Bernard Maris : « La dette, c’est une économie qui fonctionne en faveur des rentiers »

Dan Perjovschi

Dan Perjovschi

Intro :

C’est entendu, soirs et matins, les experts de tous poils relayés par leurs confrères et amis spécialistes dans les médias aux ordres, nous répètent que les dettes publiques ne cessent d’enfler dangereusement.
Ces beaux esprits des beaux quartiers nous assènent, nous matraquent, qu’il conviendrait selon eux – ou plutôt, selon la nature intrinsèque de leur modèle de société -, de réformer, de restructurer au plus vite, en coupant notamment dans les dépenses publiques et autres budgets sociaux dispendieux qui, selon leur doctrine ultralibérale, n’inciteraient pas à s’activer les parasites et autres assistés de la société (sans diplômes, sans salaires décents, sans travail, sans domiciles, malades et autres sans dents, retraités sans retraites suffisantes, sans avenir…).

Des dettes publiques donc pointées du doigt, stigmatisées, depuis qu’elles ne cessent d’augmenter, d’enfler, de boursoufler depuis les années 1970-1980 (pour le plus grand bonheur et les meilleurs profits des créanciers privés…) ; des dettes publiques considérablement aggravées de surcroît par les dettes de jeux ruineuses des spéculateurs financiers privés, responsables de la crise de 2007-2008 (et qui nous préparent la prochaine pour bientôt), et que les contribuables ont été contraints d’éponger, sans qu’on leur demande leur avis et sans contreparties réelles ni sérieuses.

Une fois cela dit, et répété, serait-il possible de savoir à qui nous devons nous acquitter de nos dettes publiques si honteuses, serait-il possible de connaître les noms de nos généreux créanciers, notamment nos créanciers « non-résidents » (étrangers) qui nous aident à boucler nos exercices budgétaires bancals ?
Eh bien non ! Interdiction de savoir qui prête et à qui ont doit rembourser.

Transparence… qu’ils disent.

 

  • Encours des OAT, des BTAN et des BTF détenus par les non-résidents
AFT, dette publique, non résidents

AFT, dette publique, non résidents

Source : Banque de France, balance des paiements
(*) chiffres établis avec les positions titres trimestrielles(**) chiffres révisés
Source : www.aft.gouv.fr/rubriques/qui-detient-la-dette-de-l-etat-_163.html


Revue de presse
:

  • « Peut-on « s’asseoir » sur la dette ? »
    France 5
    , C dans l’air, le 8 mai 2013
    (…)
    Qui détient la dette de la France ?
    En 1993, 1/3 de la dette était détenu par des étrangers. Vingt ans plus tard, cette proportion a doublé.

    Emmanuel Lechypre
    (journaliste BFM Business) : « Quand on sait que les 2/3 de la dette française sont détenus par les investisseurs étrangers, le jour où il y aura un problème de crédibilité sur la trajectoire – par exemple –, des finances publiques françaises où on se rendra compte que ce que nous dit le ministre de l’économie en promettant de réduire les déficits publics à 3% en 2014 et que tout ça ne sera pas tenable, est-ce qu’on ne s’expose pas à une réaction de mécontentement des marchés financiers ? Et là, du coup, ça voudrait dire automatiquement, une remontée des taux d’intérêts qui alourdirait la charge de la dette. »

    Commentaire :
    Une charge qui est déjà très lourde. En 2011, pour la première fois dans l’histoire du pays, le service de la dette est devenu le premier poste du budget, devant celui de l’éducation nationale. Et le déséquilibre se creuse un peu plus à chaque instant.(…)

    Bernard Maris 
    (économiste) : « (…) Il faut voir que la dette c’est une question de transfert. C’est un transfert massif des classes moyennes, des salariés, de ceux qui ne sont pas propriétaires, vers ceux qui sont propriétaires. C’est ça aussi la dette. C’est un basculement de partage du gâteau national de ceux qui ne sont pas propriétaires – les salariés, vous et moi -, (…) vers ceux qui sont propriétaires. Donc ce transfert là aussi ça veut dire que la dette c’est une économie qui fonctionne en faveur des rentiers, et non pas en faveur de la production et des salariés.
    (…)
    Source : www.france5.fr/emissions/c-dans-l-air/diffusions/08-05-2013_207268
  • La dette de la France, un secret bancaire ?
    Par Ivan du Roy , Bastamag.net, le 12 janvier 2012
    Qui détient la dette de la France ? Cette question, chaque contribuable français est en droit de se la poser. Ses impôts ne servent-ils pas à payer en partie les intérêts de la dette ? Or, si l’on dispose des quelques informations générales, savoir en détail qui détient les créances françaises et pour quel montant relève du secret extrêmement bien gardé. L’opacité est totale et couverte par la loi. Enquête.

