Allemagne / Grèce : Yanis Varoufakis pointe du doigt… un trucage

Le doigt d'honneur de Yanis Varoufakis ne serait pas un trucage.

Intro :

Si vous êtes passés à côté de la polémique suscitée ces derniers jours par une vidéo montrant l’actuel ministre des finances grec, Yanis Varoufakis, faisant un doigt d’honneur en parlant de l’Allemagne, voici un résumé des faits ainsi qu’une mise en perspective de cette affaire.

Cet épisode se serait déroulé au cours d’une conférence en Croatie en 2013 au cours de laquelle celui qui allait devenir ministre des finances évoquait l’hypothèse d’une Grèce qui aurait fait défaut au sein de l’Union européenne en 2010, un peu comme l’avait fait l’Argentine, et de faire un doigt d’honneur à l’Allemagne en disant : « maintenant vous pouvez résoudre vous-même ce problème ».

La vidéo, montrant le doigt offensant, avait était diffusée au cours d’un débat politique très suivi sur la chaîne de télévision ARD, l’une des chaînes publiques allemandes. Yanis Varoufakis répondait en duplex d’Athènes aux questions du présentateur Günther Jauch. Interrogé et sommé de s’expliquer, le ministre grec avait tout de suite déclaré que la vidéo était truquée. Les experts en vidéo avaient, eux, certifié que l’image n’était pas truquée.

Pendant plusieurs jours, le doigt d’honneur du ministre grec a alimenté les débats dans les médias et réseaux sociaux en Allemagne et ailleurs en Europe. Jusqu’à ce que Jan Böhmermann, animateur d’une émission satirique Neo Magazin diffusé sur la ZDF, l’autre chaîne publique, affirme qu’il s’agissait… d’un trucage.

Pour appuyer sa déclaration, l’animateur impertinent diffusait même une vidéo montrant et expliquant la réalisation du trucage avec son équipe :

Jan Böhmermann, l’auteur qui revendique le trucage, avait déjà réalisé cette autre vidéo satirique qui présente le ministre grec en super-héros faisant plier la zone euro :

Revue de presse :

  • Confusion autour du vrai faux doigt d’honneur de Yanis Varoufakis
    Par Nicolas Barotte, LeFigaro.fr, le 19 mars 2015
    VIDÉOS – Avec son vrai faux fingerfake, l’humoriste allemand Jan Böhmermann aura quoi qu’il en soit réussi à faire tourner la tête d’Internet et des médias allemands.
    Après le «fingergate», le «fingerkake»? La vidéo montrant, en 2013, Yanis Varoufakis entrain de proposer de faire un doigt d’honneur à l’Allemagne aurait-elle bien été truquée, comme l’avait assuré le ministre grec des Finances dimanche soir lors d’un talk show à la télévision allemande. «Je n’ai jamais montré ce doigt», avait-il protesté après avoir vu les images. Les premières vérifications menées par la chaine ARD avaient conclu à l’authenticité de la vidéo. Mais mercredi soir dans son émission Neo Magazin Royale, un humoriste allemand, Jan Böhmermann a assuré avoir réalisé le trucage. «Il va falloir être très, très fort», a-t-il lancé en direction des journalistes et des médias qui avaient dès dimanche soir accusé Yanis Varoufakis de mensonges voire pire. Le ministre des Finances a réagi sur twitter en demandant des excuses.
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    Source : www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/03/19/20002-20150319ARTFIG00177-confusion-autour-du-vrai-faux-doigt-d-honneur-de-yanis-varoufakis.php
  • Un présentateur allemand avoue avoir truqué une vidéo de Yanis Varoufakis
    Par RTS.ch, le 19 mars 2015
    Un présentateur de télévision allemand a déclaré mercredi avoir truqué une vidéo de Yanis Varoufakis, pour faire croire à un doigt d’honneur du ministre des Finances grec à l’égard de l’Allemagne.
    Jan Böhmermann, présentateur d’une émission satirique sur la chaîne publique allemande ZDF, avoue dans une vidéo publiée mercredi sur le site de son émission Neo Magazin Royale qu’il est à l’origine du trucage.
    (Lire la suite…)
    Source : www.rts.ch/info/monde/6633341-un-presentateur-allemand-avoue-avoir-truque-une-video-de-yanis-varoufakis.html


Note M&Cies :

Si mystification médiatique il y a eu, elle a le mérite de pointer du doigt le procès à charge instruit contre la Grèce et son peuple depuis 2009. Notamment depuis le déclenchement des premiers mémorandums néolibéraux imposés par le trio infernal composé de la Commission européenne, de la BCE et du FMI qui se sont arrogés tous pouvoirs pour fixer les conditions à suivre et les réformes libérales à accomplir dans le pays pour espérer bénéficier des plans d’« aides » financières afin de sortir de l’endettement. Des aides financières qui étaient destinées en réalité à éviter des pertes abyssales aux banques étrangères (allemandes, françaises…) plus qu’à relancer l’économie grecque.

