Agriculture sous la dictature du Marché et de la mondialisation

Intro :

Le 13 septembre 1961, Edgard Pisani (1918-2016), alors ministre de l’agriculture dans le gouvernement de Michel Debré puis Georges Pompidou, et qui deviendra commissaire européen chargé du développement (1981-1985), expliquait devant les députés de l’assemblée nationale le modèle et la voie que l’agriculture devait suivre selon lui.

  • Edgar Pisani, à la tribune de l’assemblée nationale (13/09/1961) : « … Vous produisez peut-être le meilleur produit, mais ce n’est pas celui-là que l’on veut ; et en définitive, produisez ce que le marché mondial vous demande !
    (applaudissements)
    Si demain – et l’on excusera ma boutade -, le lait doit être rouge pour être vendu, ou les pommes carrées, il faudra que l’Institut national de la recherche agronomique [INRA] se consacre à cela pour que nous puissions fabriquer des produits qui se vendent… »

 

Extrait archive radio du discours Edgard Pisani, 13/09/1961 :

Note :

On aurait apprécié que ce ministre de l’agriculture fut traversé soudain par une pensée un tant soit peu poétique, comme Eluard quand il affirmait que « la terre est bleue comme une orange« .

Mais hélas, pas le moindre soupçon de poésie dans la bouche du ministre Pisani.
Sa parole portait une vision, un modèle dans lequel les agriculteurs étaient appelés à se plier déjà à toutes les exigences du marché et à sa loi cupide, afin de trouver des  débouchés nouveaux pour une agriculture de plus en plus productiviste. Et non qualitative, comme le souligne lui-même le ministre Edgard Pisani.

Les exigences du marché et non pas celles des consommateurs, qui auraient privilégié des produits nutritionnellement de qualité et bénéfiques pour leur santé, à court, moyen et long termes, si les tenants du marché n’avaient pas privilégié leurs propres intérêts mercantiles.

Une agriculture soumises aux exigences des firmes, toujours promptes à développer de nouveaux concepts, à fabriquer de nouveaux produits destinés à créer de nouveaux besoins inutiles chez les  consommateurs. Et ainsi, développer de toutes pièces des marchés puis conquérir de nouvelles parts afin d’engranger toujours plus de dividendes, sans se soucier des externalités négatives (pollutions, maladies chroniques dites de « civilisation »…).

La mondialisation était déjà enclenchée. Le catéchisme néolibéral (le marché, encore le marché, rien que le marché, soi-disant sans aucune alternative possible) diffusait son venin. Le ver était dans la pomme, et pour longtemps.

Depuis plus d’un demi-siècle, la plupart des dirigeants politiques se sont agenouillés, couchés, devant les injonctions, les diktats des grands groupes de l’industrie agroalimentaire, leur propagande, leurs intérêts. Des intérêts qui vont à l’encontre de ceux  des agriculteurs eux-mêmes (endettés, empoisonnés et malades, suicidés…) et bien entendu des consommateurs.
Car la malbouffe elle est l’un des fruits pourris de cette agriculture mondialisée, industrialisée à outrance qui a condamné et tué les petites exploitations, qui a empoisonné les sols, les rivières et les nappes phréatiques, l’air, la santé des populations à la campagne.

Un demi-siècle après le discours du ministre Pisani, l’aveuglement, et bien souvent la complicité, passive ou active, des dirigeants politiques au niveau national et européen est plus que jamais d’actualité.
Encore récemment, les impératifs de la productivité, du marché, servaient de prétexte à l‘Union européenne pour autoriser pour cinq ans supplémentaires l’utilisation de l’herbicide controversé glyphosate, inventé par Monsanto et cancérogène probable.

Les intégristes du Marché, servis par les politiques à genoux, ont encore un avenir radieux.

 

 

Revue de presse :

  • Décès d’Edgard Pisani, «républicain détaché des querelles partisanes»
    Par Amaury Peyrach’, Le Figaro, avec AFP, AP, Reuters Agences, le 21 juin 2016
    Résistant, préfet, sénateur puis ministre du Général de Gaulle, il a été l’artisan de la modernisation de l’agriculture française en 1962. Il s’est éteint, lundi soir, à 97 ans.
    (…)
    Parallèlement à ses mandats, Edgard Pisani devient ministre de l’Agriculture du gouvernement Michel Debré en 1961, poste qu’il gardera auprès de Georges Pompidou jusqu’en 1966. Il sera, à cette époque, à l’origine de la loi de modernisation de l’agriculture française, et participera à la mise en place de la Politique agricole commune (PAC) au sein de la Communauté Economique Européenne (CEE).
    (…)
    Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2016/06/21/01002-20160621ARTFIG00311-deces-d-edgard-pisani-republicain-detache-des-querelles-partisanes.php
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De la guerre pour les élites, contre les peuples

Les guerres n’ont jamais pour motivation de défendre les intérêts des peuples. Mais plutôt de protéger les privilèges de grandes familles fortunées et faire prospérer les profits des marchands de canons. Ceci avec la complicité assumée de la plupart des dirigeants politiques, dont le métier, la mission, est de se faire élire afin que surtout rien ne change.

