Election présidentielle française 2017 : le bal des menteurs

Intro :

Les bonimenteurs des tables de la Loi du Marché (aux salariés pauvres et aux esclaves), les baratineurs de la théorie du ruissellement et de la mondialisation néolibérale heureuse, les camelots cupides et serviles du Big business, les vaniteux de la posture politique boursouflée et de l’imposture assumée, en une phrase, les fossoyeurs de la République et les détrousseurs de l’intérêt général, tous rempilent et remontent sur leurs estrades pour nous jouer la petite musique quinquennale destinée à endormir, à enfumer le petit peuple afin de continuer à le dépouiller encore davantage.

Tout au long de l’histoire et des innovations technologiques, le mensonge politique n’a cessé de se sophistiquer afin d’entretenir le doute, l’espoir, en préservant les apparences d’un débat et de processus politiques soi-disant démocratiques. Ceci, afin de permettre aux oligarchies dirigeantes et à leur petit cercle de profiteurs privés, de préserver et même d’accroître leurs richesses, leur puissance par l’obscurantisme et la manipulation.

Un plaisant petit ouvrage attribué à Jonathan Swift (1667-1745) ou à son contemporain et ami John Arbuthnot (1667-1735), évoque les règles de L’art du mensonge politique (1733).
Ce pamphlet ironique mais lucide vient compléter et enrichir sous un autre jour les sombres et froids conseils de Machiavel (1469-1527) livrés dans son ouvrage Le Prince (1532) ; des conseils susurrés à l’oreille des psychopathes du pouvoir et mis en musique – avec plus ou moins de talent il est vrai – par tous les cyniques pipoteurs politiques que cette pauvre planète a dû supporter depuis que l’homme la foule aux pieds.

Dans l’édition Jérôme Millon de 2011, le texte de Swift (ou Arbuthnot…) est précédé d’un instructif texte de présentation rédigé par Jean-Jacques Courtine intitulé Le mentir vrai. Pour enrichir son propos, l’auteur y cite également Hannah Arendt :

« Le secret (…), la tromperie, la falsification délibérée et le mensonge pur et simple employés comme moyens légitimes de parvenir à la réalisation d’objectifs politiques, font partie de l’histoire aussi loin qu’on remonte dans le passé. La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques, et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques. »

(« Du mensonge en politique », dans « Du mensonge à la violence », Paris, Calmann-Lévy, 1972, p. 8-9)

Le sinistre cirque des politicards et leurs caravanes – sponsorisées par les marchands de pétrole, de dettes, de malbouffe et de maladies, de canons et autres faiseurs de misère et de mort -, ont donc repris la route de la campagne électorale afin de recueillir le suffrage des citoyens. Suffrage qui leur conférera l’once de légitimité « démocratique » qui sinon leur ferait cruellement défaut pour justifier ensuite le droit de décider au nom des peuples (en réalité, pour le compte et les profits de leurs riches et égoïstes donneurs d’ordres, qui sauront eux-mêmes les remercier ensuite pour leur dévouement à leur cause, la cause des riches).

A chacun de se rappeler la maxime intemporelle : Les promesses n’engagent que celles et ceux qui les écoutent

Pour terminer avec Serge Halimi, actuel directeur du mensuel Le Monde diplomatique et également auteur, entre autres, du livre Les nouveaux chiens de garde (1997) qui a inspiré ensuite le film documentaire du même nom : La lucidité est une forme de résistance !

Livre :

lart-du-mensonge-politique

Article :

  • L’art du mensonge
    Par François Busnel, L’Express, le 29 mars 2007

    La campagne électorale sera littéraire ou ne sera pas. Puisque la politique contamine l’édition (on dénombre ces temps-ci des dizaines de navets de politique-fiction: passez votre chemin, ils sont tous aussi bâclés les uns que les autres), laissons la littérature s’en prendre à la politique.Un éditeur grenoblois, Jérôme Millon, a l’excellente idée de rééditer un court texte – introuvable – attribué à l’auteur des Voyages de Gulliver, Jonathan Swift. L’Art du mensonge politique est un petit bijou. Tiré à quelques exemplaires, en 1733, en guise de souscription pour un traité qui ne vit jamais le jour, ce pamphlet n’a pas pris une ride. Certes, on a fait, depuis Swift, de grands progrès dans l’art de mentir (chaque semaine nous en apporte des preuves supplémentaires, tantôt cocasses, tantôt tragiques), mais il faut reconnaître que l’écrivain sut théoriser en quelques pages les mille nuances que recouvre ce jeu qui consiste à duper le peuple, prétendument pour son bien. D’ailleurs, précise Swift, le peuple se venge des mensonges des politiques en mentant à son tour: tandis que les ministres mentent au peuple pour le gouverner, ce dernier fait courir rumeurs et calomnies sur les spécialistes du mirage politique afin de se débarrasser d’eux.

    Le mensonge, en démocratie, se pratique donc en cercle fermé. Swift recommande également à nos princes de l’illusion d’éviter tout personnage qu’ils soupçonnent d’être sincère: là gît le caillou qui fera caler la machine. Enfin, prenez garde, menteurs qui nous dirigez, de ne pas trop croire en vos propres contes, rappelle Swift: la politique ne réussit guère à ceux qui finissent par s’illusionner eux-mêmes. Canular ou traité philosophique? Trompeurs et trompés trouveront là matière à réflexion autant qu’à distraction.

    Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-art-du-mensonge_822047.html

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