Car si la classe politique grecque (droite comme gauche) qui a été au pouvoir pendant plus de 50 ans est, pour une large part, corrompue (comme la classe politique française et au-delà, cessons d’être crédules), le peuple (classes moyennes et populaires) ne peut pas être tenu totalement responsable des agissements de ses représentants délictueux. Ou alors autant que nous pourrions l’être à l’égard des agissements de nos propres dirigeants et élites.

En Grèce comme partout, l’évasion fiscale est surtout le fait des grandes fortunes grecques (armateurs, grands propriétaires…) et des grandes entreprises étrangères, qui défiscalisent au maximum.
La fraude fiscale et à la corruption son des activités pratiquées également au plus haut niveau en France et également en Allemagne (si je puis dire, les cas Cahuzac et l’éminent Peter Hartz sont ici exemplaires…).

Les peuples insultés et saignés par les responsables de la crise eux-mêmes…

Si la Grèce est rabaissée, dénigrée, culpabilisée depuis maintenant cinq ans, c’est plus largement 4 ou 5 pays majoritairement de l’Europe du sud qui sont la cible, à des niveaux divers, des critiques économiques et des politiques d’« austérité ».

Le Portugal, l’Irlande+Italie, la Grèce et l’Espagne/Spain sont en effet désignés depuis 2008 sous l’acronyme sympathique de « PIGS/PIIGS » (« PORCS », dans la belle langue de Shakespeare et de Twain…).
Un raccourci inventé par quelques journalistes britanniques et américains plus doués semble-t-il pour inventer de petits jeux lexicaux que pour anticiper le krach gigantesque des subprimes créé dans leurs propres contrées. Et moins doués encore pour critiquer les vrais responsables de ce krach aux dangereuses conséquences économiques.

Car si ces Etats sont qualifiés de « PORCS » par ces journalistes si peu éclairés, alors que dire des plus grandes banques et places financières qui ont causé cette méga-crise de 2007-2008 qui restera comme l’une des pires catastrophes financières ?!
Une catastrophe dont la sphère financière et ses dirigeants ont été pour la plupart sauvés en faisant porter la gigantesque charge économique aux finances publiques des Etats et aux contribuables.

Et ces mêmes banques et dirigeants se font donneurs de leçon, faiseurs de morale, réclamant la rigueur et l’austérité en saignant encore davantage les peuples, en sommant les Etats de se réformer, d' »ouvrir » leurs économies (libéralisation, privatisations…).

Sans oublier les grandes agences de notation financière qui se sont rendues à nouveau incontournables depuis le milieu des années 1970, et dont les exigences libérales ne doivent pas faire oublier qu’elles ont été incapables d’alerter sur le danger qui allait exploser en 2008. Pire, elles ont contribué à son amplification en brouillant les signaux, attribuant des bonnes notes aux moins méritants, aux pires escrocs.

N’oublions jamais cela ! Même si les médias aux ordres omettent volontairement de le rappeler la plupart du temps. Et exigeons que les vrais coupables soient jugés.

Rigueur et austérité pour les peuples, bonnes affaires pour les élites

Une propagande bien utile en tous cas pour justifier la mise en œuvre, soi-disant incontournable, de « réformes structurelles » (libéralisation, privatisations…).
Des réformes qui se traduisent par l’instauration de « politiques d’austérité » aux conséquences sociales et sanitaires désastreuses, voire criminelles (1/3 de la population grecque n’a plus de protection santé).
Des politiques austérité qui sont est contre-productive par rapport aux objectifs affichés et annoncés, mais qui fonctionne à plein quand il s’agit de plonger les peuples dans la misère et de faire prospérer les affaires d’une petite minorité de puissants, de possédants qui fait son marché à prix bradés, sacrifiés.