    1 317 milliards d’euros. Tel est le montant, fin 2011, de la dette de l’État français. Qui sont ses créanciers ? La dette est-elle concentrée entre quelques richissimes mains ? Ou répartie entre une multitude de petits épargnants, du détenteur d’une assurance vie en Picardie au retraité du Minnesota qui vit des dividendes versés par son fonds de pension ? Les prêteurs sont-ils des spéculateurs, prêts à tout pour faire monter les taux d’intérêt, ou des investisseurs tranquilles ?

    « Le savoir permettrait de mesurer les conséquences potentielles d’un défaut de paiement, même partiel. Et de ne pas se retrouver dans une situation de spoliation de petits épargnants »
    , explique Thomas Coutrot, économiste et coprésident d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne). Les banques européennes, et françaises, qui ont bénéficié avant Noël d’un beau cadeau de la Banque centrale européenne – un prêt à 1 % sur plus de 450 milliards d’euros – pour les inciter à acheter de la dette européenne, jouent-elles le jeu ? Pour tenter de répondre à toutes ces questions, il faut suivre le parcours d’un bon ou d’une obligation du Trésor.

    42,5 milliards d’euros d’intérêts versés à des inconnus ?
    Pour se financer, l’État émet des titres financiers que des investisseurs achètent. Plusieurs types de titres, avec chacun leur échéance et leur taux d’intérêt, sont régulièrement proposés à la vente [1]. C’est l’Agence France Trésor (AFT) qui gère leur mise aux enchères (adjudication). Vingt grandes banques agréées, les « spécialistes en valeur du Trésor » (« SVT », de BNP Paribas à Goldman Sachs, en passant par Natixis, la Deutsche Bank ou la Société générale), sont chargées de les écouler sur les marchés financiers. Elles savent donc à qui elles revendent éventuellement ces titres. Ensuite, obligations et bons du Trésor circulent sur les marchés, mais son détenteur final perçoit chaque année ses intérêts. Ceux-ci totalisaient 42,5 milliards d’euros – la charge de la dette – en 2010. En théorie, on devrait donc savoir à qui ils sont versés.

    Sur le site de l’AFT, le citoyen curieux apprend juste que 66 % des détenteurs de la dette sont des « non-résidents ». « En gros, un tiers de la dette est détenu par des investisseurs français, un tiers au sein de la zone euro, et un tiers à l’étranger, en dehors de la zone euro », précise Tân Le Quang, responsable de la communication au sein de l’agence. Problème : « Les non-résidents peuvent être de faux non-résidents, des Français détenteurs d’un portefeuille d’obligations via un paradis fiscal », objecte Michel Husson, de l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires). « Un investisseur saoudien, qui détient de la dette française car il a investi dans un fonds d’investissement à Londres, est comptabilisé comme un investisseur britannique », complète Patrick Artus, économiste à la banque Natixis [2] « Les trois plus gros détenteurs de la dette française sont le Luxembourg, les îles Caïmans et le Royaume-Uni », lance-t-il. Les Îles Caïmans, un paradis fiscal des Caraïbes autant peuplé que Châteauroux (44 000 âmes), pourrait donc ainsi faire basculer le destin des Français ?
    (Lire la suite…)
    Source : www.bastamag.net/La-dette-de-la-France-un-secret
  • Qui détient la dette de la France ?
    Par Samuel Laurent, Le Monde.fr, le 10 août 2011
    Qui achète et possède la dette publique de la France ? Cette question, apparemment simple, est plus complexe qu’il n’y paraît. Et éminemment stratégique, alors que notre pays atteint un record d’endettement, à hauteur de 85 % de son produit intérieur brut (PIB), soit 1 646,1 milliards d’euros, en progression de 110 milliards d’euros depuis un an.

    Comment est composée la dette publique ?
    La dette publique est en fait triple : celle de l’Etat proprement dit, mais aussi celle des collectivités locales et celle des administrations publiques.Sur les 1 646,1 milliards dus par la France, 1 286 le sont par l’Etat lui-même, selon l’Insee, soit l’essentiel. Les administrations locales (régions, départements, communes), sont endettées à hauteur de 156 milliards d’euros ; les administrations de sécurité sociale (assurance maladie, caisse nationale d’assurance vieillesse) pour 191 milliards d’euros. Enfin, les organismes divers d’administration centrale (établissements et agences dépendant de l’Etat) doivent 11,6 milliards d’euros.Le déficit cumulé, conséquence de plus de trente années de budgets déficitaires, a été empruntée à divers acteurs financiers : Etats, entreprises, grandes banques… Ceux-ci achètent des produits, émis par la France et remboursables à plus ou moins long terme. La fameuse note « AAA » du pays permet de réaliser des emprunts à des taux réduits. De 1 % à 4 % en fonction de la durée de l’emprunt contracté, selon le dernier bulletin mensuel (en PDF) de l’Agence France Trésor (AFT), chargée d’émettre ces produits et de réaliser les emprunts pour l’Etat.