Documents :

  • Là-bas si j’y suis
    Par Daniel Mermet, France inter, le 10 février 2014
    On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels !

    Alors que commence la commémoration de la première Guerre Mondiale , la phrase d’Anatole France va être utile dans la guerre des tranchées qui s’annonce entre ceux qui déplorent la guerre comme un mal fatal et ceux qui trouvent des causes dans le système capitaliste, en dehors de la volonté et de la conscience des capitalistes eux-mêmes. L’assassinat de Jean Jaurès le 30 juillet 1914 et l’Union Sacrée pour la guerre allaient ruiner le mouvement progressiste. Dans la Grammaire des Civilisations (1963), Fernand Braudel écrit:

    On a le droit d’affirmer que l’Occident, en 1914, AUTANT QU’AU BORD DE LA GUERRE, SE TROUVE AU BORD DU SOCIALISME. Celui-ci est sur le point de se saisir du pouvoir et de fabriquer une Europe moderne (…). En quelques jours, en quelques heures, la guerre aura ruiné ces espoirs.

    Explications avec l’historienne Annie LACROIX-RIZ et reportage à Verdun. Reportage : Antoine Chao
    (…)
    Source : https://www.franceinter.fr/emissions/la-bas-si-j-y-suis/la-bas-si-j-y-suis-10-fevrier-2014

  • La première guerre mondiale en 19 dates-clés
    Offensive sur le front de Notre-Dame-de-Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), le 15 avril 1915.

    Offensive sur le front de Notre-Dame-de-Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), le 15 avril 1915. (AFP )

    Les commémorations du centenaire de 1914-1918 débutent cette année. Francetv info rafraîchit votre mémoire sur le déroulement de la Grande Guerre.
    Près de dix millions de morts dans le monde et un déluge de feu sans précédent. La première guerre mondiale (1914-1918) a bientôt 100 ans. La France commémore, dès le 11 novembre 2013, le centenaire de ce conflit sanglant qui a coûté la vie à près d’un million et demi de Français.

    A la veille de la guerre, les grandes puissances européennes sont soudées par des alliances dans deux « camps » principaux : d’un côté, la Triple-Entente (France, Royaume-Uni, Russie) et de l’autre, la Triple-Alliance, ou Triplice (empire allemand, empire austro-hongrois et Italie). Voici, en 19 dates-clés, les principales étapes de cette guerre, la plus meurtrière de l’histoire de France.

    Dans un souci de lisibilité, nous avons concentré cet article sur le front ouest-européen, où les pertes humaines et les dégâts matériels furent les plus importants.

    (…)
    Source : https://www.francetvinfo.fr/societe/guerre-de-14-18/la-premiere-guerre-mondiale-en-19-dates-cles_448764.html

Publié dans Allemagne, Banque & finance, Capitalisme, Europe, Forces armées, France

Guerre au Sahel contre le terrorisme (et pour l’uranium…)

Description de cette image, également commentée ci-après

Mardi et jeudi derniers, le Mali a encore été la cible d’attentats meurtriers, visant des soldats maliens et des casques bleus de l’ONU.
Hier, vendredi 2 mars, un attentat a causé la mort de 30 personnes à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

Comme le rappelle la page Wikipédia dédiée, la guerre du Mali est un conflit armé qui a lieu depuis 2012, à la suite d’une insurrection de groupes salafistes djihadistes et indépendantistes pro-Azawad. Elle s’inscrit dans le contexte de la guerre du Sahel et des rébellions touarègues contre l’État malien.
Le conflit est une des conséquences de la guerre civile libyenne : après le renversement du régime de Kadhafi, des arsenaux militaires sont pillés par des groupes armés, tandis que des mercenaires touaregs au service de la Jamahiriya arabe libyenne fuient vers le Sahara et rejoignent des mouvements rebelles avec armes et bagages.

Le 15 janvier 2013, François Hollande lançait l’opération militaire Serval. Elle s’est achevée en juillet 2014 pour être remplacée, à partir du 1et août 2014, par l’opération Barkhane (qui prenait le relais également de l’opération Epervier déclenchée en 1986 pour protéger les intérêts français au Tchad…).

Le Mali et le Burkina Faso sont les cibles des terroristes djihadistes car ils sont devenus les deux maillons faibles de la région du Sahel dont les ressources, notamment en matières premières, représentent des enjeux stratégiques pour les puissances étrangères.