Car ces politiques (rigueur, austérité) permettent aux intérêts privés de dépecer les pays ciblés, en libéralisant les services et biens publics, en privatisant les ressources naturelles, et en revenant sur toutes les conquêtes sociales pointées du doigt comme des « privilèges » qui n’auraient plus lieu d’être (droit du travail en premier lieu).

Culpabiliser la victime pour mieux la déposséder : un principe redoutablement efficace, aussi ancien que la perversion humaine.

Tout cela sous prétexte, sous couvert, de « rigueur budgétaire », de « compétitivité », afin de pouvoir rivaliser, nous répète-t-on depuis 50 ans, dans la mondialisation du libre-échange. Dans ce cas-là, autant abaisser et aligner tout de suite les conditions de travail et le « coût » sur ceux du Bangladesh, Cambodge, Vietnam, Pakistan, mais aussi Kenya, Ethiopie…, et même être moins-disant encore que ceux-là afin d’être encore plus com-pé-ti-tifs… !
C’est l’application primaire de la logique libérale du « coût/bénéfice », qui permet de gagner des parts de marché, en dégageant toujours plus de marges et de profits pour les compagnies multinationales, leurs dirigeants et principalement leurs grands actionnaires.

Bref, une mondialisation heureuse et merveilleuse… pour quelques profiteurs pathologiquement cupides, avides, et jamais repus.

Ainsi, sous domination croissante de la sphère financière et des multinationales de plus en plus puissantes, envahissantes et dictatoriales, les Etats et les peuples sont sommés d’accepter, d’appliquer et d’endurer la « rigueur », l’« austérité » néolibérale selon un dogme quasi-religieux, alors que les classes supérieures (riches et ultrariches) ne cessent, elles, de s’enrichir. Et que les inégalités de revenus ne cessent de se creuser, d’exploser.

Conséquence, dans les pays occidentaux les classes moyennes s’appauvrissent de plus en plus et les classes populaires sombrent encore davantage, tandis que dans les pays dits « émergents » les pauvres et très pauvres sont exploités dans des usines pour des salaires de misère en travaillant, parfois jusqu’à la mort, pour le compte des compagnies multinationales.

La Grèce et le peuple grec accusés de tous les maux, insultés, humiliés, montrés du doigt…

C’est dans ce contexte mortifère et destructeur (vive l’UE et la mondialisation néolibérale ?) que depuis plusieurs années le peuple grec, encore plus que les autres peuples européens, subit un véritable racisme à son endroit. Un racisme généré, colporté et encouragé notamment par les dirigeants de l’Union et de la Commission européenne, de la BCE et du FMI.
Une propagande qui ne va pas hélas cesser de sitôt, sans prise de conscience par les autres peuples de la réalité des faits.

Car, plutôt que de colporter cette propagande délétère et mortifère en reprenant et répétant bêtement ce qui est diffusé, vomi quotidiennement dans les médias dominants, les peuples européens gagneraient à être plus solidaires les uns envers les autres. Et plus critiques sur les éléments de langages utilisés dans les médias dominants, destinés à nuire aux peuples, en les montant les uns contre les autres pour mieux les diviser et les affaiblir.

L’idéal européen qui nous a été servi et resservi, vendu depuis plus de 60 ans par les dirigeants politiques successifs (Giscard, Barre, Delors, Chirac, Mitterrand, Sarkozy, Hollande, Valls, Macron…) de gauche et de droite, ne disait-il pas : « Plus jamais ça », « plus jamais de guerre »… ?

Résultat ? C’est la régression sociale à tous les moyens et bas étages, voire la misère, qui s’abat sur les peuples, que les inégalités explosent et que les partis extrémistes se nourrissent de cette misère croissante et des angoisses légitimes en l’avenir.

De surcroît, les textes et traités de l’Union européenne, ratifiés parfois même contre la volonté et les scrutins populaires (ex : TCE en 2005…), portent en eux le conflit car la division en imposant la concurrence entre les peuples et les Etats, plutôt que la solidarité et l’entraide.

De la parole aux actes, le fossé et les mensonges sont devenus criants et ne peuvent plus être niés.

Car si le peuple grec est une des victimes les plus extrêmes de cette politique néolibérale destructrice, les Portugais, les Espagnols, les Italiens, les Irlandais, les Anglais, les Allemands eux-mêmes sont victimes, voyant leurs protections sociales, conquises notamment après la 2ème GM, détruites et réduites à néant.

