Etats-Unis : l’Eurasie à tout prix !

Intro :

Les puissances économiques outre-Atlantique et les dirigeants politiques américains, drapés dans leur drapeau étoilé et leur morale à géométrie variable en fonction de leurs intérêts, poussent leurs vassaux européens à s’opposer à Vladimir Poutine et à la Russie en Ukraine.
Les sanctions européennes réclamées par les Etats-Unis contre la Russie, ont déjà coûté plus de 21 milliards d’euros d’exportations en moins pour les entreprises européennes. Un préjudice dont se soucie assez peu la toute puissance américaine et l’Union européenne.

Car, sous le prétexte officiel de défendre la démocratie, la liberté et venir en aide à la population ukrainienne contre la soi-disant agressive Russie de Poutine, le but réel est de réduire la sphère d’influence russe.
Derrière la volonté d’étendre l’idéologie de l’économie de marché et de la liberté économique, les Etats-Unis ont un objectif prioritaire : s’assurer dans les prochaines années le contrôle du continent eurasien, immensément vaste et riche de ressources naturelles et autres matières premières ; des ressources stratégiques contre la Russie elle-même mais également contre la Chine déjà implantée et dont la puissance économique et politique ne cesse de s’accroître.

Pour les dirigeants politiques américains, et leurs bailleurs de fonds que sont les milliardaires et millionnaires actionnaires des plus grandes multinationales, l’Europe est considérée comme une « tête de pont » essentielle pour contrôler l’ouest de ce continent eurasien, hier contre l’URSS, aujourd’hui contre Poutine qui voit l’Otan aux portes de son pays.
Un continent eurasien, de Lisbonne à Vladivostok, « enjeu géopolitique principal » pour l’Amérique, avec en son sein l’Ukraine qui constitue l’un des cinq pays « pivots géopolitiques cruciaux »  (les quatre autres : Azerbaïdjian, Corée, Turquie et Iran), selon les propres termes de l’éminent géopolitologue américain Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller de James « Jimmy » Carter et cofondateur avec David Rockefeller de la Commission Trilatérale au début des années 1970 (Le grand échiquier, 1997, p.69)

Déjà en 1955, Henry Kissinger, l’autre influent géopolitologue américain, souligne l’importance de l’Eurasie et évoque la crainte que cette immense réserve de ressources stratégiques échappe à la puissance américaine.
En 1975, Le Monde diplomatique publiait un article du journaliste et écrivain pakistanais Ahmad Eqbal (*), dans lequel ce dernier soulignait l’enjeu crucial que représentait le continent eurasien pour les Etats-Unis dans la perspective de maintenir leur hégémonie (et que les actionnaires des firmes américaines puissent continuer de prospérer…).

Article :

  • Autoportrait de M. Kissinger
    Une nouvelle doctrine de l’impérialisme
    De l’art de jouer des contradictions et du bon usage de la force brute.

    Par Ahmad Eqbal, Le Monde diplomatique, mai 1975
    (…)
    L’un de ces concepts est la distinction entre « puissance insulaire » et « puissance continentale ». Etendue terrestre la plus vaste, la plus riche et, politiquement, la mieux intégrée de l’« Eurasie », l’U.R.S.S. est la principale « puissance continentale ». A ce titre, elle est l’ennemie naturelle et une menace permanente pour les Etats-Unis, principale « puissance insulaire », selon M. Kissinger, c’est-à-dire une puissance aux ressources inférieures et qui a donc besoin d’accéder à celles de l’Eurasie. D’où sa croyance que, vis-à-vis de l’Union soviétique, les Etats-Unis sont « confrontés au problème traditionnel d’une puissance insulaire – de Carthage envers l’Italie, de la Grande-Bretagne par rapport au continent… Si l’Eurasie tombait sous le contrôle d’une seule puissance hostile ou d’un groupe de puissances hostiles disposant de suffisamment de temps pour exploiter ses ressources, nous devrions faire face à une menace insurmontable » (1). Cette vision géopolitique de la malencontreuse position des Etats-Unis explique aussi le souci de M. Kissinger d’empêcher l’émergence de l’Europe occidentale en tant que centre de pouvoir indépendant et cohérent.
    (…)
    (1) Henry Kissinger, « Defense of trie « Grey Areas » », Foreign Affaire, vr. 1955.
    Source : www.monde-diplomatique.fr/1975/05/EQBAL/33128
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