JO 2024 à Paris : coûts pour les contribuables et bénéfices pour les groupes privés

Intro :

Finalement, après quelques hésitations Mme Hidalgo, maire de Paris, s’est hélas prononcée favorablement pour entrainer la capitale dans la course aux Jeux olympiques de 2024.

Quelle mascarade de prétendre que les personnes en charge de ce dossier seront plus habiles que leurs prédécesseurs pour tenir un budget (systématiquement sous-estimé pour être sélectionné) et qui sera au bout du compte multiplié par 2 ou 3, comme cela s’est passé systématiquement pour les éditions précédentes dans les capitales lauréates.

Et devinez qui paiera la note au final (les fameuses « externalités négatives » que les intérêts privés laissent au secteur public) ?…. Le contribuable, qui épongera pendant des décennies l’ardoise olympique et qui supportera l’impact de ces JO sur le coût des loyers et autres désagréments (travaux, etc.).

Et qui engrangera les bénéfices (« externalités positives ») ? Les grandes entreprises privées, qui remercient déjà les politiques à leur service.

Austérité et restrictions budgétaires pour le public = profits pour le privé…
Démocratie,vous avez dit… ?

Revue de presse :

  • Les villes olympiques se ruinent depuis trente ans
    Par Cédric Reichenbach, Echomagazine.ch, le 16 janvier 2014
    Avec un coût cinq fois plus élevé que prévu, les JO de Sotchi sont déjà les plus chers de l’histoire. Aucune ville hôte ne respecte son budget depuis plus de trente ans. Le problème: les dépenses sont toujours sous-estimées.

    Lorsque l’on prévoit un budget, on s’y tient. Surtout si l’on est un peu court. Une règle de base que les villes organisatrices des Jeux olympiques n’ont jamais suivie au cours des trente dernières années. Dernier exemple en date, le plus frappant de tous: les JO d’hiver de Sotchi qui auront lieu du 7 au 23 février. Selon le vice-Premier ministre russe Dmitri Kozak, la somme de 10 milliards de francs annoncée lors de la candidature de Sotchi en 2007 atteint actuellement… 46 milliards! A titre de comparaison, en août 2010, le budget équivalait déjà à celui des Jeux de Nagano (1998), Salt Lake City (2002) et Turin (2006) réunis.

    Depuis Munich en 1972
    Onze stades et stations de ski, deux villages olympiques, une patinoire ouverte sur la mer Noire – le tout dans une station balnéaire où l’on dit qu’il «ne neige jamais»… Une bagatelle en comparaison avec l’argent, en grande partie public, investi dans les infrastructures non sportives de la station balnéaire russe: archipel artificiel de 330 hectares, port capable de recevoir des cargos, métro aérien, aéroport et tunnel routier, bâtis en un temps record.
    «Lorsqu’on observe les JO d’été depuis Munich (1972) et ceux d’hiver depuis Lake Placid (1980), explique l’économiste spécialisé en sport et professeur à la Sorbonne Wladimir Andreff (voir encadré page 13), on constate que les coûts prévus au départ sont toujours dépassés. Le plus souvent d’au moins 30%. LakePlacid, Calgary (1988), Albertville (1992), SaltLakeCity (2002), Turin (2006) et Vancouver (2010) : ces villes ont toutes doublé leurs dépenses entre le moment de la candidature et celui de la cérémonie d’ouverture. Lillehammer (1994) et Nagano (1998) s’en sortent mieux, mais dépassent tout de même le coût annoncé au départ.»
    Dans un article intitulé «Pourquoi le coût des Jeux olympiques est-il toujours sous-estimé ? La malédiction du vainqueur de l’enchère (1)», l’économiste du sport remonte à la racine du problème: le mode actuel d’attribution des JO par le Comité international olympique (CIO).