Bien entendu, il n’est pas question ici de faire l’apologie des agissements violents et criminels de groupuscules et d’organisations qui terrorisent en premier lieu les populations locales, prises dans entre les mâchoires d’intérêts mafieux et géopolitiques.

L’objet est ici – comme pour toute autre intervention militaire, par exemple la Syrie  -, de rappeler très modestement certains éléments d’information trop souvent oubliés, occultés, voire niés.

En effet, les motivations réelles des chefs d’Etats, des gouvernements qui animent leurs politiques étrangères et opérations militaires extérieures (coûteuses en vies humaines et en ressources publiques) ne relèvent pas aussi souvent qu’ils le claironnent, de défendre la démocratie, de lutter contre les dictateurs ou de vouloir émanciper,  libérer les peuples (dont ils se fichent bien souvent).

A propos de l’intervention de la France au Mali, en juillet 2013 sur France inter (voir Revue de presse, ci-dessous), un député allemand de la CDU, Günther Krichbaum, président de la commission des Affaires européennes au Bundestag, évoquait de manière très claire et très franche, les raisons profondes de l’intervention militaire française lancée par François Hollande : tenter d’éviter que le conflit malien déstabilise plus largement la région du Sahel, au risque de mette en péril une des sources stratégiques d’approvisionnement d’uranium pour l’industrie nucléaire hexagonale.

Comme l’évoquait l’écrivain Anatole France dans une lettre adressée à Marcel Cachin, directeur du journal communiste L’Humanité publiée le 18 juillet 1922, et dans laquelle il recommandait le livre de Michel Corday, Le Journal de la Huronne. Tome 1 : Les Hauts Fourneaux (1922) qui souligne la responsabilité des grands propriétaires privés dans les guerres : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels. »

Revue de presse :

  • L’invité de 8h20
    Par Patrick Cohen, France inter, le 22 janvier 2013
    En direct de l’Institut français à Berlin, Patrick Cohen s’entretient avec ses invités du jour :
    Günther Krichbaum, député CDU,Président de la commission des Affaires européennes au Bundestag
    Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux Affaires européennes[à partir de 07:25]

    Patrick Cohen :
    « Bernard Cazeneuve, sur le Mali, est-ce que vous n’avez pas eu le sentiment depuis une semaine, qu’aux yeux des Allemands, du gouvernement allemand, de vos amis allemands, l’intervention au Mali reste une affaire française ?

    Bernard Cazeneuve :
    « Pas du tout. Nous avons eu trois étapes dans le déclenchement de cette opération [argumentation, etc.]
    (…)

    « [à partir de 09:30 à 13:16]
    Patrick Cohen : « On l’a entendu dans les rangs mêmes de la CDU d’Angela Merkel où certaines voix se sont élevées pour dire que le gouvernement allemand pourrait en faire un peu plus. Qu’en pensez-vous Günther Krichbaum ? Le gouvernement allemand en fait assez aux côtés de la France dans cette intervention au Mali, en Afrique ?

    Günther Krichbaum :
    « Tout d’abord, je peux bien comprendre l’intervention de la France. C’est une intervention d’urgence, si vous voulez. Et aussi la France est menacée, pas seulement dans ces circonstances au Mali… on doit regarder toute la région. Il y a justement à côté, le Niger et d’autres pays. Et si on voit aussi les intérêts de la France, prenez par exemple un pays comme le Niger, il y a des matières premières comme l’uranium et c’est indispensable… Deux tiers de l’uranium de la France sont d’origine du Niger. Et si on ne peut pas empêcher, c’est l’effet domino…

    Patrick Cohen :
    ça, ce n’est pas dans le discours du gouvernement français, là… ! Vous êtes en train de mettre dans l’embarras votre vis-à-vis Bernard Cazeneuve… parce que justement, la France prétend que ça n’est pas pour des intérêts économiques qu’elle intervient en Afrique… Mais je vous laisse terminer…

    Günther Krichbaum :
    « [Rires…] ..On doit aussi regarder les intérêts. Et il faut aussi empêcher cet effet domino. Comme ça, on peut bien comprendre les intérêts. Là, il faut être honnête ! D’un côté, on ne peut pas célébrer un jour comme aujourd’hui, et d’un autre côté ne pas montrer la solidarité. C’est indispensable. Parce que c’est aussi un contenu de ce traité de l’Elysée, de coopérer dans des affaires étrangères et aussi dans les affaires de défense ; et si on regarde aussi les résultats jusqu’à aujourd’hui, on peut développer toutes les ressources de ce traité.

