L’Allemagne contre la Grèce… tout contre : Thanatos contre Eros ?

Intro :

Les rapports de l’Allemagne à l’égard de la Grèce sont complexes, et depuis longtemps.
Une relation qui peut expliquer aussi – en partie – ce que les dirigeants allemands font subir au peuple grec :

« Par son génie et son caractère, ses valeurs et ses institutions, la Grèce, écrit-il, ne ressemble à aucune autre partie de l’Europe. Ce peuple, cependant, a besoin d’être réformé: tout là-bas est archaïque et délabré. Une régénération n’est possible qu’en introduisant les lois et les usages d’une civilisation étrangère à son sol. »
(Munich Friedrich Thiersch, 1833)

Une attirance de l’Allemagne pour la Grèce et sa culture antique qui s’est traduite par une idéalisation, aux accents parfois quelque peu pathologiques, avec un goût et un appétit inextinguibles de certains dirigeants allemands, d’hier et d’aujourd’hui, pour le patrimoine grec : l’or en 1941, les aéroports en 2015… (et bientôt le pétrole et le gaz… ?).

A croire que les dirigeants allemands contemporains préféraient les Grecs anciens – donc morts -, plutôt que les Grecs (sur)vivants, qui voient leur culture et leur avenir saccagés, leur pays, leur patrimoine, leurs ressources naturelles… bradées, pillées, pour le plus grand profit des multinationales étrangères, notamment allemandes.

Article :

  • Il était une fois
    Cette Grèce qui a fait l’Allemagne

    Par Joëlle Kuntz , Le Temps, le 22 août 2015
    Le nationalisme allemand s’est fondé sur l’idéal de la Grèce ancienne tel que le concevaient les philologues de la fin du XVIIIe siècle. «Imiter les Grecs pour devenir inimitables.» Devenir Allemand en puisant dans les sources grecques comme les Romains sont devenus Romains par les Grecs.
    En 1833, le philologue de Munich Friedrich Thiersch prépare les Allemands à l’élection d’un roi bavarois pour la Grèce nouvellement indépendante. «Par son génie et son caractère, ses valeurs et ses institutions, la Grèce, écrit-il, ne ressemble à aucune autre partie de l’Europe. Ce peuple, cependant, a besoin d’être réformé: tout là-bas est archaïque et délabré. Une régénération n’est possible qu’en introduisant les lois et les usages d’une civilisation étrangère à son sol. »

    (…)

    Qu’on soit Hölderlin, Nietzsche, Humboldt, Thiersch ou Heidegger, on ne quitte pas la Grèce. En 1912 encore, Friedrich Léo, professeur de latin à l’Université de Göttingen, évoque la «renaissance gréco-allemande» de la fin du XVIIIe siècle, ce moment où l’Allemagne s’éveille à sa «grécité originelle», par-delà sa romanité.

    En 1933, étudiant les projets des nazis pour l’Europe, la germaniste anglaise de l’Université de Cambridge Eliza Marian Butler se rend compte que, loin d’avoir absorbé les Humanités selon Goethe, Schiller ou Herder, le public allemand se trouve victime de la «tyrannie d’un idéal»: celui que lui a inculqué l’exaltation prolongée et excessive de la Grèce ancienne.

    Et en effet, par une dérive de la philologie classique, les nazis instrumentalisent l’Antiquité grecque pour refaire l’Europe à leur image. Eliza Marian Butler dévoile le fait en 1934 dans un essai, La tyrannie de la Grèce sur l’Allemagne, qui rencontre un certain succès dans le monde anglo-saxon mais est interdit en Allemagne.

    La Grèce envahie, en 1941, le Reich relance les fouilles archéologiques. La Luftwaffe photographie les sites; l’armée isole les ruines; la marine remonte d’anciennes frises échouées près du Pirée. L’archéologue en chef du régime déclare que, avec 1 million et demi de Reichmark à disposition, «il démontrera l’hégémonie incontestable de l’Allemagne sur l’étude des monuments grecs». La «vocation culturelle» du Reich sera dès lors établie.

    Après la guerre, l’Allemagne abandonne la quête de la Grèce ancienne. Elle en a soupé de son idéal. Elle pousse si loin l’abandon que l’helléniste Christian Meier lui reproche son refus de l’histoire, y compris grecque. Or, écrit-il dans son livre From Athens to Auschwitz (2005), «il serait sage de s’inspirer des Grecs pour développer la société civile et les libertés».

    Les Grecs vivants n’ont jamais beaucoup intéressé les Allemands, sinon comme hôtes de vacances. Winckelmann n’a pas été plus loin que Rome. Goethe non plus. Helmut Schmidt n’était pas favorable à l’entrée de la Grèce dans les Communautés européennes. «J’insistais, raconte en privé Valéry Giscard d’Estaing. On ne pouvait toute de même pas imaginer l’Europe sans la Grèce.» L’Allemagne le pouvait, l’Economie avait supplanté les Belles Lettres dans les universités.

    Source : www.letemps.ch/Page/Uuid/52558b3a-483b-11e5-85d0-41b5fd577541/Cette_Gr%C3%A8ce_qui_a_fait_lAllemagne

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