Sécurité sociale 1946-2016 : 70ème anniversaire mais un avenir menacé

Documentaire :

Note M&Cies :

La Sécurité sociale fête ses 70 d’existence.
Ce devrait être une fête nationale, une conquête saluée au plus haut niveau politique.

Car la « Sécu », dispositif de solidarité face à la maladie qui a permis aux plus modestes des citoyens de se faire soigner à moindre coût ou quasi gratuitement, est emblématique du progrès social mis en place après les violences et les horreurs de la deuxième guerre mondiale.

Mais ce 70ème anniversaire est relativement peu mis en avant. Service minimum.

Car depuis les années 1960-1970 et le retour d’un capitalisme financier extrémiste d’essence totalitaire (c’est-à-dire toujours plus de profits démesurés pour quelques individus au détriment du reste de la population, ce qui provoque un creusement des inégalités économiques), la Sécurité sociale fait partie de ces précieuses conquêtes sociales que certains intérêts privés, insatiablement cupides et d’inspiration néolibérale, souhaitent réduire et détruire. Ceci afin de s’ouvrir de nouveaux marchés, celui de la santé, avec à la place d’une Sécu solidaire, des systèmes d’assurances privées, sélectives et hors de prix, comme aux Etats-Unis notamment.

Pour mémoire, le principe de la Sécurité sociale est un des éléments figurant dans le programme progressiste que le Conseil national de la Résistance (CNR) avait imaginé et voté clandestinement sous l’Occupation en mars 1944.
Les bases de la Sécurité sociale ont ensuite été officialisées à la Libération par l’ordonnance du 4 octobre 1945, puis par la loi du 22 mai 1946 qui a posé le principe de la généralisation de la sécurité sociale à l’ensemble de la population (mais les professions non salariées non agricoles s’y opposeront).
Un dispositif solidaire dont chacun, pauvre ou riche, pouvait et peu encore bénéficier de nos jours.

Un précieux héritage, qui permet aux plus jeunes comme aux plus âgés, d’accéder à des traitements et des soins que seuls les plus fortunés peuvent se payer dans d’autres pays où ce système de Sécurité sociale n’existe pas, n’existe plus.

Car des hommes et des femmes se sont battus, au prix de leur vie parfois, pour que le progrès social ne soit plus affaire d’une providence très aléatoire, ou le fait du bon vouloir et des bonnes grâces de quelques grandes fortunes cherchant – par une charité et une philanthropie bien ordonnées et intéressées -, à s’acheter une conscience morale (façon, pour des dynasties de prédateurs économiques, de redorer leur image souvent assez peu reluisante quant à la manière dont ils avaient et ont accumulé leurs richesses à la sueur et au sang des plus pauvres).

La Sécurité sociale aiguise donc toujours les appétits cupides et voraces, notamment des compagnies d’assurance, qui se fichent du progrès social et des populations désargentées les plus démunies dans l’impossibilité de payer pour se soigner.
Des populations qui seront hélas de plus en plus nombreuses dans les années à venir avec la mise en coupe réglée de l’Etat social (avec la complicité des hommes et femmes politiques), et le creusement des inégalités économiques du fait de l’accaparement croissant des revenus et des richesses créées par une minorité d’individus fortunés profiteurs de crise.

Des intérêts privés qui fustigent par ailleurs le déficit « abyssal » du budget de la Sécurité sociale, dans les groupes médias qui leur appartiennent le plus souvent et leur ouvrent leur pages et écrans.
Ces lobbies privés vomissent régulièrement sur la Sécurité sociale, l’estimant inadaptée au contexte économique actuel. Ils veulent en finir une bonne fois pour toute avec cette Sécu, afin de pouvoir vendre au prix fort leurs contrats d’assurances santé et exclure ainsi des soins celles et ceux qui ne pourront pas s’acquitter de leurs produits spéculatifs aux tarifs prohibitifs.

Mais si déficit du budget de la Sécurité sociale s’élève à plusieurs milliards, il convient d’en rappeler les principales causes :

– Une augmentation des dépenses de santé, supérieure à la croissance économique moyenne, sur laquelle sont basées les recettes et une surmédication, inutile, coûteuse, voire dangereuse … Ce qui fait le bonheur et les profits des laboratoires pharmaceutiques privés qui peuvent écouler parfois à prix d’or leurs traitements, pas toujours d’ailleurs au bénéfice de la santé des patients quand on voit les nombreux scandales sanitaires et qu’on s’interroge sur l’inertie de certains institutions d’Etat censées veiller à la politique sanitaire… ;

– Une baisse des recettes, causée : par l’allégement ou l’exonération des cotisations sociales patronales (les fameuses « charges » si souvent fustigées par le grand patronat), baisse non compensée par l’Etat dans le budget ; le reversement partiel de taxes sur l’alcool et le tabac ; ou encore, le travail au noir pratiqué dans certains secteurs (notamment BTP, hôtellerie-restauration…) et la fraude sur le paiement des cotisations sociales (manque à gagner annuel de 20 à 25 milliards d’euros pour la Sécurité Sociale selon la Cour des comptes en 2014).

Par conséquent, ceux-là mêmes qui critiquent et veulent la mort de la Sécurité sociale en pointant son coût, sont souvent responsables pour beaucoup de son mauvais état de santé… Tout en profitant par ailleurs de certaines politiques de remboursement très rentables pour certains de leurs produits lancés sur le marché du médicament à des tarifs surévalués, voire sans réel apport pour la santé des patients.
Le beurre et l’argent du beurre…

En mémoire de celles et ceux qui, eux, se sont battus courageusement pour le programme du CNR pendant la deuxième guerre mondiale, et notamment pour la création de la Sécurité sociale, le documentaire de Gilles Perret intitulé « Les Jours heureux » (2013) leur rend hommage et sonne comme une mise en garde et un appel pour protéger ces précieux dispositifs pensés par les anciens pour le progrès social et le bien de toutes et tous.