    Patrick Cohen :
    « Et donc la solidarité, elle s’exprime de façon suffisamment forte aujourd’hui, ou ça peut monter en puissance ? »

    Günther Krichbaum :
    « On peut le voir, parce qu’il y a un soutien logistique – vous l’avez mentionné -, ces avions Transall, ces machines Transall ; et aussi en Allemagne, nous avons un certain défi, c’est-à-dire – et ça dépend de la qualité de ce mandat – que le Budenstag doit aussi agréer ça maintenant sur un soutien logistique, et si c’est plus, c’est le Budenstag qui doit décider, aussi pour des raisons constitutionnelles, du droit constitutionnel. »

    Patrick Cohen :
    « Bernard Cazeneuve… »

    Bernard Cazeneuve :
    « …Juste un mot sur l’intervention de la France au Mali. Parce que j’entends aussi des éditorialistes, parfois des hommes politiques sur la question de l’intervention au Mali de la Françafrique, faire des confusions qui ne doivent pas avoir lieu… Nous, nous sommes intervenus au Mali tout simplement parce qu’il y a un risque terroriste qui ne menace pas la France, qui menace toute la région du Sahel et toute l’Europe.
    Si nous devions avoir une non-maîtrise de la situation au Mali, une dissémination du risque terroriste, c’est l’Europe dans son ensemble qui s’en trouverait frappée. Et c’est parce que nous étions confrontés à cette urgence, que l’intégrité territoriale du Mali est remise en cause, c’est un risque de dissémination terroriste dans tout le Sahel et dans toute l’Europe, que nous avons pris cette responsabilité. Nous n’avons aucun intérêt économique au Mali. Ce que nous avons fait, nous l’avons fait pour cette raison. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a au sein de l’Union européenne, bien avant  notre intervention, une coordination des actions, et après une intervention à soutien. »
    (…)
    Source : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite/l-invite-22-janvier-2013

  • Mali. La France a-t-elle des intérêts cachés ?
    Par Gaël Cogné, France Télévisions, mis à jour le
    Le Mali est au cœur du Sahel. Une région qui est devenue un important enjeu géostratégique, mais aussi économique.
    (…)
    Peu d’intérêts économiques au Mali
    Quels seraient ces intérêts économiques que la France voudrait défendre au Mali ? Ce pays figure parmi les 25 plus pauvres du monde, 80% de la population travaille dans le secteur primaire et le pays est surtout connu pour ses exportations de coton. Le Mali avait bien cherché à développer le tourisme avec des sites comme les mausolées de Tombouctou et la falaise des Dogons, mais ce secteur a été mis à terre par le conflit.
    (…)
    De l’uranium stratégique au Niger
    Cependant, si la France n’a pas franchement d’intérêts économiques au Mali, elle en a dans la sous-région. A commencer par l’uranium nigérien. C’est dans ce pays cousin du Mali qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a entrepris deux spectaculaires prises d’otages. La première a été menée à Arlit en 2010 : sept personnes enlevées dont cinq Français. Une seconde a visé deux jeunes Français en pleine capitale, à Niamey, en 2011, et s’est achevée par leur mort.

    Or, l’uranium nigérien est nécessaire à Areva. L’entreprise française y est présente depuis quarante ans, rappelle son site. Un tiers de sa production vient des deux mines en activité. Des sites stratégiques.Le Niger est un pays qui, comme le Mali, a connu des rébellions touareg et aurait pu être menacé par leur retour de Libye. Pour l’instant, leur dévolu s’est jeté sur le Mali, le Niger ayant eu l’idée de mener une politique d’intégration. Ainsi, le Premier ministre est un Touareg, rappelle Slate Afrique.

    Toutefois, si Bamako tombait aux mains des islamistes, la fièvre rebelle pourrait se révéler contagieuse. En somme, comme le souligne l’Observatoire du nucléaire sur Rue89 : la France pourrait chercher à sécuriser son approvisionnement en uranium.

    Au-delà du seul Niger, le Sahel
    D’autant que le Mali se trouve en plein cœur du Sahel, dont les ressources aiguisent les appétits. Cette vaste région qui borde le sud du Sahara était hier considérée comme inutile, sans ressources et condamnée à une succession de crises alimentaires et conflits armés. Mais depuis 2003, le Tchad peut exploiter son pétrole qu’il exporte via le Cameroun. La Mauritanie en 2006 et le Niger en 2007 sont aussi entrés dans le cercle des pays producteurs. Par ailleurs, l’or est maintenant exploité dans toute la région, le cuivre et le fer en Mauritanie, le zinc au Burkina Faso et bientôt le zircon et l’ilménite au Sénégal : autant de nouveaux contrats miniers. La France veut éviter que la chute du Mali aux mains des islamistes vienne déstabiliser toute la région.