    Qui achète des titres de dette publique en France ?
    Les produits émis par l’Etat sont au nombre de trois, qu’on peut classer en deux catégories. D’abord les titres de long terme. Ce sont les obligations assimilables au trésor (OAT), les plus importants en volume, remboursables en sept à cinquante ans, qui peuvent être à taux fixe ou variable. Ensuite, ceux à court terme, de deux genres : les bons du Trésor à intérêt annuel (BTAN), d’une durée de deux ou cinq ans ; et les bons du Trésor à taux fixe et à intérêts précomptés (BTF), émis pour des périodes très courtes (de l’ordre de quatre à sept semaines). La France emprunte environ un tiers de sa dette à ses propres banques et sociétés de crédit. Avec une particularité : le pays est plus endetté auprès des compagnies d’assurance (20 %), qui « achètent » des titres de dette française pour les placements d’assurance vie, qu’auprès de ses banques. Contrairement à la situation du reste de l’Europe, les établissements bancaires français possèdent moins de 14 % de la dette nationale.

    Quelle part de dette est détenue par des étrangers ?
    La dette française est détenue à plus de 65 % par des « non-résidents » français. Un chiffre en baisse : jusque fin 2010, il se situait plutôt autour de 70 %. Mais un chiffre qui n’a eu de cesse de grimper ces dernières années : en 1993, seuls 32 % de la dette française était détenus par des non-résidents.

    La situation française en Europe est particulière : selon une étude publiée en avril par la fondation pour l’innovation politique (Fondapol), notre pays est en troisième position de l’Union européenne, derrière le Portugal (75 % de la dette détenue par des non-résidents) et la Grèce (71 %). En moyenne, 53 % de la dette des pays européens est détenue par des non-résidents. C’est une différence majeure avec un Etat comme le Japon, dont l’énorme endettement (plus de 200 % de son PIB) est essentiellement possédé par ses épargnants. Les Etats-Unis, quant à eux, ont un tiers de leur dette aux mains de non-résidents.

    Le terme de « non-résidents » recoupe une série d’acteurs : fonds de pension, grandes banques, compagnies d’assurance, fonds souverains… Il est impossible de savoir précisément quel pays possède le plus : la loi interdit la divulgation de cette information, à part aux vendeurs eux-mêmes. Ce qui pose question : la provenance des possesseurs de dette revêt en effet un caractère de plus en plus crucial.

    Quelles conséquences au fait que la dette soit détenue hors des frontières ?
    Le fait que la dette nationale soit détenue par des acteurs étrangers est un atout autant qu’une faiblesse. Un atout, car c’est une preuve de l’attractivité du territoire national et de la confiance qu’il obtient auprès des marchés. Mais une faiblesse, car le pays est d’autant plus sensible aux questions de conjonctures que sa dette est placée sur des marchés internationaux. La Grèce ou le Portugal, qui avaient également une dette majoritairement située à l’étranger, en ont ainsi payé les conséquences.

    La dette des pays de la zone euro est en grande partie possédée par des non-résidents d’autres pays de la zone. C’est ainsi que, en 2010, 52 % des dettes de la France et de l’Allemagne étaient détenus au sein de la zone euro, et donc libellés dans cette monnaie. Par ailleurs, 60 % de la dette des deux pays sont détenus en Europe au sens large (en incluant Norvège ou Suisse).

    C’est une sécurité, dans la mesure où l’Europe est capable de politiques contracycliques. La France a ainsi racheté une partie de la dette grecque au terme de l’accord du 21 juillet. Mais c’est aussi un danger, puisqu’un pays de la zone qui ferait défaut (qui se montrerait incapable de s’acquitter du paiement de ce qu’il doit) fragiliserait toute la zone et la monnaie européennes.

    Restent donc 40 % à 48 % de la dette française qui sont détenus hors de l’Europe, et donc sur des marchés internationaux. Cette part est la plus vulnérable aux aléas de la conjoncture et à l’affolement de la sphère financière.

    Source : www.lemonde.fr/politique/article/2011/08/10/a-qui-appartient-la-dette-de-la-france_1558009_823448.html

Publicités
Cet article, publié dans Banque & finance, Capitalisme, Dettes publiques, France, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.