Grèce : un pays géostratégique

Robert D. Kaplan_La revanche de la géographie

Intro :

Dans son ouvrage intitulé La revanche de la géographie. Ce que les cartes nous disent des conflits à venir (2012), le journaliste américain Robert D. Kaplan, spécialisé en sciences politiques, évoque l’importance stratégique de la Grèce.

Il cite et reprend notamment les analyses du géographe et géopoliticien britannique, Harold J. Mackinder (1861-1947).
La Grèce, un petit pays par son nombre d’habitants mais géographiquement important.

Document :

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« Au début de la guerre froide, la Grèce dut lutter pour rester dans le camp occidental, elle fit face à une guerre civile entre communistes et miliciens de droite, mais les négociations entre Churchill et Staline finirent par lui faire intégrer l’OTAN.
Comme le précise Mackinder, la Grèce se situe juste en dehors du coeur de l’Eurasie, ce qui la rend amie des puissances maritimes, mais si elle venait à tomber aux mains d’une puissance du Heartland comme la Russie, cette dernière « prendrait probablement le contrôle de l’île monde. »
Bien entendu, la Russie n’est pas près de prendre le contrôle de la Grèce. Il est pourtant intéressant d’imaginer à quel point la Russie aurait été renforcée si les négociations avaient placé la Grèce dans le bloc communiste : elle se serait trouvée aux portes de l’Italie, sans parler de tout l’est méditerranéen et du Moyen-Orient. »
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Robert D. Kaplan, La revanche de la géographie. Ce que les cartes nous disent des conflits à venir (2012 ; 2014, Editions du Toucan)

Revue de presse :

  • La Grèce, un enjeu stratégique
    Par Laurent Lemarchand, Ouest-France.fr, le 20 février 2015
    A force de laisser les comptables gérer l’aventure européenne, on en finirait pas oublier l’essentiel. Tout le monde a les yeux braqués sur le cadastre grec, sur le faible résultat des réformes engagées par Athènes depuis quatre ans en échange de plusieurs plans d’aides. Sur les diverses hypothèses de « Grexit », d’une sortie ordonnée ou chaotique de la Grèce de la zone euro. Les yeux rivés sur les comptes, on en oublierait le paysage. Or, tout comme les dirigeants de l’Union européenne ont cru pouvoir avancer avec l’Ukraine sur la seule voie du libre-échange, sans se soucier des répercussions stratégiques d’un tel rapprochement, ils risquent de commettre la même erreur avec Athènes. Jouer les tatillons sur les comptes d’un pays qui ne pèse que 2% du PIB européen, en oubliant l’avalanche géostratégique qui guette. Et dont Tsipras lui-même est parfaitement conscient.La Grèce n’est en effet pas seulement une affaire économique et financière que tous les contribuables européens commencent à connaître par coeur. C’est d’abord une affaire stratégique. Perdre la Grèce, c’est créer, aux portes de l’Europe, un trou noir stratégique qui pourrait très vite se révéler être un puissant facteur de déstabilisation pour l’Union européenne. Washington (qui ne cesse de faire pression pour qu’un accord soit trouvé entre le gouvernement Tsipras et ses créditeurs de la Troïka) et Moscou (qui a déclaré à plusieurs reprises sa disponibilité à soutenir Athènes en cas de besoin) l’ont clairement compris. Bruxelles et Berlin un peu moins.

    Athènes est en Méditerranée, certes, mais la Grèce reste un pays balkanique. Frontalier de l’Albanie et de la République de Macédoine qui ne sont pas encore membre de l’Union européenne. Un carrefour entre l’Occident et l’Orient. Un pion déterminant sur l’échiquier militaire en Méditerranée.

    Devenue membre de l’Otan depuis 1952, en même temps que la Turquie pour stabiliser cette zone géographique de tous les dangers, la Grèce a toujours été un pays rebelle et potentiellement instable. Le parapluie américain n’a pas entamé le lien culturel et historique très fort qui unit le pays à la fois aux Balkans et à la Russie.

    Durant l’intervention de l’Otan en ex-Yougoslavie, la solidarité avec la Serbie, orthodoxe, était très ressentie. Tout comme le rejet des sanctions à l’égard de Moscou depuis le début de la crise ukrainienne. Vis-à-vis d’un Vladimir Poutine qui affirme vouloir défendre les Russes où qu’ils se trouvent, mais être aussi le protecteur des chrétiens d’Orient. Outre les spéculations sur le trésors de Poutine et ses liens avec le Mont Athos, la solidarité orthodoxe et les liens financiers, via Chypre, sont réels.

    (Lire la suite…)
    Source : http://international.blogs.ouest-france.fr/archive/2015/02/20/grece-euro-tsipras-syriza-moscou-russie-13536.html

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