Groupe Bilderberg ?

Intro :

Le Colloque Walter Lippmann (1938), la Société du Mont Pélerin (1947), le Groupe Bilderberg (1954), le Forum économique mondial de Davos (1971), la Commission Trilatérale (1973), ou plus récemment la World Policy Conference (2008)…., autant de cercles d’influence et quelques autres qui ont oeuvré depuis les années 1940-1950 à la renaissance intellectuelle et politique d’un capitalisme extrême, extrémiste, voire totalitaire (ex : en Amérique du Sud, avec le cas tristement emblématique du Chili et du coup d’Etat de Pinochet en 1973 soutenu par le pouvoir américain et les Chicago Boys…).

Une refondation qui a été présentée sous les apparences séduisantes d’un libéralisme émancipateur et libérateur, d’une « société ouverte » (Open society). Un travail idéologique de refondation et de reconstruction destiné en réalité à redorer les lettres ternies un capitalisme économiquement, socialement et politiquement totalement discrédité dans les années 1930, après notamment le krach de la bourse de Wall Street en 1929 et la désastreuse crise économique mondiale qui avait suivi.

Des personnalités parmi les plus influentes, dans les domaines économique, politique, mais également intellectuel et médiatique, ont donc créé des lieux, des cercles pour réfléchir, débattre sur les meilleures stratégies à mettre en oeuvre pour (ré)instaurer l’idéologie du libre-marché (free-market), du « tout marché », du capitalisme financier, du « capitalisme casino ». Une lutte idéologique dirigée principalement contre le principe de l’Etat-providence et les politiques interventionnistes et régulatrices, une idéologie qu’il est communément convenu d’appeler depuis les années 1970, la mondialisation néolibérale, le « néolibéralisme« .

Car depuis près d’un demi-siècle, les pouvoirs privés et milieux d’affaires (grandes fortunes, banques, multinationales…), en lien avec le complexe militaro-industriel pointé du doigt notamment par le président américain Dwight Eisenhower lui-même lors de son discours de fin de mandat prononcé le 17 janvier 1961, ont repris le contrôle sur les pouvoirs publics, les Etats.

Théorie du complot ?

Si cette thématique des groupes, cénacles, clubs et autres cercles de réflexion et d’influence qui rassemblent les puissants de cette planète, dérange voire effraye certains de ceux qui en connaissent l’existence, renonçant même à les évoquer de peur d’être discrédités, c’est que cette thématique est souvent qualifiée – un peu facilement et paresseusement – de « théorie du complot », ou encore de vision « conspirationniste » de l’histoire.

Des accusations un peu courtes mais bien pratiques pour couper court au débat, formulées – malveillants mis à part -,  par des personnes persuadées bien souvent d’être informées et instruites alors qu’elles ne le sont pas autant qu’elles le croient et qui manquent singulièrement de curiosité et d’objectivité. Des personnes n’osant pas s’aventurer en terra incognita, préférant ne pas prendre le risque de s’exposer à d’éventuelles critiques et railleries en sortant du cadre de pensée et d’analyse autorisé.

Pour être exhaustif, on doit souligner que certaines interprétations très exotiques, voire ésotériques qui circulent ici ou là sur certains sites Internet rendent parfois le sujet alambiqué ; voire sulfureux quand ce sujet est évoqué sur des sites extrémistes. Ce qui, bien évidemment, ne facilite pas sa diffusion auprès d’un public plus large.

Un sujet politique sous-médiatisé

Un public bien souvent ignorant de la simple existence de ces assemblées désormais plus discrètes que secrètes (les plus anciens cénacles ont même, depuis quelques années, des sites web : depuis env. 1998 pour la Trilatérale à l’occasion de son 25ème anniversaire d’existence et beaucoup plus tardivement en 2008 pour le Bilderberg).
Une ignorance concernant l’existence de ces groupes influents, en premier lieu causée par un manque notable d’informations fiables et régulières dans les grands médias, débouchant sur une sous-médiatisation de ce sujet.
Une situation assez regrettable pour la liberté et le droit à l’information, valeurs tant défendues et proclamées par ailleurs…
A quand remonte en effet un reportage sur le Groupe Bilderberg ou la Commission Trilatérale diffusé au cours d’un journal télévisé national du 13h ou du 20h… ?

L’explication et la motivation de ces cercles de réflexion et de pouvoir sont beaucoup plus pragmatiques, ce que regretteront peut-être certains. Mais cela n’enlève rien à la pertinence et à la nécessité d’étudier ce sujet afin de mieux comprendre le processus de mondialisation néolibérale, et d’en déconstruire la propagande qui domine depuis les années 1970 de manière constante et croissante.

