Pollutions chimiques et vertueuse Allemagne

Intro :

Merci à Stéphane Foucart qui, comme la critique – positive – de Jean Gadrey (Alternatives économiques) l’évoque, remonte le niveau d’analyse du journal Le Monde dégradé par des articles commis par certains de ses journalistes « vedettes » chargeant une Grèce soi-disant incivique par rapport à une Allemagne prétendument vertueuse

Article :

  • Pourquoi la dette allemande surpasse la dette grecque
    Par Stéphane Foucart, Le Monde, le 6 juillet 2015
    La chronique planète. On sait qu’Athènes doit à ses créanciers une somme de près de 320 milliards d’euros ; on sait qu’elle a fait défaut vis-à-vis du Fonds monétaire international ; on sait, enfin, que les Grecs ont largement rejeté, dimanche 5 juillet, les exigences de leurs créanciers. Tout cela, personne ne l’ignore. Un fait plus discret est que la vertueuse et intransigeante Allemagne traîne elle aussi quelques impayés, dont il n’est pas déraisonnable de penser qu’ils surpassent de très loin l’ardoise grecque. Et on ne parle pas ici de l’Allemagne exsangue de l’après-guerre. On parle bel et bien de l’Allemagne d’aujourd’hui, avec sa puissante industrie, son budget impeccable, etc.

    Externalités négatives
    Pour comprendre la nature de cette « dette » allemande, il faut se pencher sur un numéro récent du Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism (JCEM). En avril, la revue publiait une série d’études conduites par une vingtaine de chercheurs internationaux et coordonnées par Leonardo Trasande, spécialiste de santé des populations, professeur à l’université de New York.
    Leur but était d’évaluer le coût économique des dégâts sanitaires dus aux pollutions chimiques dans l’Union européenne. Avec 2010 comme année de référence, leur estimation chiffre la valeur médiane de ces dégâts à 1,3 % du produit intérieur brut des Vingt-Huit. Soit 157 milliards d’euros par an, en frais de santé et de prise en charge de certains troubles, en perte de productivité des salariés, etc. Et ce n’est là qu’une valeur médiane : la partie haute de la fourchette surpasse les 260 milliards d’euros annuels.
    Le rapport avec nos voisins d’outre-Rhin ? C’est simple : en Europe, la chimie, c’est l’Allemagne. Le pays domine de très loin le secteur avec des géants comme Bayer ou BASF, et il est très clair qu’une grande part de ces 157 milliards d’euros lui incombe. L’Allemagne aurait beaucoup à perdre, si les mesures adéquates étaient prises pour éviter ces dégâts collatéraux. A Berlin, on en est parfaitement conscient. Par le biais de l’une de ses agences de sécurité sanitaire, l’Allemagne n’a eu de cesse d’entraver la mise en place de nouvelles réglementations européennes destinées à réguler les produits les plus problématiques – dits perturbateurs endocriniens.

    Si l’on s’en tient à la dernière décennie, ces coûts collatéraux cachés – ces « externalités négatives », disent les économistes – liés à l’industrie chimique ont donc vraisemblablement coûté au moins 1 570 milliards d’euros à l’économie européenne. Sur cette même décennie, la dette grecque est passée de 195 milliards à 320 milliards d’euros, soit un accroissement de 125 milliards d’euros. Plus de dix fois moins que les externalités négatives des chimistes sur la même période, et certainement beaucoup, beaucoup moins que celles des géants allemands du secteur.

    Ces travaux sont-ils crédibles ? Il est indéniable que l’exercice est délicat. « L’impact sanitaire des polluants chimiques de l’environnement peut sembler élusif et c’est un concept difficile à saisir, écrit Tracey Woodruff, professeur à l’université de Californie à San Francisco, à qui JCEM a confié son éditorial d’avril. Nous manquons de données exhaustives sur la manière dont les substances chimiques présentes dans notre vie quotidienne dans la nourriture, l’eau, l’air et les produits d’usage courant touchent notre santé. »
    (Lire la suite…)
    Source : www.lemonde.fr/idees/article/2015/07/06/une-dette-allemande_4672279_3232.html

 

Revue de presse :

  • Dettes Allemagne/Grèce : merci à Stéphane Foucart, du Monde
    Par Jean Gadrey, Alternatives économiques, le 8 juillet 2015
    La lecture du Monde sur la Grèce m’est devenue insupportable. Il a donc fallu qu’une tierce personne me signale cet article de Stéphane Foucart dans l’édition du Monde du 6 juillet : « Pourquoi la dette allemande surpasse la dette grecque ». Ce journaliste est un spécialiste non pas de la finance mais des questions écologiques, et c’est justement ce qui est intéressant.

    Je résume fortement : la seule industrie chimique est à l’origine de dommages économiques et sanitaires mesurables en euros à l’échelle européenne. Avec des marges d’incertitudes certes, mais avec néanmoins un ordre de grandeur médian : 157 milliards d’euros par an comme coût supporté par les Européens, 1,3% du PIB. Chiffre qui se limite à un périmètre restreint de coûts sanitaires vraiment évaluables sur des pathologies bien identifiées. Sur les dix dernières années, cela ferait un coût cumulé de 1570 milliards.

    Or le pays champion, et de loin, de l’industrie chimique européenne est l’Allemagne, avec Bayer,BASF et d’autres. Pas facile de lui attribuer une part chiffrée de responsabilité dans ces dommages cumulés, mais peu importe, c’est sans le moindre doute un montant très très supérieur à l’augmentation de la dette publique grecque sur les mêmes dix années, soit 125 milliards d’euros. D’où le titre de l’article de Stéphane Foucart.

    Pour le compléter, j’ai été regarder le poids de la chimie allemande en Europe et c’est environ 25%. Si on appliquait cette proportion aux 1570 milliards, cela ferait presque 400 milliards d’euros, plus que la totalité de la dette grecque actuelle (320 milliards) !

    Estimations à la louche ? Assurément, mais quand « y’a pas photo » la louche fait l’affaire, pas besoin de balance de précision. Méthodes critiquables ? Comme je suis assez chatouilleux sur certaines valorisations monétaires douteuses (voir mon billet « Quand la monétarisation de tout – pour la bonne cause – tourne au délire économique », je suis allé à la source de l’article scientifique qui fournit les chiffres cités par Stéphane Foucart. Pour moi, c’est du sérieux, il s’agit bien de coûts réels mesurés et observables, avec comme toujours dans ces estimations des hypothèses et des conventions, mais l’ordre de grandeur obtenu est fiable.
    (Lire la suite…)
    Source : http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2015/07/08/dettes-allemagnegrece-merci-a-stephane-foucart-du-monde/

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