’ont pas traîné.
Les agences de notations financières ont lancé leur nouvelle offensive contre la Grèce. En effet, il ne faudrait surtout pas que l’expérience gouvernementale du parti grec Syriza et sa politique anti-austérité puisse donner des idées et de l’espoir aux peuples du Portugal, de l’Espagne, d’Italie, d’Irlande, mais également aux travailleurs pauvres d’Allemagne, de France et d’ailleurs.

L’histoire se répète : déjà en 1931, l’agence de notation américaine Moody’s dégradait la Grèce, provoquant la prise du pouvoir par le général Metaxas. Les excuses de Moody’s après l’arrivée de Metaxas ne l’empêche pas de recommencer la même intrusion anti-démocratique 80 ans plus tard…

Une nouvelle démonstration, si besoin était (on ne manque cependant pas d’exemples depuis la crise bancaire de 2007-2008, dont le coût gigantesque a été transféré sans honte par les banques responsables et coupables sur les Etats et les contribuables), que les agences de notation financière font partie des différents instruments de la mondialisation pour imposer et faire respecter aux Etats les préceptes, le dogme, le catéchisme monétariste néo-libéral si favorable aux possédants et si nuisible aux démunis.
FMI, Banque mondiale, BCE, agences de notation… autant d’officines qui servent les intérêts des firmes et autres multinationales (notamment américaines) pour mettre à genoux et contrôler les Etats.

Combien de fois les dirigeants politiques, experts et médias aux ordres devront-ils nous le répéter ? « Il-n’y-a-pas-d’alternative » à l’idéologie néo-libérale américano-européenne et son cortège de misère et de malheurs : « réformes structurelles » soi-disant « courageuses » à entreprendre, politique quasi-religieuse « d’austérité » pour que les Etats soi-disant coupables rachètent leurs dettes publiques considérées comme une faute morale originelle.
Mais qui a réellement « fauté » en 2007-2008, les Etats et les contribuables ou plutôt les banques ?

Par ailleurs, les dirigeants allemands autoproclamés vertueux sont bien mal placés pour donner des leçons de morale aux autres pays européens alors que l’Allemagne a elle-même bénéficié d’arrangements de la part de ses créanciers, et même fait défaut à plusieurs reprises sur le remboursement de ses propres dettes qui devaient pourtant dédommager les ravages et atrocités commises pendant la dernière guerre mondiale, notamment en Grèce.

Une Union européenne libérale, protectrice des intérêts des marchés et qui ne cesse décidément de faire le malheur de ses concitoyens ; une Union européenne qui se discrédite et fait le lit des récupérations politiques les plus dangereuses.


Revue de presse
:

  • Grèce : Moody’s place la note sous revue en vue d’un déclassement
    Par LesEchos.fr, le 6 février 2015
    6 février (Reuters) – Moody’s a annoncé vendredi avoir placé la note « Caa1 » attachée à la note souveraine de la Grèce sous revue dans la perspective d’un éventuel déclassement, l’agence de notation évoquant notamment le degré élevé des incertitudes entourant l’issue des négociations entre le pays et ses créanciers.
    Moody’s ajoute qu’elle envisagerait un abaissement de sa note si un accord avec les créanciers n’est pas conclu à temps, soulignant qu’un relèvement de la note grecque ne paraît « guère probable à court terme ».
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    Source : http://bourse.lesechos.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/grece-moody-s-place-la-note-sous-revue-en-vue-d-un-declassement-1030187.php
  • Moody’s menace d’abaisser la Grèce en raison de «l’incertitude» politique
    Par LeSoir.be, le 7 février 2015
    L’agence Moody’s a accentué la pression sur la Grèce vendredi en menaçant d’abaisser la note du pays en raison de « l’incertitude élevée » autour des négociations entre Athènes et ses créanciers européens et du FMI.
    La Grèce est désormais placée « sous examen en vue d’une dégradation », a annoncé l’agence Moody’s le jour même où sa concurrente Standard and Poor’s a abaissé la note du pays d’un cran.
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    Source : www.lesoir.be/780423/article/actualite/fil-info/fil-info-economie/2015-02-07/moody-s-menace-d-abaisser-grece-en-raison-l-incertitude-politique
  • En 1931, Moody’s conduisait déjà la Grèce au chaos
    Par Régis Soubrouillard, Marianne, le 20 Janvier 2012
    Dans le commentaire d’un article sur les agences de notation, une mariannaute rappelle l’épisode historique qui a vu l’agence Moody’s dégrader la note de la Grèce, générant des troubles sociaux et politiques dans le pays avant l’arrivée au pouvoir du général Metaxas, fasciné par les régimes fascistes. Moody’s exprimera ses regrets, annoncera la fin de la notation des dettes publiques avant de ressortir son funeste carnet de notes en 1975.
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    Source : www.marianne.net/En-1931-Moody-s-conduisait-deja-la-Grece-au-chaos_a214650.html
  • En 1931, Moody’s dégradait déjà la Grèce… et exprimait ses regrets cinq ans plus tard
    Par Jean-Marc Daniel (professeur à l’ESCP-Europe), Le Monde économie, le 5 Avril 2011
    L’HISTOIRE politique et économique de la Grèce depuis son indépendance, acquise en 1830, a été souvent houleuse. Les annonces apocalyptiques sur l’avenir des finances publiques du pays ne sont donc pas nouvelles. Mais la Grèce a le triste privilège d’avoir été, dans l’Europe des années 1930, la cible régulière des agences de notation, alors dans leur « adolescence ». En 1930, en effet, le Trésor américain reproche à ces agences de n’avoir pas vu venir les faillites en chaîne des banques et la crise boursière de l’automne 1929. Celles-ci entreprennent de ce fait d’élargir leur champ d’action des entreprises aux Etats.
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    Source : www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1153354&xtmc=metaxas_moody&xtcr=1
  • A quoi jouent les agences de notation ?
    Par Patrick Jolivet (responsable de la recherche chez BMJ Ratings), Le Monde.fr, le 10 mai 2010
    La semaine qui vient de s’écouler a vu les agences de notation financière dégrader les notes attribuées aux dettes de différents Etats européens, à la suite de la crise grecque. Ce sont non seulement la Grèce, mais également l’Espagne et le Portugal qui ont subi une diminution de leur note souveraine. (…) il n’est pas inutile de s’interroger sur le rôle et l’importance – paradoxale nous allons le voir – des agences de notation dans la régulation financière.
    Apparues il y a un siècle aux Etats-Unis (la première note fut délivrée par Moody’s en 1909), les agences de notation ont pour objet de réduire ce que les économistes appellent les asymétries d’information sur les marchés financiers .
    (…)
    Retenons de ce premier point que les notes publiées par les agences ne sont que des opinions et non des labels ou autres garanties scientifiques. Ces opinions émises sont censées, évidemment, être indépendantes.
    Ces opinions émises sont censées, évidemment, être indépendantes. Personne n’imaginant que les notes puissent dépendre de la tête, ou plutôt du portefeuille, du client.
    Or c’est précisément ce qui a été reproché aux agences lors de la crise des subprimes, même si le problème n’est pas nouveau : depuis les années soixante-dix, les agences sont rémunérées par les émetteurs (qui les sollicitent pour noter leur dette ou leurs opérations), alors qu’elles l’étaient auparavant par les investisseurs (qui leur déléguaient une partie du travail de traitement de l’information).
    On estime aujourd’hui que 90 % des revenus des agences proviennent des commissions facturées aux émetteurs de dette. Avant la crise des subprimes, près de 50 % du revenu des agences provenait des produits structurés… Produits dont elles avaient, en amont, contribué par leurs conseils à la structuration ! Retenons ici que la question de l’indépendance des opinions émises par les agences fait question, du fait des conflits d’intérêt liés à leur modèle économique.
    « Encadrer l’activité des agences »
    Il en découle directement une interrogation sur la fiabilité et la portée prédictive des notes. Une fois encore, cette interrogation n’est pas nouvelle, les agences n’ayant su anticiper, ni la crise de 1929, ni son évolution au cours des années trente. Plus proche de nous, rappelons que Standard & Poor’s et Moody’s notaient la société Enron en catégorie « investissement » quatre jours encore avant que la société ne se place sous la protection de la loi américaine sur les faillites.
    Le même constat peut être fait pour Lehman Brothers, noté « A » au moment de sa banqueroute à l’automne 2008.
    Une troisième remarque s’impose ici : les agences sont le plus souvent incapables de prédire les risques et ne font que suivre les marchés. Elles aggravent donc les crises (ou favorisent les bulles spéculatives) par leur comportement pro-cyclique.
    Face à ces constats, le plus étonnant tient au rôle que jouent aujourd’hui les agences sur les marchés financiers.
    Alors qu’elles n’ont fait l’objet pendant longtemps d’aucune régulation les concernant directement, elles ont bénéficié de différentes réglementations financières, qui leurs ont conféré ce que certains ont appelé un rôle de « quasi-régulateur ».
    (…)
    Ces limites sont bien connues, et les autorités de régulation des deux côtés de l’Atlantique ont, depuis 2008, pris des dispositions pour encadrer l’activité des agences.
    La gestion des conflits d’intérêt, la transparence et la robustesse des méthodes, et la diligence dans le traitement de l’information ont été renforcées dans les textes.
    La crise de la dette grecque nous invite cependant à aller plus loin : que les agences de notation financière, qui n’ont pas spécialement brillé par leur perspicacité dans la période récente, puissent déstabiliser un Etat et, partant, l’ensemble de la zone euro, doit nous conduire à nous demander si le développement (durable) de nos économies dépend réellement des ratings plus ou moins indépendants émis par des acteurs bénéficiant d’une rente sur les marchés financiers.
    Politiques européens, encore un effort : l’évaluation de notre maîtrise des risques à long terme est chose trop complexe pour dépendre des opinions émises par les seules agences de notation.
    Source : www.lemonde.fr/idees/article/2010/05/10/a-quoi-jouent-les-agences-de-notation-par-patrick-jolivet_1348914_3232.html
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