Une lutte des classes sociales plus que jamais d’actualité…

Ces cénacles, plus ou moins discrets, réunissant un certain nombre de personnalités parmi les plus influentes au monde, sont la simple – mais bien réelle – expression d’une lutte des classes sociales qui perdure.
Une lutte des classes qui est toujours d’actualité, contrairement à ce que la plupart des intellectuels et autres experts ont osé affirmer et voulu nous faire croire depuis plus de 40 ans, faisant passer pour archaïques et ringards celles et ceux qui osait encore l’évoquer.

Une lutte des classes qui – comme le reconnaissait lui-même le milliardaire américain Warren Buffet en 2005 – , a été menée et est en train d’être remportée par sa propre classe, celle des puissances de l’argent :

Ces puissances de l’argent étaient composées initialement d’individus majoritairement occidentaux (le Groupe Bilderberg : « C’est très blanc, très Wasp, et on assume… »), puis se sont ouvertes aux autres économies capitalistes, notamment en Asie avec le Japon, avec la création au début des années 1970 de la Commission Trilatérale.
Le point commun de ces représentants de la classe dominante, au-delà de leurs différences ? Le pouvoir, le culte de la cupidité, la défense idéologique et quasi-religieuse d’un libre-échange (free-market) qui n’a en réalité rien de libéral, mais qui génère des profits maximisés pour quelques uns ainsi qu’un accroissement des inégalités économiques et sociales.
Pour résumer, ces cercles de pouvoir participent à cette lutte, cette guerre menée par les riches et ultrariches contre les classes moyennes et populaires.

Des élites qui avaient donc besoin, pour s’organiser, se structurer et mener à bien leur croisade, de se rassembler dès après-guerre afin d’oeuvrer de concert à redorer les lettres gravement ternies du capitalisme extrémiste responsable de la grande crise des années 1930.

Des assemblées encore utiles à ces élites pour organiser et propager le processus de mondialisation néolibérale à l’ensemble de la planète transformée en véritable échiquier géopolitique et supermarché globalisé imposant des modes de consommation et de vie standardisés.

Car dès l’origine, en dépit des dénégations officielles, l’un des objectifs premiers de ces cercles influents a été d’influer sur les orientations économiques et sur le cours des décisions politiques des pays basés sur une économie capitaliste. Notamment contre l’ennemi de toujours, qu’étaient les pays dirigés selon des politiques marxistes, mais également contre les Etats-providence d’après-guerre basés sur des économies mixtes (capitalisme d’Etat) jugées trop interventionnistes sur le marché et donc préjudiciables aux intérêts des capitalistes libéraux nostalgiques du libre-marché.

Pour toutes ces raisons, ces cénacles, clubs, groupes, assemblées d’élites peuvent, et même doivent, faire l’objet d’une analyse journalistique, historique, politique.
Une certaines quantité d’éléments factuels existent, bien que l’actualité médiatique contemporaine délaisse bien souvent aux réseaux sociaux ces cénacles. Exception faite de certains journaux et auteurs, sérieux, qui traitent ces sujets, au même titre que n’importe quel autre sujet politique.

On peut noter et  s’amuser d’ailleurs, que la presse et les médias dans leur ensemble investiguaient bien plus sur ces sujets dans les années 1970-1980 qu’ils ne l’ont fait ces deux dernières décennies.
Pourquoi une telle économie de moyens de traitement à l’égard des ces assemblées VIP plus ou moins discrètes ? Affaire de mimétisme… ?


Groupe Bilderberg (1954) :

  • Site officiel : h ttp://www.bilderbergmeetings.org/
  • Participants à la réunion annuelle 2014 : h ttp://www.bilderbergmeetings.org/participants.html


Revue de presse :

