« Les États-Unis et la France ont encouragé l’envoi de « djihadistes » pour faire tomber le pouvoir syrien. Ils ont soutenu des mouvances terroristes car ce régime ne convenait plus depuis des années aux orientations politiques de l’OTAN… »

Intro :

Pour apporter un autre angle d’analyse au sinistre cirque médiatico-politique à propos du drame des « réfugiés-migrants », voici un article de l’excellent Georges Corm, qui rappelle quelques faits géopolitiques essentiels trop souvent oubliés, écartés voire niés par nos grands médias aux ordres, notamment :

« (…) Les États-Unis et la France ont encouragé l’envoi de « djihadistes » pour faire tomber le pouvoir syrien. Ils ont soutenu des mouvances terroristes car ce régime ne convenait plus depuis des années aux orientations politiques de l’OTAN  (…) »

Car quelle va être la suite de l’opération de com’ cynique « Adoptez un réfugié », lancée par des Etats qui ont eux-mêmes contribué à déstabiliser, à détruire les pays de ces réfugiés, les contraignant à se lancer sur les routes, les mers… ?
Et bien l’Union européenne (UE) va se servir des images choc, à commencer par l’image de ce petit enfant mort sur la plage, pour justifier la révision de sa politique migratoire et faciliter la mobilité des populations du bassin méditerranéen, puis de l’Afrique, vers la zone économique de l’UE.

Très bien, sur le papier. Et ça serait d’ailleurs légitime puisque de nombreux européens travaillent dans les pays en question, notamment pour exploiter – dans tous les sens du terme -, les ressources de ces pays.

Mais n’aurait-il pas mieux valu que les pays européens, notamment la France et le Royaume-Uni, sans oublier bien entendu les Etats-Unis qui ne cessent de déstabiliser les Etats et d’instrumentaliser leurs ennemis-utiles (Al Qaïda, Daech), que ces nations donc, cessent leur ingérence dans les affaires des pays, à des fins géopolitiques, économiques, entretenant hypocritement une politique coloniale et impérialiste criminelles.

Car seront surtout les bienvenus dans la zone de libre-échange UE (et bientôt dans la zone Europe/Etats-Unis avec l’accord de libre échange TTIP encore en négociation discrète depuis juin 2013) les réfugiés-migrants diplômés (pour les emplois de haut niveau en manque de matière grise à bon prix) ; puis en second choix, les réfugiés-migrants moins diplômés qui seront les futurs exploités des professions avides de main-d’œuvre (BTP, entreprises de nettoyage, usines, transport, etc.).

Une réforme de la politique migratoire qui va être une opportunité pour tirer un peu plus vers le bas le droit social, le droit du travail européen, notamment français, qui – comme par hasard -, doit d’ailleurs être bientôt réformé en profondeur par la petite troïka nationale Hollande-Valls-Macron, réforme réclamée – à droite comme à gauche -, par de plus en plus de responsables (jamais coupables par ailleurs).

A terme ?
Une magnifique « Europe ouverte » – inéluctable, selon certains, avec une Europe vieillissante -, pour construire une communauté euro-méditerranéenne, avec l’établissement d’un grand marché unique EuroMed, puis une communauté euro-africaine, avec un « bloc euro-africain qui atteindra 3 milliards d’êtres humains en 2050″, plus que la Chine…, comme disaient en 2011 les rapporteurs de la Commission Trilatérale et leurs compères du monde des affaires et de la finance qui se frottent déjà les mains en perspective de ce grand super-marché et de leurs futurs juteux profits.
Tout comme les partis d’extrême droite qui vont prospérer sur cette mise en concurrence des travailleurs, destinés à devenir de plus en plus pauvres.

Article :

  • Georges Corm : « Du côté sud de la Méditerranée, nous pourrions donner des leçons à l’Europe »
    Propos recueillis par Théophile Kouamouo et Vadim Kamenka, Humanité Dimanche, le 4 septembre 2015
    Ancien ministre des Finances du Liban, sociologue et professeur à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, Georges Corm (1) revient sur l’afflux des migrants en Europe. Il rappelle les antécédents que sont la colonisation, le besoin de main-d’œuvre et les conséquences régionales des guerres déclenchées par les dirigeants européens et états-uniens.(…)

    HD : Quelles sont les causes historiques et politiques de l’afflux massif de réfugiés en Europe ces derniers mois ?


    Georges Corm : Le phénomène n’est pas nouveau
    . Cela fait des années qu’un certain nombre de migrants qui ne peuvent pas obtenir de visa légalement prennent le risque de traverser la Méditerranée dans des conditions épouvantables. Aujourd’hui, les chiffres ont explosé. Mais il ne faut pas oublier les causes historiques, qui s’étalent sur plusieurs périodes et ont déclenché trois grandes vagues successives d’immigration depuis 1945.Les premiers déracinements ont été provoqués par la colonisation. En Algérie, les meilleures terres agricoles ont été accaparées par les colons. Ce qui a abouti à des déracinements et à la création d’un sous-prolétariat prêt à s’expatrier. D’où une première vague migratoire sous l’effet de la demande de main-d’œuvre à bon marché pour la reconstruction de la France et de l’Europe.

