Salariés, encore un effort ! Réduisez vos salaires de 30%…

Article :

  • Interview avec Goldman Sachs.
    Huw Pill, économiste en chef de Goldman Sachs
    : « Le principal défaut de la France ? Un secteur public trop important »
    Par Grégory Raymond, Le Huffington Post, le 25 janvier 2013

    E
    xtraits :
    (…) Je suis persuadé que la France peut se réformer. La France n’est pas la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Italie ou l’Espagne.
    (…)
    Je pense que la France aura entrepris ces changements d’ici trois à cinq ans.
    (…)
    La France ne pourrait pas compter sur un programme d’aide européen comme pour la Grèce. Du coup, la France doit pratiquer des ajustements d’elle-même.
    (…)
    Une recette miracle pour François Hollande ?
    Il faudrait déplacer l’emprise de l’Etat vers le secteur privé. Ensuite, il faudrait s’appuyer sur une baisse des salaires générale, afin de regagner de la compétitivité. On estime que la France devrait réduire sa moyenne salariale d’environ un tiers, ce qui est politiquement impossible à imposer
    (Lire la suite…)
    Source : www.huffingtonpost.fr/2013/01/20/goldman-sachs-france-huw-pill-france-interview-2013_n_2517175.html?utm_hp_ref=economie


Note M&Cies
 :

Si le nombre de millionnaires et de milliardaires dans le monde ne cesse d’augmenter, et les inégalités de se creuser entre ces ultrariches et les classes moyennes et populaires qui se paupérisent, certains esprits trouveraient pourtant opportun de réduire les salaires de 30%.
Cette idée généreuse et bienveillante ne viserait plus seulement le peuple grec, portugais, espagnol ou irlandais mais désormais aussi les salariés français.

Cette idée de réduire de 30% la moyenne des salaires en France était en effet évoquée en janvier 2013 dans le Huffington Post par un certain Huw Pill, économiste en chef de la sulfureuse banque spéculative Goldman Sachs (puissante banque – ne l’oublions jamais – impliquée avec d’autres dans la crise bancaire et économique extrême de 2008 partie des Etats-Unis, et dont les contribuables et les Etats ont dû éponger et éponge encore les démences spéculatives).

Et si M. Huw Pill précise néanmoins que cette réduction salariale drastique est « impossible à imposer politiquement… », les salariés peuvent-ils être rassurés ? Et bien non.
Car cette dévaluation salariale se fait malgré tout, petit à petit, à l’insu des salariés, « insidieusement » comme l’écrit un des journalistes du journal très conservateur Valeurs Actuelles (1) :

« (…) La dévaluation [impossible dans la zone Euro] doit se faire par petites touches, insidieusement : flexibilité des salaires dans l’accord Medef-syndicats, diminution drastique des rémunérations des dirigeants d’entreprises publiques, accords d’entreprise sur l’augmentation du temps de travail sans compensation financière, perspective de désindexation des retraites, (…) ».

Un lent travail de sape donc, engagé depuis la révolution néolibérale des années 1960-1970 qui a débouché sur la reprise en main du pouvoir économique et politique par les intérêts privés, au détriment des politiques d’Etat et de l’intérêt général des citoyens.

Car il est très probable que les marchés financiers (spéculatifs et cupides à l’excès), qu’il convient sans cesse de « rassurer » (pauvres petites choses…), vont durcir le ton dans les mois à venir.
Un durcissement qui va se traduire pour la France – comme déjà pour la quasi-totalité des autres pays et citoyens européens – par une « austérité » et des « réformes structurelles », présentées comme absolument nécessaires, incontournables, sans alternative possible (pas de « plan B », réformez, point final !).
Des « ajustements structurels » à mettre en oeuvre dans les délais les plus brefs (nous avons eu un aperçu avec la Loi Macron-Valls passée en force le 17 février 2015) ; des réformes socialement et économiquement toujours plus régressives pour les petites gens, mais extrêmement profitables pour les grandes entreprises, pour les marchés financiers privés : il suffit de voir ce que les pays et les peuples d’Europe du Sud subissent depuis plusieurs années, sous prétexte de « plans d’aide » financière et « d’ajustements structurels » socialement toujours plus destructeurs.

Prochainement, la « note » de la France va donc être dégradée par les agences de notation financière – soi-disant indépendantes –, et les taux d’intérêts des marchés financiers – soi-disant clairvoyants et efficients… – vont remonter. Avec pour conséquence, une pression qui va se faire de plus en plus pressante sur ce qu’il reste de pouvoir politique national.
Une pression continue et croissante sur des Etats mais surtout des citoyens saignés par ceux qui ont contribué activement à plonger les pays dans la misère et l’insécurité sociale, afin de mettre la main sur les patrimoines et services publics.

François Hollande, est donc pressé par ses amis des milieux financiers de poursuivre ce travail de régression sociale et salariale entamé dès 1982 par ses maîtres à penser Mitterrand et Delors, quand le parti « socialiste » (courant Deloriste pro-Union européenne et pour la très hypocrite et mensongère « économie sociale de marché »), a décidé la désindexation des salaires sur l’inflation.
En effet, depuis 1952, quand l’inflation augmentait de x%, les salaires étaient augmentés dans la même proportion, ce qui permettait aux salariés de ne pas décrocher par rapport à l’augmentation du coût de la vie (ce qui, au passage, leur a permis de rembourser plus facilement leurs éventuels emprunts bancaires, permettant ainsi à un certain nombre de familles modestes de devenir propriétaires de leur habitation…).
Cette désindexation a donc été l’un des plus beaux cadeaux fait par le défunt PS aux grands actionnaires des grandes entreprises et au patronat (beaucoup d’autres cadeaux de la même nature allaient suivre d’ailleurs).