  • Messes basses entre maîtres du monde
    Par Christian Losson, Jean Quatremer et Pascal Riché, Libération, le 5 août 2003
    Chaque année, un club d’initiés se réunit dans le plus grand secret. Enquête exclusive sur un huis clos où tout peut se dire mais d’où rien ne doit sortir.
    Ce jour-là, Versailles et son château rejouent Fort Chabrol. Ballets de motards de la police, entourés des forces spéciales nanties d’une oreillette. Des hommes en costume s’extraient de limousines aux vitres fumées. L’accès au Trianon Palace est verrouillé, les voitures fouillées. Motif : «Symposium international». A quel sujet ? «C’est pas pour vous», évacue un homme des services de sécurité occupé à passer un miroir sous une voiture.
    Ce jeudi 15 mai 2003, une centaine de «global leaders» s’enferment, jusqu’au dimanche, pour discuter des «choses du monde». Le saint du saint des clubs mondiaux, la Mecque du gotha mondial, «le top du top» des séminaires de réflexion, prend ses quartiers annuels à l’abri des regards. Bienvenue, pour la centaine d’élus, au «Bilderberg».
    Les «privilégiés» de ce raout euroaméricain sont des hommes politiques de haut rang (du numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, à Dominique de Villepin, ministre français des Affaires étrangères, en passant par Valéry Giscard d’Estaing, président de la Convention européenne) ; des patrons de multinationales (les PDG de Thales, Axa, Nokia, Daimler Chrysler, Novartis…) ; des gouverneurs de banques centrales (du Français Jean-Claude Trichet au Norvégien Svein Gjedrem) ; des journalistes acceptant la règle de l’omerta (Newsweek, The Financial Times, La Repubblica, The Economist, Nicolas Beytout pour Les Echos ou Alexandre Adler pour Le Figaro) ; des têtes couronnées (l’Espagnol Juan Carlos, la reine Béatrix des Pays-Bas) ; des Premiers ministres (le Danois Anders Fogh Rasmussen et le Portugais José Durao Barroso) ; des experts (le juge antiterroriste Bruguière, des membres de l’Ifri ­ Institut français des relations internationales ­ ou de la Brookings Institution, un centre de recherches de Washington).
    Pendant trois jours, tout ce beau linge discute postguerre en Irak, lutte contre le terrorisme, institutions internationales, Convention européenne, etc. «Sans langue de bois, sans diplomatie, en toute franchise», note un participant. «Prendre un verre au bar avec Kissinger ou Wolfowitz, sans risquer d’être dérangé, c’est sympa, non ?», se ravit encore Pierre Lellouche, député UMP, un des rares politiques français invité.Ce huis clos pour «happy few» se réunit chaque printemps dans une ville différente, du jeudi soir au dimanche midi, invariablement. Et, à chaque fois, dans un lieu tenu secret le plus longtemps possible. Pas de site Internet, pas de conférence de presse. Surtout, les conférenciers sont tenus à un strict embargo sur les propos qu’ils ont pu tenir ou entendre lors ces réunions… Le moindre écart, et ils se retrouvent «blacklistés». «La franchise est la règle du jeu», explique le Belge Etienne Davignon, qui préside le comité d’organisation du groupe du Bilderberg. «Elle est possible car on est discret. Personne n’embarrassera personne.» L’idée est que «les dirigeants du monde puissent se parler en privé», souligne un Américain. «Si Bilderberg a du succès, c’est parce que chacun juge utile d’entendre autre chose que ce qu’il entend d’habitude autour de lui, ajoute Etienne Davignon. Ces gens très occupés savent qu’ils vont retirer quelque chose de leur déplacement.» Et ça n’est possible que hors micro. Leitmotiv des participants interrogés : «Je ne peux rien vous dire, ce serait tellement contraire aux usages…»«Les armes de destruction massive, c’était du pipeau»Et pourtant, il s’y dit beaucoup de choses «substantielles», selon Pascal Lamy, l’un des trois commissaires européens présents à Versailles. Le 17 mai, alors qu’on était au plus froid de la crise franco-américaine, Dominique de Villepin s’est offert une fracassante sortie devant un parterre de faucons (Bolton, Wolfowitz, Perle), messagers de la ligne néoconservatrice de l’administration Bush. A quinze jours du G8 d’Evian, le ministre des Affaires étrangères aurait pu profiter de l’occasion pour resserrer les liens transatlantiques mais, quand il prend la parole, il commence par citer une pensée antifrançaise prêtée à Richard Perle («J’aime la France, son vin, sa nourriture. Quel dommage que ce ne soit pas un zoo !»), pour mieux justifier la position antiguerre de Paris sur l’Irak. Un témoin raconte : «Villepin leur a alors dit quelque chose comme : le Pape et la France, en s’opposant à la guerre, ont permis d’éviter le choc des civilisations. Au lieu de nous demander des excuses, vous devriez nous être reconnaissants.» «Les Américains ont été sciés», reconnaît Etienne Davignon. «Au moins, il a commencé par citer le Pape avant de se citer lui-même», raille un Américain. Un proche du chef de la diplomatie française se marre : «Il fallait être franc et provocateur, non ? Eh bien, on a été franc et provocateur.» Un autre membre de son entourage reconnaît que le ministre a «refusé de se présenter la corde au cou comme les bourgeois de Calais, tels que les Américains s’y attendaient au lendemain de leur entrée à Bagdad. A l’époque, ça paraissait très décalé, aujourd’hui, ça ne l’est plus».Quant aux «néocons» (néoconservateurs américains), ils en rajoutent une couche sur l’intervention américaine. Un participant se rappelle : «Les armes de destruction massive, c’était un pipeau, selon eux. Du politiquement correct vis-à-vis de l’ONU. Il fallait cogner pour montrer que les Etats-Unis n’accepteraient plus que le terrorisme dispose d’une base nationale. L’Irak était le meilleur client, car le plus faible.» Lors d’une table ronde, John Bolton, sous-secrétaire d’Etat chargé du contrôle des armements et de la sécurité nationale, a balayé les institutions internationales d’un revers de main. «Notre constitution prévoit que nous sommes responsables devant le peuple, pas devant l’ONU…» Un habitué du Bilderberg résume : «La passe d’armes était tellement violente que les Premiers ministres portugais et danois, pourtant proaméricains, se sont retrouvés aux côtés des Européens pour combattre cette vision du monde.» Avant de conclure : «Les Etats-Unis ont changé de logiciel et le monde ne s’en est pas encore rendu compte.»