    (…)

    HD : Quelles sont les deux autres vagues migratoires ?

    Georges Corm
    : La seconde apparaît dans les années 1990 avec la volonté européenne d’imposer le libre-échange à la rive sud de la Méditerranée. Il s’agit du processus de Barcelone initié en 1995. Ces pays étaient encore dans une phase de décollage du secteur industriel – celle-là même qui peut créer un très grand nombre d’emplois. Certes, des zones franches dédiées à la sous-traitance, que je qualifierais d’enclaves de type néocolonial, ont créé quelques emplois, mais elles ont aussi consacré une économie binaire, avec un secteur moderne extrêmement réduit. Du coup, la forte croissance démographique des années 1960-1970 a entraîné des arrivées massives sur le marché du travail qui ne trouvaient pas de débouchés. À la même époque, l’Algérie connaissait en plus une forte déstabilisation politique.(…)La troisième grande vague, qui a lieu actuellement, a débuté avec les interventions européennes. Elles ont profondément déstabilisé la rive sud de la Méditerranée avec les bombardements de la France et de l’Angleterre sur la Libye qui ont fait des dizaines de milliers de victimes, suivis de l’assassinat du chef de l’État … En Syrie, le même scénario a prévalu. S’il n’y a pas eu d’interventions, les États européens, les États-Unis et la France ont encouragé l’envoi de « djihadistes » pour faire tomber le pouvoir syrien.
    Ils ont soutenu des mouvances terroristes car ce régime ne convenait plus depuis des années aux orientations politiques de l’OTAN
    , en raison de ses liens avec l’Iran ou le Hezbollah libanais. Il faut aussi inclure dans le tableau les Kurdes, qui ont un énorme problème avec la Turquie – beaucoup plus qu’avec des pays arabes comme l’Irak, qui a pris en compte leur demande d’autonomie, et le régime syrien, qui se coordonne avec eux pour faire face aux organisations terroristes. La liste de pays déstabilisés par ces politiques régionales s’allonge avec le dernier en date: le Yémen. Au lieu d’être la puissance politique qui apaise, l’UE s’est investie dans ces conflits aux côtés de l’Arabie saoudite, du Qatar, des États-Unis et de la Turquie. L’Europe en paie le prix et ses citoyens devraient demander des comptes à leurs dirigeants.
    (…)
    Source : www.humanite.fr/georges-corm-du-cote-sud-de-la-mediterranee-nous-pourrions-donner-des-lecons-leurope-583061

  • La Commission Trilatérale appelle à la constitution d’un bloc Europe-Afrique intégré
    Par Agence Ecofin, le 5 janvier 2013
    Rédigé par 5 auteurs dont Peter Sutherland, PDG de Goldman Sachs International, et Elisabeth Guigou, ex ministre française, présidente de la commission des Affaires étrangères, le dernier rapport de la Commission Trilatérale plaide pour la création aussi rapide que possible d’une communauté euro-méditerranéenne, dans un premier temps, puis euro-africaine.Pour Peter Sutherland, les printemps arabes ont créé les conditions pour l’établissement d’un grand marché unique EuroMed qui permettra de multiplier par 3,5 à 4 les échanges entre l’Europe et l’Afrique du Nord en conjuguant l’expérience et les moyens de l’Europe avec la jeunesse et le dynamisme d’une population africaine jeune.Selon les auteurs, ce marché nécessitera une « Europe ouverte », ce qui implique quatre libertés fondamentales : libre circulation des biens, y compris agricoles et textiles, des services, du capital et surtout des personnes.  C’est sans doute sur ce dernier point de la libre circulation que le projet aura le plus peine à se réaliser pour des raisons politiques.

    Cette libre circulation est pourtant inéluctable aux yeux des auteurs car l’Europe, vieillissante aura de toute façon besoin d’immigration.

    D’ici 2050, la population européenne comptera 500 millions d’habitants, tout comme les pays d’Afrique du Nord et du Moyen Orient. Pour Elisabeth Guigou, avec la population de l’Afrique subsaharienne qui rassemblera 2 milliards d’habitants en 2050, un « bloc euro-africain atteindrait alors 3 milliards d’êtres humains », c’est-à-dire plus que la Chine et un tiers de la population mondiale.

    La Commission Trilatérale est une organisation privée créée en 1973 par les Américains David Rockefeller, Henry Kissinger ou encore Zbigniew Brzezinski. Elle regroupe plus de 300 personnalités parmi les plus influentes dans les domaines politique, économique et intellectuel. Son but est de rapprocher les points de vue et les intérêts entre les grandes régions du monde, plus particulièrement l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie Pacifique.
    Source : www.agenceecofin.com/politique/0501-8299-la-commission-trilaterale-appelle-a-la-constitution-d-un-bloc-europe-afrique-integre

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