Revue de presse :

  • Les cinq méthodes de l’industrie pharmaceutique pour nous bourrer de médicaments inutiles
    Par Sarah Lefèvre, Reporterre, le 10 février 2016
    L’industrie pharmaceutique va bien, très bien même. Grâce aux Français, leurs plus fidèles clients au monde, mais d’abord grâce à un intense et efficace travail de l’ombre auprès des autorités politiques et sanitaires et des médecins. Si la santé des laboratoires est renforcée par ces pratiques, ce n’est pas le cas de celle des patients.
    Au concours des consommateurs du comprimé, les Français figurent toujours sur la première marche du podium. En moyenne : quatre comprimés avalés par jour pour l’ensemble de la population et une facture de 34 milliards d’euros en 2014. Soit 2,7 % de plus que l’année précédente, dont 20 milliards pris en charge par la Caisse nationale d’assurance maladie. Parallèlement, l’industrie pharmaceutique s’affirme comme la plus rentable au monde et elle ne cesse de progresser : 639 milliards d’euros de chiffres d’affaires global pour le secteur en 2013, en croissance de 4,5 % par rapport à 2012 .
    (…)
    Source : http://reporterre.net/Les-cinq-methodes-de-l-industrie-pharmaceutique-pour-nous-bourrer-de
  • Un levier de pouvoir peu à peu confisqué aux salariés
    Une autre histoire de la Sécurité sociale
    Par Bernard Friot et Christine Jakse, Le Monde diplomatique, décembre 2015
    Depuis sa création en 1945, le régime général de la Sécurité sociale subit le feu des « réformateurs » de tout poil. Comment expliquer cet acharnement contre un système que l’on réduit souvent à une simple couverture des risques de la vie ? C’est qu’au-delà de l’assurance sociale, les pionniers de la « Sécu » forgeaient un outil d’émancipation du salariat géré par les travailleurs.
    (…)
    Source : www.monde-diplomatique.fr/2015/12/FRIOT/54395
  • La Sécurité sociale a 70 ans
    Par Vie publique.fr, le jeudi 1er octobre 2015
    Le 4 octobre 1945 était promulguée l’ordonnance portant organisation de la sécurité sociale. Son article 1er précise : « Il est institué une organisation de la sécurité sociale destinée à garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent. »
    Cette ordonnance est complétée par l’ordonnance du 19 octobre 1945 qui organise les assurances sociales pour les risques maladie, invalidité, vieillesse et décès ainsi que pour les charges de maternité.
    En 1946, la loi du 22 août définit les quatre prestations de la branche famille : les allocations familiales versées sans condition de ressources à partir du deuxième enfant, l’allocation de salaire unique versée dès le premier enfant, les allocations prénatales, l’allocation de maternité. L’assurance-chômage est instituée plus tardivement.
    (…)
    Source : www.vie-publique.fr/focus/securite-sociale-70-ans.html
  • Le « trou de la Sécu » expliqué en quatre points
    Par Clément Martel (avec Caroline Félix), Le Monde.fr, le 1er octobre 2014
    La ministre de la santé, Marisol Touraine, a dévoilé lundi 29 septembre le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2015. L’un des principaux enjeux du texte est de rendre compte des mesures qui permettront de réduire le « trou de la Sécu », une nouvelle fois beaucoup plus important que prévu.
    (…)
    Source : www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/10/01/le-trou-de-la-secu-explique-en-quatre-points_4498114_4355770.html
  • Les salaires, variable d’ajustement
    Vous avez dit « baisser les charges » ?
    Par Christine Jakse, Le Monde diplomatique, novembre 2012
    Les discussions autour du rapport de M. Louis Gallois sur la compétitivité des entreprises françaises mettent l’accent sur la réduction des « charges ». Elles alimentent un débat biaisé. Patronat et gouvernement agissent en effet comme si les cotisations sociales — le vrai nom desdites « charges » — étaient un prélèvement indu qui handicape le développement économique. Or les cotisations constituent d’abord une part du salaire.

    Nous ne pouvons pas continuellement avoir des charges sociales qui pèsent sur le travail. »
    Cette conviction exprimée par le ministre socialiste de l’économie et des finances, M. Pierre Moscovici (Le Monde, 17 juillet 2012), compte au nombre des idées ayant survécu sans encombre à l’alternance politique du printemps dernier.

    Baisser le « coût du travail » en réduisant les « charges » à travers une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) « sociale » : telle était aussi la promesse du candidat de la droite, M. Nicolas Sarkozy. Cet objectif figure également en bonne place sur la liste des conditions énoncées par le Cercle de l’industrie, une association de dirigeants d’entreprise, pour « rebâtir notre industrie » : « En France, affirme-t-il, la part prise sur les charges patronales pour financer la protection sociale est élevée, alors que le consommateur est relativement peu taxé. Un transfert massif des cotisations patronales vers une autre assiette fiscale permettrait à la France de converger avec l’Allemagne et de sortir de cette situation sans issue en initiant le choc de compétitivité attendu. »

    « Coût du travail » au lieu de « salaires » ; « charges » au lieu de « cotisations » : trente années de convergence politique entre la droite et la gauche de gouvernement ont banalisé ces expressions, la vision du monde qu’elles véhiculent, les conséquences sociales qu’elles induisent. Cette métamorphose du langage n’est pas anodine. Aussi sûrement qu’un coût appelle une réduction, la charge qui « pèse » (sur le travail), « écrase » (les chefs d’entreprise) et « étouffe » (la création) suggère l’allégement ou, mieux encore, l’exonération.
    (…)
    Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/JAKSE/48338
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