    « Davos, c’est moins élitiste, ça creuse moins les sujets »

    Loin des paillettes du forum de Davos, Bilderberg a ses fans. «Davos, c’est moins élitiste, ça vise à travailler les réseaux. Ça creuse moins les sujets, ça laisse juste une impression sur l’état d’esprit mondial, résume l’un d’eux, douze éditions à son compteur. Bilderberg, ça va au fond des choses, ça parle géopolitique, stratégie.» La station des Grisons, en Suisse, tient, pour les habitués du Bilderberg (les «BB’s» pour les initiés), du raout un peu «trop couru», une «foire», un «supermarché». Avec «des stands, du chahut, et beaucoup trop de contestation», souffle Ernest Antoine Seillière, le patron des patrons français, BB’s pendant dix ans. Chez Bilderberg, en revanche, «on est chez Hermès», confie Pascal Lamy. Ses membres se veulent les grands des grands de ce monde. La noblesse de la pensée, pas la bourgeoisie qui croit tout acheter avec ses dollars. Comme le résume un membre influent : «A Davos, on paie pour voir et se faire voir. Au Bilderberg, on y vient pour entendre sans se faire voir.»

    Les BB’s se réunissent depuis près d’un demi-siècle (1) à l’abri des regards. Après deux ans d’ébauche, une première rencontre a lieu en mai 1954 à l’hôtel Bilderberg à Oosterbeek, à l’initiative du prince Bernhard des Pays-Bas. «Il souhaitait associer sa fille, Béatrix, aux discussions sur l’Etat de la planète, raconte Thierry de Montbrial, directeur de l’Ifri, habitué des rencontres depuis 1974. «Les têtes couronnées ont place dans ce club, mais elles ne prennent jamais la parole.» L’idée est de réunir des membres de l’Otan pour discuter à huis clos de la politique internationale des alliés, particulièrement des relations transatlantiques. «Il fallait éviter qu’elles fluctuent au gré des crises», poursuit Etienne Davignon. Ce n’est pas un hasard si les fondateurs du Bilderberg sont d’ailleurs les mêmes que ceux qui ont donné naissance à l’OCDE. De Jozef Luns à Lord Robertson, en passant par Lord Carrington ou Javier Solana, tous les secrétaires généraux de l’Otan ont été des membres de ce sélect conclave planétaire.

    « C’est très blanc, très Wasp, et on assume »

    Ce «noyau dur» du monde occidental ne s’est jamais ouvert à des «global leaders» d’autres continents. «C’est très blanc, très Wasp, et on assume», n’hésite pas à dire un Français. Très anglo-saxon, comme tous les grands clubs planétaires. «Les Latins sont nuls dans ce registre», résume un patron français. Le Bilderberg s’efforce de faire tourner 40 % de son effectif. Histoire d’être sans cesse à la pointe du gotha. «Ça évite la fossilisation», estime Montbrial. Le choix des invités obéit à un système de quota par nationalité, les grands pays ayant droit à une plus forte représentation. Et attention : chaque invité paye ses frais et personne n’est rémunéré pour son intervention.

    Tout s’articule autour de trois cercles. Le plus resserré : le comité d’organisation, assuré par un président (le poste est occupé depuis 2000 par Etienne Davignon, vice-président du conglomérat Société Générale de Belgique) et un secrétaire général, basé aux Pays-Bas. Puis l’inner circle, constitué de quatre personnes, dont David Rockfeller. Enfin, le comité de pilotage (steering committee), de quinze à dix-huit personnes, dont deux Français, Bertrand Collomb (PDG de Lafarge) et André Lévy-Lang (ex-PDG de Paribas). Faire partie des BB’s, «c’est déjà énorme», dit l’un d’eux, mais intégrer le comité de pilotage, ceux qui choisissent de coopter les nouveaux, c’est toucher au Graal.

