A voir ! Discours de Sahra Wagenknecht, députée allemande Die Linke

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Intro :

Le 19 mars 2015, la députée allemande Sahra Wagenknecht, vice-présidente du parti de gauche Die Linke, est intervenue à la tribune du parlement allemand.
Au cours de son discours elle a interpellé très vivement la chancelière Angela Merkel ainsi que son ministre des finances, Wolfgang Schaüble.

Ses critiques ont porté sur la dégradation des relations diplomatiques et économiques entre l’Allemagne et la Russie. A ce sujet, elle a évoqué les propos très explicites tenus le 3 février 2015, au Chicago Council on Global Affairs, par George Friedman, le dirigeant de l’influent think-tank américain Strategic Forecasting, Inc (Stratfor), propos concernant, notamment, les intérêts géopolitiques américains en Ukraine et plus largement en Europe et en Eurasie.

Sahra Wagenknecht a rappelé également le lourd passif que l’Allemagne a vis-à-vis de la Grèce suite aux crimes commis pendant à la deuxième guerre mondiale, appelant Wolfgang Schaüble, le ministre des finances, à plus de considération sur ce « sombre chapitre de l’histoire allemande ».

Discours :

  • Site officiel Sahra Wagenknecht :
    Le 19.03.2015
    « Holen Sie sich unser Geld bei den Banken und der griechischen Oberschicht zurück! »
    Rede von Sahra Wagenknecht in der Debatte des Bundestages am 19.03.2015 zur Regierungserklärung zum Europäischen Rat am 19./20.03.2015
  • Retranscription (en français) du discours de Sahra Wagenknecht, débat au Bundestag, déclaration du gouvernement sur le Conseil européen des 19 / 20.03.2015]

Dr. Sahra Wagenknecht :

« Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Mme la chancelière !

Dans ses meilleurs jours, la politique étrangère allemande avait deux priorités : l’union européenne et une politique de bon voisinage avec la Russie. Cela devrait vous donner à réfléchir, Mme Merkel – si vous daignez m’écouter -,…

(Député CDU/CSU : Quel toupet !)

…que presque dix ans après votre nomination comme chancelière, les nationalismes et la discorde en Europe prospèrent de nouveau, comme cela n’avait plus été le cas depuis longtemps, et que la politique de détente vis-à-vis de la Russie ait laissé la place à une guerre froide.

(Applaudissements dans les rangs des députés de Die Linke)

Le directeur de l’influent think-tank Stratfor [George Friedman], lors d’une récente conférence de presse – [le 3 février 2015, conférence The Chicago council on Global affairs] -, a expliqué avec une étonnante franchise les intérêts spécifiques des Etats-Unis en Europe : leur principal intérêt serait d’éviter une alliance entre l’Allemagne et la Russie car – je cite -, « ensemble, ils sont la seule puissance qui puisse nous menacer, nous les Etats-Unis ».

Cette supposée menace des intérêts américains a été repoussée avec succès pour le moment. Cela a commencé quand l’Union européenne a cherché, dans le cadre du partenariat avec l’est, à casser toute coopération économique et politique entre les pays intéressés et la Russie.

(Claudia Roth, (Augsburg) (Alliance 90 / Les Verts) : C’est ridicule !)

Mme Merkel, cela visait évidemment la Russie ; mais ce n’était pas non plus dans l’intérêt des pays concernés. Ce sont ces derniers que vous avez forcé à choisir et pas la Russie.

(Applaudissements dans les rangs de Die Linke)

Résultat, l’Ukraine a perdu une grande partie de son industrie. C’est aujourd’hui un Etat en faillite, les gens y souffrent de la faim et du froid et les salaires y sont inférieurs à ceux du Ghana.

Mais la confrontation avec la Russie n’a pas fait que détruire l’Ukraine. Elle nuit à toute l’Europe. Car ce n’est un secret pour personne, les Etats-Unis attisent le conflit avec la Russie aussi pour des motifs économiques. Quand les gouvernements américains parlent des Droits de l’Homme ils s’agit en règle générale des droits de forage ou des droits de prospection minière. Et justement, avec tous ces gisements de gaz de schiste en Ukraine, les perspectives d’exploitation sont énormes.

(Applaudissements dans les rangs de Die Linke)

Quand dans le cadre de l’Union de l’énergie, on parle de nouveaux tracés d’oléoducs et d’indépendance croissante vis-à-vis du gaz russe, il faudrait dire honnêtement aux gens ce que cela implique : une dépendance toujours plus grande vis-à-vis du gaz par fracturation américain, bien plus cher et dévastateur pour l’environnement. Et je ne pense pas que cela soit une perspective responsable.