    Surtout que le Sahel a réveillé l’intérêt de grandes puissances sous la pression de la demande chinoise en matières premières, rappelle un article du chercheur Frédéric Deycard, dans Question internationales. De nombreux pays se sont intéressés de près aux ressources sahéliennes. On retrouve la Chine qui investit massivement dans la région, mais aussi le Canada et des pays du Golfe. Parmi eux, le Qatar est même soupçonné d’avoir soutenu des jihadistes au Nord-Mali, selon Marianne. Ce regain d’intérêt s’est d’ailleurs accompagné d’une perte d’influence des anciennes puissances coloniales dans la région. Dans tout ce chamboulement, la France a peut-être aussi été tentée d’intervenir pour protéger ses intérêts dans les pays voisins, et réaffirmer son influence dans son « pré carré ».

    Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/mali/mali-la-france-a-t-elle-des-interets-caches_204889.html

Publié dans Afrique, Allemagne, France

Syrie, c’est reparti !

Si John Kerry, l’ancien secrétaire d’Etat américain du président Barack Obama, a dû renoncer à faire tomber le dirigeant syrien Bachar el-Assad, son successeur, Rex Tillerson a repris le drapeau, la canonnière et la propagande du « gros bâton » américain (Big stick).

Méditerranée orientale, nouvel eldorado gazier

Bien entendu, le passage du nouveau secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, au poste de Président-directeur général d’ExxonMobil de 2006 à 2016, n’a absolument aucun rapport avec les enjeux économiques et géopolitiques que représentent les « réserves gazières gigantesques » détectées en Méditerranée depuis au moins ces dix dernières années… ; un « nouvel eldorado gazier », plus particulièrement dans la partie orientale de la mer Méditerranée (voir collection Le Dessous des cartes, Arte, diffusé en mai 2014 : Méditerranée : les batailles du gaz).

Dès 1999, deux premiers petits gisements de gaz ont été repérés au large des côtes israéliennes d’Ashkelon, puis à partir de 2008-2009, les gisements de Tamar et surtout Léviathan exploités par Israël et la compagnie américaine Nobel Energy.
Des gisements importants de gaz ont été également détectés au large du Liban, de l’Egypte, de l’île de Chypre, sans oublier d’importantes réserves potentielles en cours d’exploration au large des côtes de la Grèce en mer ionienne et de son île crétoise (dossier complet prochainement).

Car dans cette région de la planète, la question géostratégique des hydrocarbures reste centrale.

Syrie, plateforme de transit de pipelines

Sans même envisager l’existence de sites gaziers potentiels au large de ses côtes, la Syrie représente un intérêt majeur pour le transit de pipelines et autres gazoducs.

Parmi les projets évoqués parfois dans les médias,  citons l’Arab gas pipeline, acheminant le gaz égyptien vers la Jordanie avec une extension vers la Turquie via la Syrie, infrastructure citée comme un projet stratégique par le gouvernement égyptien.

Citons également le projet de gazoduc Qatar-Turquie (« Islamic gas pipeline ») destiné à acheminer le gaz d’un des plus grands gisements au monde qu’exploite, chacun de leur côté, le Qatar (North Dome) et l’Iran (South Pars).

Cet enjeu des gazoducs destinés à transiter par la Syrie et qui pourraient expliquer – tout au moins en partie -, le conflit qui ravage la Syrie et plus largement la région, mérite d’être évoqué.

Ainsi, en février 2016, France 2 diffusait dans le magazine Un oeil sur la planète, un numéro consacré à la guerre en Syrie intitulé « Syrie : le grand aveuglement » avec notamment un reportage intitulé « Les dessous d’un conflit » évoquant la « place stratégique » qu’occupe « la Syrie sur la route de l’énergie ».
Deux cartes évoquaient les tracés de projets de gazoducs, transitant par la Syrie et allant jusque vers la Grèce via l’île de Crète :

Un Oeil sur la planète (France 2, 19 février 2016)

Un Oeil sur la planète (France 2, 19 février 2016)

Des projets de tracés qui ne sont pas sans rappeler le projet gigantesque de gazoduc sous-marin The Eastern Mediterranean (EastMed) du programme IGI Poséidon qui rassemble les firmes Edison, filiale italienne d’EDF, et Depa, la compagnie de gaz grec (menacée de privatisation…).
Un projet déclaré d’intérêt européen et co-financé par l’Union européenne, en cours d’étude de faisabilité, entre Israël, Chypre, Crète et Grèce continentale puis Italie afin d’approvisionner l’Europe, en remplacement du gaz russe dont le transit via l’Ukraine a été bloqué par le conflit.

IGI Poséidon projects (EastMed, IGB, Poséidon)

Pour quitter ces projets gaziers, prévus à court, moyen ou long terme, et revenir à la Syrie, force est de constater que les dirigeants américains, fortement conseillés par le puissant et très influent lobby militaire étatsunien, ont donc toujours pour objectif de dégager Bachar el-Assad.