    Ce petit monde trié sur le volet se retrouve, une fois la réunion débutée, en rang, par ordre alphabétique. «Du souverain au roturier», résume Nicolas Beytout, le patron des Echos. Ce qui crée des liens. «Moi, j’ai toujours été assis à côté de David Rockfeller, raconte le baron Seillière. Sympa, vraiment. Un jour, je lui ai demandé s’il voulait resserrer des liens avec l’Europe… et prendre 10 % de mon groupe. Il a accepté. Rockfeller, ça fait glamour, non ?» Les réunions, toutes plénières, durent quatre-vingt-dix minutes. Elles sont animées par un modérateur, qui introduit la discussion pendant dix minutes, avant de laisser la parole aux participants. Le tout en anglais : c’est plus chic et ça évite de payer des interprétations simultanées. Puis commencent les échanges. Une lumière rouge s’allume quand une prise de parole dépasse les quatre minutes. Mais entre «gens de ce monde», dit un patron, «elle ne reste pas longtemps allumée, les BB’s ont du savoir-vivre».

    Les journalistes sont l’un des ciments du Bilderberg. Deux rédacteurs de l’hebdomadaire britannique The Economist jouent les scribes (à Versailles, c’est Gideon Rachman, correspondant à Bruxelles, qui s’y est collé). Ils compilent des actes de ce colloque un peu particulier où les propos ne sont «pas attribués», selon la formule. Les autres journalistes, eux, «ne sont pas invités en tant que tels, mais comme leaders d’opinion, précise un membre du comité de pilotage. Et ils sont priés de poser leur casquette à l’entrée». «Tous les grands directeurs de journaux du monde y ont été conviés au moins une fois», résume un des organisateurs. Mais aucun de ces médias, à l’exception, notable, de The Economist il y a dix-sept ans, n’y a consacré le moindre article. Comme le résume Nicolas Bey tout : «Le Bilderberg, c’est une superbe réunion, très méconnue, et qui gagne à le rester !» Tant pis pour l’information des citoyens. «Pourquoi n’y a-t-il pas d’articles sur le sujet ? s’interroge Lévy-Lang. Mais parce qu’il n’y a rien à dire. Une fois qu’on a dit comment ça marche et que rien ne s’y décide…»

    Rien ne s’y décide formellement, peut-être. Mais il s’y élabore du consensus parmi les élites politico-médiatico-économiques. Les participants ne se perdent pas en conjecture sur les vertus du libéralisme ou du libre-échange : elles vont de soi. Dans l’enceinte du club, on ne risque pas de s’étendre sur la fracture mondiale ou la montée en puissance des ONG. D’autant que les VIP du Bilderberg s’avèrent aussi des VRP multicartes. Beaucoup se retrouvent dans d’autres cénacles (lire encadré). Autant de rencontres souvent fermées qui scelleraient, selon leurs détracteurs, l’évolution des politiques internationales ou les agendas des réunions du FMI, de la Banque mondiale, de l’OMC, voire du G8. C’est la thèse d’un réseau de chercheurs altermondialistes, le Corporate European Observatory, qui l’a étayé dans un livre (2). «Le Bilderberg illustre la collusion structurelle entre l’élite des affaires et l’élite politique et médiatique», estime le Belge Geoffrey Gueuns, de l’université de Louvain (3), qui a travaillé sur la structure sociologique de ces clubs. Davignon ne le nie absolument pas : «Bilderberg a préfiguré le mélange, qui est aujourd’hui plus répandu, entre les politiques, les entrepreneurs, les universitaires et les journalistes.» Un pilier du club nuance : «On invite des gens de gauche. Sweeney, le président de l’AFL-CIO, est déjà venu. Jospin, Strauss-Kahn et Fabius aussi.» Pas de quoi tenir lieu de think tank gauchiste. Seillière lance, amusé : «C’est vrai que c’est pas Attac !»

    «Une coterie de ploutocrates, une internationale de la magouille»

    Les critiques les plus radicaux prêtent un rôle «décisif» au Bilderberg. L’opacité de ce club privé a un prix. Elle alimente les fantasmes de «conspirateurs» et laisse libre cours à des coïncidences troublantes (4)… James P. Tucker, un Américain militant de droite, consacre ainsi son énergie à pister et dénoncer cette «coterie de ploutocrates, une internationale de la magouille, financée avec l’argent du contribuable», souffle-t-il entre deux bouffées de cigarettes sans filtre. En mai, il logeait dans un hôtel à deux pas du Trianon, à Versailles, dans l’espoir de récupérer un dossier, une info.