(Applaudissements dans les rangs de Die Linke)

La liste des anciens dirigeants allemands, qui ont critiqué votre politique à l’égard de la Russie, Mme Merkel, est longue. On y trouve vos prédécesseurs Gerhard Schröder, Helmut Kohl, Helmut Schmidt ou encore Hans-Dietrich Genscher. Cela vous a sans doute poussée à infléchir votre position.

En tout cas, vous avez bien fait de prendre l’initiative de nouvelles négociations conjointement avec le président français M. Hollande. L’accord Minsk II a tout de même permis à cette région du monde de voir diminuer drastiquement le nombre de victimes par rapport aux semaines et aux mois précédents, et cela a ouvert la voie à une solution pacifique.

(Applaudissements dans les rangs de Die Linke)

C’est évidemment un résultat important. Et vous, Mme la Chancelière et le président français en portez tout le mérite.

(Tino Sorge (CDU/CSU) : Allez-y, redites-le !)

Mais ceux qui veulent la paix et la sécurité en Europe doivent poursuivre sur la voie de Minsk II avec cran et détermination. Et c’est évidemment un problème, car le cran et la détermination ne sont pas vraiment vos qualités premières.

(Applaudissements dans les rangs de Die Linke – Contestations dans les rangs de la CDU/CSU)

Selon l’OCDE, les deux parties ont violé à plusieurs reprises le cessez-le-feu.
Vous, Mme Merkel, venez à nouveau d’exiger l’application de Minsk II comme condition à la levée des sanctions contre la Russie.
Bien sûr, il est inacceptable de voir les rebelles continuer à tirer. Mais lorsque les troupes ukrainiennes ou les bataillons nazis qui les épaulent, continuent de tirer, cela est tout aussi inacceptable. Et vous n’avez émis aucune critique à ce sujet.

(Applaudissements dans les rangs de Die Linke)

Vous n’avez émis aucune critique non plus sur le fait que le gouvernement ukrainien entende dépenser quatre fois plus d’argent que l’année passée pour acheter de nouvelles armes, alors que le pays est menacé de faillite ?

Ce n’est pas là le signe d’un engagement en faveur de la paix au sein du gouvernement ukrainien. De même, l’envoi de conseillers militaires et la vente d’armes par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne peuvent être interprétés comme une atteinte, plutôt qu’un soutien, au processus de paix.
Mais allez-vous pour autant imposer des sanctions contre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ? Je pense qu’il vaudrait mieux admettre que cette politique inqualifiable de sanctions n’a été qu’une énorme erreur, que l’Europe s’est tiré une balle dans le pied. Voilà pourquoi les sanctions ne devraient pas être prolongées.

De même, nous n’avons pas besoin de chars d’assaut ni d’une force d’intervention de l’OTAN de 3000 hommes en Europe de l’Est qui ne protègera personne et menacerait encore plus la paix en Europe.

(Applaudissements dans les rangs de Die Linke)

Helmut Schmidt avait raison quand, dès 2007, il disait que le risque pour la paix dans le monde venait bien moins de la Russie que de l’Amérique et que l’OTAN n’était plus qu’un instrument des aspirations hégémoniques étatsunisiennes.
Si cela est vrai, la seule conclusion qui s’impose est que l’Europe doit avoir une politique autonome et indépendante de celle des des Etats-Unis.

(Applaudissements dans les rangs de Die Linke)

Juncker vient de déclarer que nous avions besoin d’une armée européenne pour montrer que nous prenons au sérieux la défense des valeurs européennes face à la Russie. Je pense que cette proposition montre avant tout une chose : l’Union européenne est à des années-lumière de ce qu’avaient voulu les pères fondateurs de l’unification européenne.

A l’époque – et vous venez juste d’en parler, Mme Merkel -, il était question de paix, de démocratie, de solidarité.

(Manuel Sarrazin (Alliance 90/Les Verts): Et le méchant capitalisme !)

Jamais plus le nationalisme et la haine ne viendraient diviser les pays européens. Mais à vrai dire, nul besoin de bataillons armés pour défendre ces valeurs. Si vous voulez vraiment défendre la démocratie, Mme Merkel, il suffit de vous engager pour qu’enfin les pays européens soient de nouveau dirigés par leurs gouvernements élus, et non pas par les marchés financiers, ni par l’ex-banquier d’investissement Mario Draghi, pas plus que par vous, Mme Merkel.

Et si vous voulez la démocratie, arrêtez les négociations sur le soi-disant accord de libre-échange, arrêtez ce TTIP [TAFTA, PTCI…] dont l’adoption réduirait les élections démocratiques à une vaste farce.
Voilà comment vous devez défendre les valeurs européennes ! Voilà comment vous devez défendre la démocratie, quittez les négociations sur le TTIP et les accords similaires !