De même, en septembre 2011 alors qu’il quittait la direction de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet lançait un appel, ou plutôt un rappel, à ses coreligionnaires  du sacro-saint Marché :
« (…) l’élimination des clauses d’indexation automatique des salaires et un renforcement des accords entreprise par entreprise, de manière à ce que les salaires et les conditions de travail puissent s’adapter aux besoins spécifiques des entreprises. (…) » (2).

L’échelle mobile des salaires (3) a donc été l’une des cibles que les idéologues de l’inflation réduite à sa portion congrue et du grand patronat « pris en otage » par l’Etat, voulaient abattre dans leur projet de mondialisation néolibérale.
L’objectif de ces intérêts privés était d’imposer aux salariés français la fameuse « modération salariale » (comme en Allemagne, en Europe du Sud, etc.) en baissant le « coût du travail » : soi-disant pour lutter contre l’inflation (qui avait surtout le tort de déprécier le patrimoine des créanciers au profit des débiteurs), soi-disant pour améliorer la « compétitivité » des entreprises, mais destinée en réalité à augmenter les marges et les dividendes versés aux grands actionnaires (déjà gavés, mais qui n’en ont jamais assez).

Et les petites grand-mères et grands-pères, aux maigres pensions de retraites, devront aussi mettre la main à leurs poches trouées. Une désindexation de certaines retraites a d’ailleurs été signée par certains syndicats complaisants en mars 2013, sous Hollande (4).

François Hollande collabore donc activement au Grand-oeuvre de cette mondialisation néolibérale qui fait la part très favorable aux intérêts des grands patrons et actionnaires, mais complètement désastreuse pour le salarié moyen.

***

(1) « Les Français trop payés ? »
Par David Victoroff, Valeurs actuelles, le 7 février 2013
(…)
Dans la zone euro, cette solution est impossible. La dévaluation doit se faire par petites touches, insidieusement : flexibilité des salaires dans l’accord Medef-syndicats, diminution drastique des rémunérations des dirigeants d’entreprises publiques, accords d’entreprise sur l’augmentation du temps de travail sans compensation financière, perspective de désindexation des re traites, baisse des aides agricoles…
(Lire la suite…)
Source : http://valeursactuelles.com/fran%C3%A7ais-trop-pay%C3%A9s20130206.html

(2) La Banque centrale, actrice et arbitre de la débâcle financière : Enquête dans le temple de l’euro
Par Antoine Dumini et François Ruffin, novembre 2011
Indépendante des délibérations démocratiques, la Banque centrale européenne devait incarner la stabilité monétaire. Elle a conduit la zone euro au bord de l’éclatement. Pourtant, la crise a renforcé son pouvoir au point que le sort des salariés du Vieux Continent semble parfois se jouer à Francfort.
(…)
Mais ce jeudi 8 septembre 2011, la ritournelle se fait plus précise — malgré un langage parfois abscons : « Nous devons aller vers l’élimination des clauses d’indexation automatique des salaires et un renforcement des accords entreprise par entreprise, de manière à ce que les salaires et les conditions de travail puissent s’adapter aux besoins spécifiques des entreprises. Ces mesures doivent s’accompagner de réformes structurelles, en particulier dans les services — dont la libéralisation des professions fermées —, et, quand c’est approprié, de la privatisation de services aujourd’hui fournis par le secteur public, de manière à faciliter les gains de productivité et à soutenir la compétitivité. »
(Lire la suite…)
Source : www.monde-diplomatique.fr/2011/11/DUMINI/46897

(3) Echelle mobile des salaires : l’échelle mobile des salaires consiste à augmenter les salaires en fonction de l’augmentation des prix afin de conserver le pouvoir d’achat des salariés face à l’inflation.
L’échelle mobile des salaires a été introduite en France en juillet 1952 sous la présidence de Vincent Auriol (SFIO) par le gouvernement Antoine Pinay (RI).
Elle a été supprimée en 1982 quand Jacques Delors (PS) était ministre des Finances, dans le deuxième gouvernement de Pierre Mauroy (PS).
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89chelle_mobile_des_salaires

(4) Retraites complémentaires : vers la désindexation des pensions ?
Par Vie publique.fr, le 15 mars 2013
Les partenaires sociaux qui gèrent les régimes de retraite complémentaire des salariés du privé (Arrco) et des cadres du privé (Agirc) sont parvenus à un projet d’accord le 13 mars 2013. Destiné à réduire le déficit annuel de ces régimes, le texte supprime l’indexation des pensions complémentaires, qui étaient jusque là revalorisées chaque 1er avril sur la base de l’inflation prévue, et augmente les taux de cotisation.

Le texte prévoit en avril prochain une augmentation de 0,8% des pensions de salariés et de 0,5% pour celles des cadres, alors que l’inflation prévue pour 2013 est de 1,75%. En 2014 et 2015, les pensions complémentaires seront revalorisées d’un point de moins que l’inflation. En conséquence, le pouvoir d’achat des retraités qui perçoivent ces pensions sera réduit durant ces trois années.

Les cotisations qui financent les pensions complémentaires sont versées par les salariés (à hauteur de 40%) et les employeurs (60%). Le texte prévoit une hausse de 0,1 point des taux de cotisation au 1er janvier 2014 et de 0,1 point supplémentaire le 1er janvier 2015.

Pour que ces dispositions entrent en vigueur, il est nécessaire qu’au moins trois syndicats représentatifs signent le protocole d’accord. La CFTC, CFDT et FO envisagent cette signature. La CGT et la CFE-CGC s’y refusent.
Source : www.vie-publique.fr/actualite/alaune/retraites-complementaires-vers-desindexation-pensions-20130315.html

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