    A 68 ans, Tucker se définit comme un «nationaliste», un «réac de droite», proche de Pat Buchanan, homme politique américain ultraconservateur. Il émarge au Spotlight, un hebdomadaire au vitriol, populiste et ultralibéral. Il ne faut pas pousser Jim Tucker trop loin pour qu’il liste l’impact du Bilderberg, façon X-Files. A l’écouter, en 1956, les BB’s auraient participé à la gestation du Traité de Rome. En 1975 à Cesme (Turquie), Margaret Thatcher y aurait été adoubée avant même d’être Premier ministre ; puis torpillée, en raison de son opposition à l’euro. En 1991 à Baden-Baden, un gouverneur américain alors inconnu, Bill Clinton, aurait été intronisé comme futur président de son pays. En 2002, Donald Rumsfeld, secrétaire d’Etat américain à la Défense, y aurait planifié l’intervention en Irak. Et en 2003, à Versailles, Giscard aurait réservé aux BB’s l’avant-première de sa Constitution européenne…

    Tout cela est évidemment contesté par les membres du club. Etienne Davignon éclate de rire en évoquant ce «fantasme du cénacle des maîtres du monde» : «Ça n’est pas grave parce que ça n’est pas vrai. Quand le gouverneur Clinton est venu nous expliquer comment il allait gagner l’élection présidentielle, personne ne l’a cru… Ce qui est vrai, en revanche, c’est qu’il s’agit de privilégiés qui occupent des positions sociales et politiques.» Et qui savent très bien les monnayer .

    (1) Il y a eu deux éditions en 1955 et 1957. La rencontre de 1976 a été annulée, après l’implication du prince Bernhard dans le scandale Lockheed. Le Club s’est réuni en France à cinq reprises : Barbizon (1955), Cannes (1963), Megève (1974), Evian (1992), Versailles (2003).
    (2) Europe Inc., publié en 1999 aux Pays-Bas, et traduit en France en 2000 (Agone Editeur).
    (3) Auteur, en 2003, de Tous Pouvoirs confondus aux éditions EPO.
    (4) Voir notamment le site bilderberg.org

    Source : www.liberation.fr/economie/2003/08/05/messes-basses-entre-maitres-du-monde_441431

(…)