    Incitées à tricher

    «Tous les quatre ans, leCIO fait un appel à candidature qui s’apparente à un processus de mise aux enchères. Les membres du comité olympique peuvent voter pour le projet le plus mirobolant tout en se déchargeant des coûts sur la ville organisatrice, car ils n’assument pas le financement des infrastructures non sportives. Et, généralement, ils sélectionnent le plus coûteux», explique-t-il.De plus, les villes surenchérissent, offrant des cérémonies olympiques et des infrastructures plus attractives les unes que les autres. «Mais pour éviter de détériorer la qualité de son dossier par un coût prohibitif, précise Wladimir Andreff, chaque ville est incitée à ‘tricher’ en sous-estimant sciemment les coûts et en surestimant les retombées positives attendues.»De fait, en trente ans, pratiquement aucun bureau d’étude mandaté par une ville candidate n’a estimé que l’impact économique des Jeux pouvait être négatif. «Imaginez-vous annonçant au maire de Londres, qui vous a commandé une étude d’impact avant les JO 2012, qu’il vaut mieux tout arrêter pour cause de futur déficit. Impossible!», lance Wladimir Andreff. Qui connaît la chanson: avant les JO d’Alberville (1992), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et la région Rhône-Alpes l’avaient chargé, avec une quinzaine d’académiciens, de calculer l’impact des Jeux. «Ils avaient un doute. Toutes les études étaient très positives. Les Olympiades allaient être magnifiques et seraient payées sans problème. Notre recherche de 400 pages, en revanche, montrait que les JO seraient à coup sûr déficitaires. Nous avons été ignorés et j’ai personnellement été interdit de télévision.»Faisant fi des coûts réels, la ville remportant l’organisation de l’évènement est donc perdante d’avance. Confirmant un phénomène connu des économistes comme la «malédiction du vainqueur de l’enchère» (winner’s curse): chaque fois qu’une enchère porte sur un objet dont la valeur exacte est inconnue mais est la même pour tous les candidats, le vainqueur est celui qui a le plus surestimé la valeur de l’objet.Si c’est le cas, pourquoi ne fait-on pas face à une pénurie de candidats? «Cela s’est déjà produit, révèle Wladimir Andreff. Les Jeux d’été de 1984 ont été attribués à Los Angeles, seule et unique candidate à avoir répondu à l’appel d’offres lancé par le CIO.
    Ce sont les seuls Jeux à s’être achevés sur un bénéfice financier. Et surtout, dont les coûts prévus pour l’organisation n’ont pas été dépassés. C’est l’exception qui confirme la règle. La ville n’avait pris aucun engagement vis-à-vis du CIO quant aux coûts. C’est ce dernier qui a dû convaincre Los Angeles d’être candidate. N’ayant pas subi la surenchère de concurrents, la ville n’a pas succombé au winner’s curse.»Détail intéressant, les JO furent accordés à Los Angeles juste après la révélation du désastre financier de Montréal (1976): un milliard de dollars de déficit que les Montréalais remboursèrent via une taxe sur le tabac… jusqu’en 2004! Pas étonnant donc qu’aucune ville n’ait présenté sa candidature pour l’édition suivante.
    (Lire la suite…)
    Source : www.echomagazine.ch/index.php?option=com_content&view=article&id=573&Itemid=2
  • LONDRES 2012 « Les villes olympiques gagnent rarement »
    Par The Independent, le 25 août 2008
    Au moment où Pékin dresse le bilan de ses olympiades, la capitale britannique fait également ses comptes en perspective des prochains Jeux olympiques. Mais rares sont les villes qui ont jusqu’à présent su tirer profit de ce type d’événement.
    (…)
    Tout s’annonçait bien pour Londres 2012 mais des fissures commencent à apparaître. (…)
    Une étude gouvernementale réalisée le mois dernier a en outre montré que la participation aux évènements sportifs de Londres était en baisse. Et le budget des Jeux 2012 est passé de 3,4 milliards de livres (4,3 milliards d’euros) à 9,3 milliards (11,7 milliards d’euros). S’il est peut-être trop tard pour tirer les enseignements de ce qu’ont vécu les autres villes, ceux-ci sont cependant clairs.

    Athènes 2004

    Le bilan des Jeux Athènes est peut-être le pire de tous. Quatre ans après la cérémonie de clôture des Jeux, 21 des 22 sites sont à l’abandon. La piscine est vide et sale, des squatters campent devant le complexe sportif Faliron, couvert de graffitis. Les Jeux d’Athènes, dont l’organisation a coûté la somme record de 9,4 milliards de livres (12 milliards d’euros), ont laissé une dette énorme à la Grèce. Dans les mois qui ont suivi, le déficit se montait à 50 000 euros par foyer et les contribuables remboursent encore aujourd’hui. L’entretien des sites a coûté à lui seul 500 millions de livres (627 millions d’euros). Athènes est devenu le modèle de ce qu’il ne faut pas faire quand on organise les Jeux.
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    Source : www.courrierinternational.com/article/2008/08/25/les-villes-olympiques-gagnent-rarement?page=all
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