Réformes néolibérales en France : la stratégie du choc fait des émules

Tignous "Le fric c'est capital" (éditions 12bis, 2010)

Tignous « Le fric c’est capital » (éditions 12bis, 2010)

Intro :

Ter-mi-né les réformes structurelles à petits pas, par petites touches !!
Il faut aller vite et fort, faire dans le gros oeuvre, le brutal, façon puzzle pour paraphraser Les Tontons flingueurs

Désormais, pour réformer, pour ouvrir l’économie française (déréguler, libéraliser, privatiser, maximiser les profits pour une minorité de bénéficiaires…), afin de soi-disant libérer les énergies entrepreneuriales et gagner en compétitivité, une seule et unique stratégie s’imposerait : le choc !

En effet, alors que l’actuel premier ministre Manuel Valls et François Hollande, ancien ennemi de la finance, viennent de passer en force pour valider le « projet de loi pour la croissance et l’activité » du ministre de l’économie et de l’industrie, Emmanuel Macron (procédure accélérée avec l’utilisation de l’article 49.3), certains dirigeants politiques critiquent le contenu de cette loi, jugé insuffisant, et souhaitent réformer plus en profondeur et plus vite.

Une tendance à plus de radicalité dans les réformes que l’on observe y compris chez des partisans jusque-là les moins extrémistes de la croisade néolibérale engagée depuis les années 1960 pour nous vendre une « mondialisation heureuse » (pour les riches…).

Le 19 février 2015, François Fillon, député de Paris et ancien premier ministre, était invité de la matinale de France Inter.
L’ancien chef de gouvernement de Nicolas Sarkozy était notamment interrogé sur la loi Macron et sur la réformabilité de la France : il se dit partisan désormais d’un « programme de rupture économique », d’un « choc psychologique », d’un « choc politique ».

Ainsi, il existe plusieurs méthodes pour réformer et revenir sur les avancées et protections sociales obtenues, conquises, arrachées, après de nombreuses luttes menées par les générations passées essentiellement au cours du 20ème siècle :

– La première méthode consiste à instiller à petites doses le poison néolibéral (libéralisations, privatisations…), avec la mise en oeuvre de réformes qui affaiblissent les ressources de l’Etat (baisse des rentrées fiscales, délégation de souveraineté à des structures supranationales telle l’Union européenne et la Commission européenne inféodées aux multinationales…), et qui sapent progressivement les institutions publiques nationales et le tissu social (éducation, santé, logement, droit du travail, retraite…) ;

– La deuxième méthode consiste à imposer et engager brutalement et rapidement des réformes « structurelles » globales (rigueur et austérité pour les peuples, dérégulation massive…). Une méthode qui a l’avantage de sidérer l’opinion publique et surtout de prendre de vitesse les structures potentielles de résistance (partis politiques d’opposition, syndicats de salariés, organisations citoyennes, etc.).

Car les principaux profiteurs de l’économie de marché (banques, multinationales…) s’impatientent. Les quelques 2 000 milliardaires et la vingtaine de millions de millionnaires dans le monde, dont les fortunes démesurées se sont construites la plupart du temps au détriment de l’intérêt général de populations locales, attendent du personnel politique qu’il aille plus vite dans la mise en oeuvre des réformes structurelles et autres politiques d’austérité aux conséquences sociales et sanitaires criminelles (réduction de la réglementation du travail, dégradation des conditions d’accès aux soins, accroissement des inégalités, paupérisation…).

A lire, ou relire, l’ouvrage de la journaliste canadienne Naomi Klein, La stratégie du choc : la montée d’un capitalisme du désastre (2007).

Document :

  • France Inter, Le 7/9
    Le jeudi 19 février 2015 (8h19-9h)
    Source : www.franceinter.fr/emission-le-79-f-fillon-la-logique-cest-que-le-president-decide-de-dissoudre-lassemblee-nationale

    Extraits:
    [8h24]
    – F. Fillon : « (…) Accepter l’idée d’un agenda national (…) ça veut dire qu’on se met autour d’une table, qu’on discute de 3 ou 4  réformes économiques indispensables sur lesquelles il pourrait y avoir une majorité de circonstance. Parce qu’il y a une urgence à redresser l’économie française.
    (…)