  • La treizième rencontre de Bilderberg se tiendra du 20 au 22 mars à Williamsburg (Virginie)
    Par Le Monde, le 20 mars 1964
    Williamsburg (Virginie), 19 mars (A.F.P.). — La treizième rencontre de Bilderberg sur les affaires internationales, ainsi appelée du nom du château où se tint la première de ces réunions, se tiendra cette année à Williamsburg du 2C au 22 mars. Les travaux seront présidés comme à l’habitude par le prince Bernhard des Pays-Bas; Une centaine de personnalités américaines et étrangères, représentant les administrations gouvernementales, l’industrie, le patronat, le monde du travail, l’enseignement et de nombreux autres champs d’activité humaine, sont attendus.Au nombre des participants à la prochaine réunion on relève, pour les États-Unis, les noms de MM. George Ball, sous-secrétaire d’État ; Dean Acheson, ancien secrétaire d’État ; Arthur H. Dean, David Rockefeller et H. J. Heinz II ; pour l’Europe occidentale, ceux de MM. Joseph Luns, ministre des affaires étrangères des Pays-Bas ; Gaston Defferre, Antoine Pinay, Sicco L. Mansholt, Dirk U. Stikker, secrétaire général de l’O.T.A.N. ; Denis Healey, Marcus Wallenberg, Fritz Erler et Wilfrid Baumgartner.L’ordre du jour portera sur les relations politiques, militaires et économiques de la Communauté atlantique, ainsi que sur les récents événements survenus dans lé monde communiste.En vue de garder aux réunions de Bilderberg leur caractère non officiel, les sessions seront privées et un seul bref communiqué sera publié à leur issue.
    Source : www.lemonde.fr/archives/article/1964/03/20/la-treizieme-rencontre-de-bilderberg-se-tiendra-du-20-au-22-mars-a-williamsburg-virginie_2119996_1819218.html?xtmc=bilderberg&xtcr=42
  • Quatre-vingt-dix personnalités occidentales ont participé à la conférence de Bilderberg
    Par Le Monde, le 2 avril 1963
    Quelque quatre-vingt-dix personnalités du monde occidental, appartenant aux milieux gouvernementaux, politiques et économiques ont participé à titre strictement privé, de vendredi à dimanche à Cannes, à la conférence de Bilderberg. Cette rencontre qui se déroule chaque année depuis 1954, sous la présidence du prince Bernhard des Pays-Bas, est ainsi nommée d’après l’hôtel où elle se tint pour la première fois. Le secret absolu imposé aux participants leur permet de s’exprimer avec une liberté tout à fait inhabituelle dans des réunions de ce genre et contribue largement à l’intérêt et au succès de cette confrontation, dont le but essentiel est de parvenir à une meilleure compréhension des vues des uns et des autres.Au nombre des invités du prince se trouvaient cette année MM. Edward Heath, lord du sceau privé, dont les interventions,…
    (Lire la suite…)
    Source : www.lemonde.fr/archives/article/1963/04/02/quatre-vingt-dix-personnalites-occidentales-ont-participe-a-la-conference-de-bilderberg_2205680_1819218.html?xtmc=bilderberg&xtcr=44
  • Les ministres des Six vont tenter de faire sortir le Marché commun de l’ornière
    Par Pierre Drouin, Le Monde, le 2 avril 1963
    En quittant dimanche l’hôtel Martinez, à Cannes, où venait de s’achever le  » colloque Bilderberg « , au cours duquel les entretiens secrets entre de nombreuses personnalités politiques et du monde des affaires de l’Occident avaient notamment porté sur la crise européenne, M. P. H. Spaak déclara :  » Il faut tâcher d’entrer dans une période positive. Pour la Communauté européenne le temps des récriminations est terminé. « Le ministre belge des affaires étrangères sera-t-il entendu ? Les Allemands, en tout cas, partagent son sentiment, et ils ont fait inscrire à l’ordre du jour du conseil des ministres qui s’ouvre lundi à Bruxelles, on le sait, un  » examen de la situation actuelle de la Communauté « , à l’occasion duquel des conversations très franches pourraient se poursuivre. À propos des dossiers en instance, on saura très vite en tout cas si un certain nombre d’abcès peuvent être crevés.
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    Source : www.lemonde.fr/archives/article/1963/04/02/les-ministres-des-six-vont-tenter-de-faire-sortir-le-marche-commun-de-l-orniere_2205805_1819218.html?xtmc=bilderberg&xtcr=45
  • Le colloque secret de Bilderberg rassemble plusieurs ministres et personnalités de l’Ouest
    Par Le Monde, le 30 mars 1963
    Nice, 29 mars. – Le colloque de Bilderberg, qui réunit annuellement – parfois tous les six mois – des personnalités du monde politique et économique, s’est ouvert vendredi matin à Cannes. Organisé sur l’initiative du prince Bernhard de Lippe, ses travaux ultra-confidentiels se dérouleront jusqu’à dimanche. Pendant le temps qu’ils dureront, aucun des cent cinquante participants réunis à Carmes, au Martinez, ne quittera l’hôtel.Le prince Bernhard des Pays-Bas, accompagné de la princesse Béatrix et de sa mère, sont arrivés à Nice jeudi à bord d’un avion de la marine royale hollandaise, en même temps que M. Samkelden, ancien ministre des finances, et M. Van den Beugel, ancien président de la K.L.M.Sont arrivés le même jour un sous-secrétaire d’Etat à la défense des Etats-Unis, qui a refusé catégoriquement de donner son nom. et…
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    Source : www.lemonde.fr/archives/article/1963/03/30/le-colloque-secret-de-bilderberg-rassemble-plusieurs-ministres-et-personnalites-de-l-ouest_2217725_1819218.html?xtmc=bilderberg&xtcr=46