(Applaudissements dans les rangs de Die Linke)

Si vous voulez une Europe unie, alors cessez d’humilier les autres pays et de leur imposer des programmes qui enlèvent toute perspective aux jeunes générations.
Arrêtez de prescrire à l’Europe des réformes dites structurelles, qui finissent par creuser les inégalités et par développer le secteur des bas salaires !

Les conséquences, ici en Allemagne, ce sont plus de 3 millions de personnes qui travaillent, mais ne gagnent pas assez pour se chauffer correctement, qui ne mangent pas correctement, et qui ne peuvent certainement pas partir en vacances.
Au lieu de dire que cette politique est un succès à exporter, le moment est venu, ici en Allemagne, – et dans l’intérêt de l’Europe – de changer de politique, car c’est notamment le dumping salarial allemand qui asphyxie les autres pays de l’union monétaire

Le ministre des finances Schaüble a récemment cherché à ridiculiser le gouvernement grec par la remarque suivante : « Voyez-vous, gouverner c’est avoir rendez-vous avec la réalité. »
On ne peut dire qu’une chose : ce serait bien ! Tellement bien si le gouvernement allemand avait enfin rendez-vous avec la réalité.

Car en réalité, ce n’est pas le parti Syriza, mais les partis grecs apparentés à la CDU/CSU et au SPD qui ont accumulé sur des décennies une énorme dette pour s’en mettre plein les poches, eux, et les classes aisées.

De même, la réalité, c’est que la Grèce était déjà irrémédiablement surendettée dès 2010, et c’est avec l’argent des contribuables allemands, détourné de façon irresponsable, que la dette des Grecs a été remboursée aux banques. D’ailleurs nous n’étions pas d’accord. Déjà à l’époque nous avions demandé une réduction de la dette.

Si vous prêtez à une personne surendettée, vous ne reverrez probablement pas votre argent. Mais c’est votre faute, Mme Merkel et M. Schaüble, et non pas celle du nouveau gouvernement grec, qui est au pouvoir depuis moins de deux mois.

La réalité, c’est aussi que grâce à cette Troïka que vous appréciez tant, et dont les agissements criminels sont révélés dans l’excellent documentaire d’Harald Schumann, sous ce protectorat, la dette grecque a encore augmenté, et les milliardaires grecs se sont encore enrichis.

Et vous voulez poursuivre dans cette voie ? Je n’ai qu’un mot à dire : faites de beaux rêves !
Si vous voulez récupérer notre argent, allez le chercher auprès de ceux qui l’ont empoché, non pas auprès des retraités et des infirmières grecs, mais auprès des banques internationales et des classes grecques aisées. Maintenant vous savez comment aider le gouvernement grec à récupérer cet argent.

A propos du débat sur l’éventuel paiement de réparations je voudrais dire ceci : peu importe ce que valent ces demandes au niveau juridique, le minimum qu’on puisse attendre des représentants de l’Etat allemand, c’est un peu de sensibilité sur ce dossier…

(Applaudissements dans les rangs de Die Linke – rires dans les rangs des députés CDU/CSU)

… Et je dois dire que vos rires m’attristent beaucoup.
Etant donné les ravages commis par l’occupant allemand en Grèce et qu’un million de Grecs ont perdu la vie lors de ce sombre chapitre de l’histoire allemande, je trouve, M. Schaüble et M. Kauder, vos déclarations désinvoltes et tout simplement irrespecteuses, et cela me fait honte.

Pour rappeler que l’on peut avoir une approche historique différente, je voudrais, pour finir, citer la fin du discours de Richard von Weizsacker [président de la République fédérale d’Allemagne] lors du 40ème anniversaire de la Libération ; j’en ai presque fini, M. le Président. Il se référait avant tout à la Russie et à l’Europe orientale, mais cela vaut bien sûr aussi pour la Grèce :

…« Si nous pensons à ce que nos voisins de l’Est furent contraints d’endurer au cours de la guerre, nous comprenons mieux que la réconciliation, la détente et les relations de bon voisinage dans la paix avec ces pays restent une tâche centrale de la politique étrangère allemande. Il s’agit de faire en sorte que l’on se souvienne de part et d’autre et que l’on se respecte de part et d’autre. »
[version française traduite sur www.bundespraesident.de]

Oui, c’est seulement en gardant cela en mémoire et en se respectant mutuellement que nous retrouverons le chemin d’une politique de bon voisinage, tant au sein de l’Union européenne que vis-à-vis de la Russie. »

(Applaudissements soutenus dans les rangs de Die Linke)

Source : www.sahra-wagenknecht.de/de/article/2090.holen-sie-sich-unser-geld-bei-den-banken-und-der-griechischen-oberschicht-zurueck.html

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