Pour mémoire, le budget militaire américain, supérieur à 600 milliards de dollars par an, est 3 fois supérieur au budget militaire annuel chinois et 8 fois supérieur à celui de la Russie.

L’objectif de dégager le dictateur Bachar el-Assad n’est probablement pas motivé uniquement par les nobles questions de démocratie et de liberté – comme claironné systématiquement par les Etats-Unis, afin de prétexter et de justifier l’avancée et l’élargissement de la sphère d’influence de l’Otan, bras armé pour renverser des Etats et autres gouvernements étrangers qui ont le tort notamment de ne pas s’incliner assez vite devant les intérêts capitalistiques de leurs firmes nationales.

Un objectif motivé beaucoup plus pragmatiquement afin d’imposer la sacro-sainte et dogmatique loi du marché et d’un néolibéralisme qui ne supporte aucune alternative, pour pouvoir faire la part toujours plus belle aux actionnaires des grandes firmes et autres grands groupes (spécialisés dans les hydrocarbures notamment), pour servir de juteux dividendes à une minorité de grandes fortunes qui concentrent de plus en plus les richesses créées collectivement.

Un néolibéralisme qui n’a de libéral que le nom étant donné que le projet de Grand moyen Orient envisagé par les dirigeants américains compte bien tenir à distance les autres pays en ce qui concerne les mirifiques contrats commerciaux, un vrai « Diktat des Etats-Unis », comme c’est déjà le cas à propos des perspectives commerciales en Iran : chasse gardée !

Syrie, dernière position russe à éliminer en Méditerranée

Enfin, un des objectifs des Etats-Unis en Syrie est de « nettoyer » le Proche et Moyen-Orient de toute présence russe et de tout gouvernement qui pourrait être un soutien (économique, militaire), effectif ou potentiel, à l’ancienne puissance soviétique.

Car – parenthèse – tôt ou tard, les pouvoirs économiques et militaires véritable gouvernement des Etats-Unis, comptent bien mettre la main sur la Russie ou plutôt sur les ressources gigantesque de ce pays, le plus grand au monde (17 millions de km²) et quasiment vide avec moins de 150 millions d’habitants (contre plus de 300 millions d’habitants pour les Etats-Unis sur une superficie de moins de 10 millions de km²), mais des ressources, actuelles et à venir dans l’Arctique, que convoite également la Chine, qui conteste de plus en plus la place de 1ère puissance mondiale aux Etats-Unis.

Concernant le Moyen-Orient, comme cela a été évoqué par le général américain Wesley Clark, en mars puis en octobre 2007 notamment sur le plateau de la chaine américaine de gauche Democracy Now !, l’ancien ancien général des Forces armées des États-Unis (qui dirigea notamment l’opération Allied Force durant la guerre du Kosovo en tant que commandant du grand quartier général des puissances alliées en Europe de l’OTAN de 1997 à 2000), dit avoir eu connaissance, quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001, de l’existence  d’un « mémo top secret du Secrétaire à la Défense » (poste occupé alors par Donald Rumsfeld), qui indiquait que George W. Bush, conseillé également par Richard « Dick » Cheney, vice-président (2001-2009) et accessoirement actionnaire de la firme Halliburton qui profita rondement de la guerre en Irak, se donnaient pour mission de « détruire les gouvernements dans 7 pays en 5 ans » en commençant par « l’Irak, et puis nous irons en Syrie, au Liban, en Libye, Somalie, au Soudan et en Iran ».

Or, pour le plus grand malheur des dirigeants des Etats-Unis qui veulent régner en seuls maîtres sur la région et ailleurs (à ce sujet revoir le discours de George Friedman de Stratfor en février 2015 sur l’impérialisme assumé des Etats-Unis), les Russes bénéficient depuis 1971 d’une base logistique à Tartous, dans le nord-ouest de la Syrie.

Une présence renforcée depuis que les députés russes ont ratifié fin 2017 un accord prévoyant l’agrandissement des installations portuaires militaires russes de  Tartous, afin d’en faire une base navale russe permanente…
Présence russe en Syrie – également  insupportable pour les militaires américains -, sur la base aérienne de Hmeimim située au sud-est de la ville de Lattaquié.

Tout sera donc envisagé, tenté, réalisé par les dirigeants successifs américains (Républicains comme Démocrates), afin d’atteindre ces objectifs en Syrie.

C’est la raison pour laquelle la question de l’utilisation d’armes chimiques par Bachar el-Assad revient sur le devant de l’actualité, poussant même le président français Macron à agiter la menace d’une intervention militaire française contre la Syrie…

Mais la mémoire semble manquer étrangement à ces va-t’en-guerre, ces petits chefs d’armées qui se rêvent en petits César, Napoléon, mais qui ne risquent jamais leur propre vie au cours des opérations militaires qu’ils décident depuis leurs bureaux dorés à Washington ou à Paris.