  • Heath et George Ball assisteront à la réunion de Bilderberg
    Par Le Monde, le 28 mars 1963
    Il a été annoncé mercredi à Londres et à Washington que M. Heath, lord du sceau privé, et George Ball, sous-secrétaire d’État des États-Unis, assisteraient du 29 au 31 mars à Cannes à la réunion de Bilderberg.Ces rencontres, ainsi nommées d’après l’hôtel où se déroula la première en 1954, sont organisées à l’initiative du prince Bernhard des Pays-Bas. Elles mettent en présence chaque année dans une ville différente des personnalités de premier plan de la vie politique et économique des pays occidentaux. L’ordre du jour et la liste des participants sont confidentiels et les discussions se déroulent à huis clos de manière à permettre une confrontation très franche des points de vue sur la meilleure manière d’assurer la paix et la cohésion des pays libres.
    Source : www.lemonde.fr/archives/article/1963/03/28/mm-heath-et-george-ball-assisteront-a-la-reunion-de-bilderberg_2215217_1819218.html?xtmc=bilderberg&xtcr=47
  • L’avenir de l’Europe sera au centre des entretiens secrets du « groupe Bilderberg »
    Par Dominique Birmann, Le Monde, le 21 mai 1962
    Stockholm, 19 mai. – Tandis qu’à l’écoute des échos de Bruxelles elle suppute anxieusement ses chances auprès de la commission européenne, la Suède hypersensible, allant de l’espoir au doute, abrite les débats du groupe Bilderberg. Fondé en 1952 sur l’initiative du prince Bernhard de Hollande, qui en assure la présidence, ce cercle très fermé réunit périodiquement des hommes politiques, des financiers et des experts économiques ouest-européens et nord-américains des plus influents.Dans le cadre cossu du Grand Hôtel balnéaire de Saltsjœbaden où naquit l’association de libre-échange, et qui a été pour l’occasion fermé au public, et ceint d’un cordon de police, des ministres, MM. Ball (États-Unis), Heath (Grande-Bretagne), Fayot (Belgique), Lange (Norvège), l’ancien ministre américain des affaires étrangères Dean Acheson, M. Petitpierre, qui fut jusqu’à l’an dernier le chef du département politique de la Confédération helvétique, de grands financiers et industriels, le roi du pétiole américain Jacob Bleustein, James et David Rockfeller et des dizaines d’autres, discutent de la situation mondiale et surtout des rapports de l’Europe, des États-Unis et des Nations unies. On peut penser qu’il est beaucoup question des récents propos du général de Gaulle, et de l’adhésion de la Grande-Bretagne au Marché commun. M. Ball a confirmé son optimisme à ce sujet, jeudi, en arrivant à Stockholm.
    Source : www.lemonde.fr/archives/article/1962/05/21/l-avenir-ie-l-europe-sera-au-centre-des-entretiens-secrets-du-groupe-bilderberg_2347803_1819218.html?xtmc=bilderberg&xtcr=48
  • George Ball attendu en Europe
    Par Le Monde, le 15 mai 1962
    Washington, 14 mai (A.F.P.). – Le sous-secrétaire d’État, M. George Ball fera, du 16 au 23 mai, un voyage en Europe occidentale. Il s’entretiendra le 17 à Copenhague avec divers membres du gouvernement danois, puis se rendra en Suède, à Saltjosbaden, pour y participer à la conférence du Bilderberg, rencontre annuelle de personnalités privées, présidée par le prince Bernhard des Pays-Bas. Les discussions porteront essentiellement sur les rapports de l’O.T.A.N. et de l’O.N.U. et sur la coopération entre l’Europe et les États-Unis.
    Ball quittera Stockholm le 19 pour Paris, où, après une série d’entretiens avec les membres de l’ambassade des États-Unis, il se peut qu’il ait des conversations avec certains ministres. On s’attend généralement que ces discussions porteront sur les problèmes atlantiques et sur les questions du Marché commun.
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    Source : www.lemonde.fr/archives/article/1962/05/15/m-george-ball-attendu-en-europe_2349574_1819218.html?xtmc=bilderberg&xtcr=49
  • Pinay participe en Géorgie à une réunion du  » groupe Bilderberg  »
    Par Le Monde, le 19 février 1957
    Saint-Simons-Island (Géorgie), 13 février (A.F.P.). – Une réunion de plusieurs personnalités des pays membres de l’O.T.A.N., dite réunion du  » groupe Bilderberg « , se tient actuellement dans le plus grand secret et sans aucun caractère officiel, dans un hôtel de Saint-Simons-Island.Les organisateurs de cette réunion ont indiqué à la presse que les personnalités qui y prennent part ont pour dessein un rapprochement des points de vue des différents pays sur les questions intéressant l’organisme international. Le secret est exigé afin de permettre aux personnalités présentes de s’exprimer librement sans les contraintes que leur imposeraient normalement leurs fonctions officielles.On note parmi ces personnalités, du côté américain : M. Thomas Dewey, ancien gouverneur de New-York ; les sénateurs William Fulbright (démocrate), et Alexander Wiley (républicain). Du côté français : M. Pinay. Du côté belge : M. Van Zeeland. Pour la Grande-Bretagne : le vicomte Kilmuir, lord chancelier. Pour l’Allemagne occidentale : M. Kurt Kiesinger, conseiller du chancelier Adenauer.
    Source : www.lemonde.fr/archives/article/1957/02/19/m-pinay-participe-en-georgie-a-une-reunion-du-groupe-bilderberg_2327839_1819218.html?xtmc=bilderberg&xtcr=50
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