Jusqu’à quand la sinistre mascarade de cette Union européenne à la botte des multinationales et à la solde des banques va-t-elle continuer ?

Quand les peuples prendront-ils enfin conscience de la collaboration (plus ou moins active ou passive) que la plupart des représentants politiques assument d’exercer dans ce processus de mondialisation néolibérale synonyme – nul ne peut le nier sérieusement désormais –, de régression sociale, d’alignement par le bas pour tous les peuples ?


Le « modèle allemand » : si exemplaire et bénéfique pour les classes moyennes et populaires… ?

Revue de presse :


Fraudes et corruption : des spécialités grecques, comme la moussaka ? Pas vraiment…

Revue de presse :

  • Grèce: une affaire de corruption impliquant Siemens renvoyée en justice
    Par LaLibre.be et AFP, le lundi 9 mars 2015
    Actualité. Neuf ans après le début de l’enquête, le renvoi devant la justice grecque a été prononcé lundi pour une vaste affaire de corruption présumée dans un marché remporté par le groupe Siemens, dont des cadres ou ex-cadres sont poursuivis, a-t-on appris de source judiciaire.
    Sur les 64 personnes appelées à être jugées, au moins douze étaient des salariés ou cadres dirigeants du géant industriel allemand à l’époque des faits qui remontent aux années 90.
    (Lire la suite…)
    Source : www.lalibre.be/economie/actualite/grece-une-affaire-de-corruption-impliquant-siemens-renvoyee-en-justice-54fdd36035707e3e93caae81
  • Union européenne
    Fraude et évasion fiscales : ces 2 000 milliards qui plombent l’Europe
    Par MyEurope.info, le 4 novembre 2013
    (…)
    L’Allemagne en croisade
    Evasion fiscale : entre 150 milliards d’euros par an (selon le SPD, parti social démocrate) et 165 milliards (Tax Justice Network)
    Fraude à la TVA : près de 27 milliards d’euros par an, soit 1% du PIB (Eurostat, 2011)
    (…)
    En France, « l’accélérateur Cahuzac »
    Évasion fiscale : 132 milliards d’euros par an (Tax Justice Network)
    Fraude à la TVA : plus de 32 milliards d’euros par an, soit 1,6% du PIB (Eurostat, 2011)
    (…)
    Source : www.bastamag.net/Fraude-et-evasion-fiscales-ces-2


Les vrais fraudeurs ?

Revue de presse :

  • Finance toxique
    Spéculation, évasion fiscale, bonus des traders : observez en direct la démesure des banques et marchés financiers
    Par Agnès Rousseaux, Bastamag.net, le 18 mars 2015
    Sept ans après la crise financière de 2008, rien n’a vraiment changé : spéculation effrénée, création de produits financiers toxiques, évasion fiscale, rémunérations des banquiers… Nous voici revenus aux mêmes niveaux qu’avant la crise, voire au-delà. Les chiffres font peur. Nous vous invitons à une plongée au cœur de cette finance folle, pour en percevoir, minute par minute, la démesure. Pour comprendre les dérives de cette folie spéculative. Et l’urgence de reprendre le contrôle sur ce système financier dérégulé.
    (Lire la suite…)
    Source : www.bastamag.net/Speculation-evasion-fiscale-bonus-des-traders-observez-en-direct-la-demesure


Luttes et résistance

Revue de presse :

  • Blockupy. 20 000 manifestants à Francfort contre l’austérité prônée par la Banque centrale Européenne
    Par Rachel Knaebel, Bastamag.net, le 19 mars 2015
    Des milliers de citoyens ont participé le mercredi 18 mars à une journée d’action à Francfort, en Allemagne, à l’occasion de l’inauguration du nouveau siège de la Banque centrale européenne. Les blocages et manifestations organisés pat le collectif Blockupy, l’association Attac et la confédération syndicale allemande ont réuni environ 20 000 personnes. Elles sont venues de toute l’Europe pour contester la politique d’austérité imposée à la Grèce et au continent par l’ancienne troïka. Le matin, des voitures ont été brûlées et des heurts ont eu lieu avec la police. Mercredi soir, la police de Francfort comptabilisait 26 interpellations, loin des centaines annoncées au fil de la journée.
    (Lire la suite…)
    Source : www.bastamag.net/Des-milliers-de-manifestants-a-Francfort-au-pied-du-nouveau-siege-de-la-Banque
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