    [8h27]
    Bruno Duvic  : « (…) Cet épisode donne l’impression que la France est un pays toujours plus difficile à réformer. Le choix qui était fait à travers ce texte c’était d’avancer peut-être à petites doses, mais d’avancer sur toute une série de sujets. Quelle est la bonne méthode pour réformer ? »
    FF : « Je crois que la seule bonne méthode c’est de présenter aux Français un programme de réformes, à l’occasion des élections, d’obtenir leur accord et ensuite de le mettre en oeuvre sans faiblesse. »
    BD : « …Ce qui n’a pas été fait en 2012… »
    FF : « …Ce qui n’a pas été fait en 2012 puisque le président de la république s’est engagé sur un programme qui est totalement contraire à celui qu’il essaye de mettre en oeuvre aujourd’hui. »
    BD : « Ca avait été fait en 2007… ? »
    FF : « …ça avait été fait en 2007, avec un programme qui n’était sans doute pas suffisamment radical par rapport à la réalité de la situation, et qui s’est brisé assez vite sur la crise économique de 2008. Et je reconnais qu’ensuite, après cette crise économique, la volonté réformatrice était moins évidente. Mais c’est la raison pour laquelle je pense qu’aujourd’hui, compte tenu de la gravité de la situation de la France, il faut un programme de redressement radical présenté aux Français à l’occasion soit d’une élection législative, si elle a lieu de manière anticipée, soit d’une élection présidentielle. »
    (…)[8h43]
    BD : « (…) Une question à propos de 2017. Petite phrase de Nicolas Sarkozy ce matin : sa candidature à la présidentielle de 2017 dit-il n’est pas « obligatoire ». Un commentaire ? »
    FF : [rires] « Aucune candidature n’est obligatoire je veux dire. Il y a un travail, qu’on vient d’évoquer à l’instant, de fond à faire, pour déterminer qui est le mieux à même de présenter un programme de redressement national, un programme que moi j’appelle un programme de rupture économique. Et il va y avoir un débat dans le pays, et notamment un débat à droite, entre ceux qui pensent qu’il faut faire les choses – j’allais dire un peu « à la Macron » – c’est à dire petit à petit, et j’ai longtemps pensé que c’était comme ça qu’il fallait réformer la France -, et puis ceux – c’est mon cas aujourd’hui – qui pensent qu’il faut un choc, un choc psychologique, un choc politique assez fort, et donc un programme qui soit un programme de rupture. Et c’est ce débat-là qui est intéressant et qui va se traduire par les primaires à droite et du centre. »


Revue de presse
:

  • Loi Macron: pour une vraie thérapie de choc
    Par François Fillon, Député de la deuxième circonscription de Paris, ancien Premier ministre, le 2 février 2015
    POLITIQUE – Notre République vient de traverser une épreuve difficile. Elle l’a fait avec dignité et fermeté. Maintenant, il est urgent de donner aux Français ce qui leur manque : la fierté de vivre dans une France où les promesses de liberté, d’égalité et de fraternité ne s’envasent pas dans les marais de la stagnation économique.
    (Lire la suite…)
    Source : w ww.huffingtonpost.fr/francois-fillon/vote-loi-macron-economie_b_6572068.html
  • Les propositions chocs de Fillon pour réduire la dette
    Par LeFigaro.fr, le 1er octobre 2014
    L’ancien premier ministre souhaite réduire les dépenses publiques de 110 milliards d’euros en cinq ans. Pour cela, la fonction publique et les collectivités locales seraient mises au régime tandis que les ménages financeraient une nouvelle baisse des charges des entreprises.
    (Lire la suite…)
    Source : w ww.lefigaro.fr/conjoncture/2014/10/01/20002-20141001ARTFIG00062-les-propositions-chocs-de-fillon-pour-reduire-la-dette.php
  • Le traitement de choc du docteur Fillon pour soigner l’économie française
    Par Jean-Christophe Chanut, LaTribune.fr, le 25 juin 2014
    François Fillon, le co-président de l ‘UMP, a présenté ces idées chocs pour redresser l’économie française. Il prône la suppression de la durée légale du travail, la simplification du code du travail. Il veut aussi alléger de 50 milliards les prélèvements pesant sur les entreprises et diminuer de 20 milliards par an les dépenses publiques.
    (Lire la suite…)
    Source : w ww.latribune.fr/actualites/economie/france/20140625trib000836961/le-traitement-de-choc-du-docteur-fillon-pour-soigner-l-economie-francaise.html
  • François Fillon dévoile sa « thérapie de choc » libérale pour restaurer la compétitivité
    Par Isabelle Ficek, LesEchos.fr, le 24 juin 2014
    Candidat à la primaire UMP pour 2017, François Fillon dit, dans L’Express, avoir constaté l’échec de la méthode douce. Il veut présenter aux Français un « projet radical  concentré sur « une dizaine de réformes fondamentales ».
    (Lire la suite…)
    Source : w ww.lesechos.fr/24/06/2014/lesechos.fr/0203590527390_francois-fillon-devoile-sa—therapie-de-choc—liberale-pour-restaurer-la-competitivite.htm
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