Concernant la Syrie, les preuves avérées et vraiment fiables manquent encore, comme l’indiquait hier matin, mardi 13 février, sur France culture, la polémologue Caroline Galactéros invitée de Guillaume Erner.

Par ailleurs, qui peut croire sérieusement que Bachar el-Assad et ses forces armées, surveillés très probablement de près par tous les moyens technologiques américains, se risquerait à utiliser de tels armes chimiques qui, automatiquement, justifieraient une attaque massive contre lui ?

Quant au président français Macron, il semble avoir oublié l’arnaque du plus gros fake news de l’histoire, concernant les armes de destruction massive que le dictateur irakien Saddam Hussein avait soi-disant en sa possession, et qui a surtout permis aux Etats-Unis de justifier la guerre illégale en Irak en 2003.

Une indignation à géométrie variable contre les dictateurs

Enfin, c’est oublier que les puissances occidentales, dirigeants américains en tête, n’ont pas hésité à fabriquer et vendre à des dictateurs des armes chimiques, utilisées ensuite contre des forces armées ennemies mais également destinées à être utilisées contre des populations civiles, causant de nombreuses victimes innocentes.
A cette époque, cela ne semblait pas choquer plus que ça les esprits, les consciences.

Comme le fait remarquer Pascal de Sutter, professeur de psychologie et chercheur à l’université de Louvain, également expert auprès de l’OTAN pour les questions de psychologie politique, lorsque dans son ouvrage Ces fous qui nous gouvernent (2008) il évoque le maintien assez absurde de l’embargo commercial des Etats-Unis contre le régime de Castro à Cuba qui ne représentait plus une menace depuis longtemps pour la puissance américaine : « la diplomatie américaine entretient d’excellents rapports avec la plupart des dictatures de la planète. »

Ce qu’en son temps, disait déjà cyniquement le président américain Franklin D. Roosevelt à propos du dictateur dominicain Rafael Trujillo, et qui concernait plus largement tous les coups d’Etat orchestrés par Washington (en Iran en 1953, au Guatemala en 1954, au Chili en 1973, etc.) pour renverser des gouvernements étrangers afin de placer des dirigeants fantoches qui avaient une sensibilité plus grande à l’égard des intérêts économiques et géostratégiques américains : « C’est peut-être un salopard, mais c’est notre salopard ! »

Car si la défense de la démocratie, contre les oppresseurs et les tyrans, était vraiment la réelle motivation première de la politique extérieure américaine, les Etats-Unis auraient dû depuis longtemps mettre l’Arabie saoudite – qui n’a à absolument rien envier à Daech -, sur la liste des pays de leur axe du mal, plutôt que d’en faire dans la région leur principal allié (pétrole oblige) et surtout client (armes dernier cri à exporter).

Enfin, concernant la question de l’utilisation des armes chimiques, n’oublions jamais qu’elles furent aussi fabriquées et vendues à des dictateurs qui – avant de devenir infréquentables  -, servaient il n’y a pas si longtemps encore, les intérêts des puissances occidentales et notamment ceux des Etats-Unis et de la France, au Moyen-Orient…

 

Revue de presse :

    • Irak: le Pentagone a caché la découverte d’armes chimiques
      Par C.G., L’Express, le
      L’armée américaine a trouvé des armes chimiques pendant la guerre déclenchée par George Bush après 2003, selon le New York Times. Mais elle en a caché la découverte, parce qu’elles avaient été produites lors de la guerre Irak-Iran, avec la complicité de certains pays occidentaux.
      Il y avait bien des armes de destruction massives en Irak lorsque les Etats-Unis sont intervenus dans le pays en 2003. Mais il ne s’agissait pas de celles que George Bush prétendait vouloir faire disparaître. Alors les Américains ont caché leur existence, révèle une enquête du New York Times publiée ce mercredi. Au risque de mettre en danger la santé des soldats américains et irakiens qui ont été au contact de ces agents chimiques.
      (…)
      Source : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/irak-le-pentagone-a-cache-la-decouverte-d-armes-chimiques_1611909.html
  • Irak
    Les armes chimiques que l’armée américaine aurait préféré ne pas trouver en Irak
    Par Christophe Guirard, avec AFP et New York Times CNews, le 16 octobre 2014

    Trouver et détruire les armes chimiques et de destruction massive du régime de Saddam Hussein. Telle était la justification de l’intervention militaire de la coalition menée par les Etats-Unis en Irak à partir de 2003. Si des armes chimiques ont bien été découvertes dans les années qui ont suivi, elles dataient du conflit Iran-Irak. Et le Pentagone a tout fait pour garder secrètes ces « trouvailles », quitte à mettre en danger la vie de ses propres soldats.

