Austérité et arnaque (bis) ! La règle Dette publique / PIB, « c’est comme diviser des choux par des carottes… »

Intro :

A la fin du deuxième trimestre 2016, la dette publique de la France a été évaluée à
2 170,60 milliards d’euros. Soit 98,40% du Produit intérieur brut (PIB).

La dette publique de la France va donc bientôt franchir le cap symbolique – et soi-disant « fatidique » -, des 100% du PIB…

Mais comme la règle qui interdit aux Etats européens d’avoir un déficit public supérieur à 3% de leur PIB (règle inventée « sur un coin de table » en 1981 puis repris en 1992 pour le traité sur l’Union européenne (TUE) – le « traité de Maastricht »), le ratio de la dette publique sur le PIB est très peu comptablement sérieux et surtout très malhonnête.

Alors, pour quelle raison nos chers dirigeants politiques et autres spécialistes – si intelligents et si intègres…-, auraient-ils adopté ces deux règles ineptes, absurdes, stupides, comptablement infondées et s’évertuent-ils à imposer aux finances publiques ?

Un début de réponse…
…. En s’appuyant sur un discours et des règles aux apparences sérieuses car mathématiques et comptables, c’était (et c’est toujours) un des moyens nécessaires aux dirigeants politiques et grands prêtres néolibéraux pour imposer aux obscurs peuples européens que nous sommes, les sinistres et destructrices politiques d’austérité, de rigueur (pas comptable…) et autres politiques structurelles.
Des politiques néolibérales qui visent toujours moins de protection sociale, de services publics et plus de réductions salariales, de précarité, d’insécurité, afin que les intérêts privés puissent dégager toujours plus de profits, partagés entre les seuls membres d’une petite minorité de privilégiés.

Attendons-nous donc, dans les semaines ou mois prochains, à ce que le franchissement symbolique – mais encore une fois foncièrement absurde et malhonnête – des 100% du PIB de la dette publique française soit l’occasion de déclarations enflammées et dramatiques du petit personnel politique à la solde des puissants de ce monde.

Car si la rigueur comptable était appliquée et respectée, les stocks des dettes publiques des Etats ne devraient pas être comparés aux flux des PIB des Etats mais plus justement à d’autres stocks, en l’occurrence ceux  des actifs publics. Des actifs publics sur lesquels les cupides marchés privés souhaitent mettre la main depuis des décennies.

Et pour parvenir à leurs fins il convient de choquer les esprits du petit peuple. Pour cela, les spécialistes et autres experts néolibéraux français, relayés par les médias aux ordres, utilisent souvent l’image des pauvres nouveaux-nés lambda qui naissent avec déjà une dette à rembourser sur leurs fragiles têtes encore déplumées.

Evalué à 25 000 euros en 2005, puis 40 000 euros en 2015, le poids de cette dette sur les nouvelles générations s’avère en réalité assez fallacieux là aussi. Car si tout nouveau-né hérite de la dette de l’Etat (en plus du patrimoine éventuel de sa famille, certains étant déjà mieux lotis que d’autres…), ces nouveaux-nés héritent également des actifs de l’Etat (entre­prises et bâtiments publics, écoles, hôpitaux, infrastructures, aéroports, ports, routes, etc.).
Et comme le souligne même le journal Les Echos en décembre 2015, le solde entre dette publique et actifs publics n’est pas négatif mais bien encore positif, à plus de 5 000 euros pour chaque nouveau-né !

Vidéo :

  • « Dette de la France: fausses croyances et vérités cachées »
    Par Alexandre Mirlicourtois, Xerfi Canal, mars 2012

 

Articles :

  • Le Top 5 des croyances absurdes sur la dette et les déficits
    Par Pascal-Emmanuel Gobry, Atlantico, le 28 septembre 2012

    Cette semaine, Pascal Emmanuel Gobry donne quelques vérités sur les déficits et la dette qui en surprendront plus d’un…
    (…)
    Le ratio dette / PIB n’a aucun intérêt. Souvenez-vous de l’école primaire : après les additions, on vous apprend « qu’on ne peut pas additionner les choux et les carottes.” Et c’est vrai ! Ca n’a pas de sens ! Diviser les choux par les carottes non plus. Et donc quand on parle de ratio dette / PIB, c’est pareil. Le PIB est un flux : c’est (en gros) la somme des dépenses de tous les acteurs économiques sur une année. La dette publique est un stock. Diviser un stock par un flux c’est comme diviser des choux par des carottes. Le ratio dette / PIB peut avoir un intérêt quand on fait des comparaisons internationales, puisqu’il permet de comparer plusieurs pays, mais même là c’est périlleux.
    Lorsque quelqu’un vous parle de ratio de dette / PIB, vous pouvez être à peu près sûr qu’il ne sait pas de quoi il parle.
    (…)
    Source : www.atlantico.fr/decryptage/top-5-croyances-absurdes-dette-et-deficits-pascal-emmanuel-gobry-496332.htm
  • Dette publique : une longue dérive atténuée par la baisse des taux
    Par Ingrid Feuerstein, Les Echos, le 24 décembre 2015
    La baisse des taux d’intérêt a permis de limiter la dérive de l’endettement public. La charge de la dette pour le budget de l’Etat n’a pas explosé. Elle est restée quasiment stable. Mais elle n’en représente pas moins le deuxième poste de dépenses de l’Etat.
    (…)
    Un ratio proche de 100 % du PIB
    En dix ans, la dette publique n’a cessé d’augmenter, passant de 66 % du PIB en 2005 à 96,9 % au troisième trimestre 2015. Sa progression a été légèrement moins rapide que ce qu’on envisageait en 2005. Le rapport Pébereau prévoyait que la barre des 100 % serait dépassée dès 2014. Tout en alertant sur le fait que l’approche de ce seuil périlleux déclencherait une perte de confiance des marchés, ce qui conduirait les investisseurs à exiger une prime de risque de plus en plus élevée. Les travaux de Reinhart et Rogoff, publiés en 2010, abondaient dans ce sens. Ils avaient démontré que lorsque la dette d’un pays dépassait les 90 % du PIB, celui-ci entrait en récession. Ces travaux ont été démontés depuis, et les expériences de divers pays de la zone euro ont montré qu’il était très difficile de définir un niveau de dette publique au-delà duquel un pays est en faillite.
    Une valeur patrimoniale dégradée
    Chaque nouveau-né arrive dans la vie avec une dette vis-à-vis de l’Etat de plus de 40.000 euros. C’était 25.000 euros en 2005. C’est l’image souvent utilisée pour illustrer le poids de la dette sur les nouvelles générations. Mais les économistes préfèrent raisonner en termes de valeur nette du patrimoine. Car un nouveau-né hérite tout autant de la dette de l’Etat que de ses actifs (entre­prises et bâtiments publics, routes, infrastructures, etc.) Dans ce cas, le solde est positif, à plus de 5.000 euros. Mais cette valeur nette s’est dégradée en dix ans, sous l’effet de la hausse de la dette et d’une valorisation moins rapide du patrimoine de l’Etat, notamment de l’immobilier. Après avoir atteint un sommet­ à plus de 50 % du PIB en 2007, la valeur nette du patrimoine des administrations publiques a fortement chuté, pour retomber à moins de 20 % du PIB en 2014.
    (…)
    Source : www.lesechos.fr/24/12/2015/lesechos.fr/021579415194_dette-publique—une-longue-derive-attenuee-par-la-baisse-des-taux.htm?texte=france%20dette%20publique%20actifs%20publics

 

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