    Environ une vingtaine de soldats américains ont été exposés à des armes chimiques datant de l’époque de Saddam Hussein et certains ont été blessés, a indiqué mercredi le Pentagone, confirmant des informations du New York Times. Le journal américain a révélé dans son édition de mardi que des soldats américains et irakiens avaient été blessés par des armes chimiques entre 2004 et 2011, et que le Pentagone leur avait ordonné de se taire.

    « Au total, les troupes américaines ont fait état, dans le plus grand secret, de la découverte denviron 5.000 ogives, obus et bombes aériennes contenant des armes chimiques« 
    , écrit le quotidien dans un article-fleuve consacré au sujet.Le journal a mené « plusieurs dizaines d’entretiens avec des personnes impliquées, des responsables irakiens et américains » et a eu accès à des documents du renseignement déclassifiés mais « lourdement expurgés ». Il affirme avoir retrouvé la trace de 17 soldats américains et sept agents de police irakiens ayant été exposés à des agents neurotoxiques et à du gaz moutarde.

    Interrogé sur cet article, le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby, a estimé que ce chiffre se montait à « environ 20 » soldats. Mais d’après le New York Times, le chiffre exact est tenu secret par le gouvernement.

    Vestiges de la guerre Iran/Irak

    Les armes avaient été fabriquées avant 1991 et étaient censées être utilisées pendant la guerre contre l’Iran (1980-1988). Une guerre lors de laquelle Saddam Hussein avait pu compter sur le soutien de plusieurs pays occidentaux, dont la France. Au premier rang d’entre eux, les Etats-Unis, apparemment prêts à tout pour empêcher une victoire de l’Iran, considéré comme un ennemi majeur depuis l’avènement de la république islamique en février 1979, suivi quelques mois plus tard par la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran.Outre un soutien logistique et matériel, l’Irak a pu bénéficier des informations des services du renseignement américain et de la complaisance de l’Administration Reagan, au courant de l’utilisation de ces armes chimiques par l’armée irakienne. La revue Foreign Policy révélait en effet l’an dernier que le gouvernement américain, au courant de tout ce qui pouvait se passer lors de ce conflit grâce à ses moyens de surveillance, avait sciemment laissé l’Irak violer la convention de Genève (dont les Etats-Unis sont signataires) en bombardant les Iraniens, mais également les Kurdes, avec ces armes.

    Avant l’invasion de l’Irak en mars 2003, le président américain d’alors George W. Bush assurait que le régime de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Le Secrétaire d’Etat américain de l’époque, Colin Powell, avait d’ailleurs usé de tous les (faux) arguments possibles devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Ces armes n’ont jamais été trouvées, mais les forces américaines ont découvert cet arsenal d’armes chimiques qu’elles n’avaient pas été préparées à manier, selon le New York Times. Le journal a notamment interrogé un ancien sergent de l’US Army qui a été blessé au gaz moutarde en 2007 et qui n’a pas bénéficié de traitement médical, ni d’évacuation :
    J’avais plus l’impression d’être un cobaye qu’un soldat blessé

    Des armes « conçues aux Etats-Unis »

    L’enquête du New York Times révèle que dans cinq des six « découvertes » ayant blessé des soldats, les armes en question semblaient avoir été « conçues aux Etats-Unis, fabriquées en Europe et remplies d’un agent chimique produit sur des sites construits en Irak par des sociétés occidentales ».
    Le Congrès américain a reçu « des informations partielles », assure le quotidien, et les soldats impliqués dans ces découvertes ont reçu l’ordre « de se taire ou de donner des informations trompeuses sur ce qu’ils avaient trouvé ».Le Pentagone n’a pas confirmé cette dernière information. Interrogé par l’AFP, le contre-amiral Kirby a assuré que « le secrétaire (à la Défense Chuck) Hagel s’inquiète de toute indication ou allégation selon lesquelles nos troupes n’ont pas bénéficié du soin et du soutien qu’elles méritent. Il attend de tous les dirigeants, quel que soit leur niveau de responsabilité, qu’ils s’efforcent de corriger les erreurs ».
    L’Etat islamique contrôle désormais une grande partie du territoire où ont été découvertes ces armes chimiques et aurait pris possession du complexe d’Al Muthanna (au nord de Bagdad), où la majorité d’entre elles étaient fabriquées à l’époque et où il resterait près de 2.500 ogives, potentiellement toujours très dangereuses.Source : http://www.cnews.fr/monde/video/les-armes-chimiques-que-larmee-americaine-aurait-prefere-ne-pas-trouver-en-irak-97111

  • L’armée américaine a-t-elle utilisé l’arme nucléaire en Irak ?
    Par Franceinfo & Radio France, le Falloujah : le nom de cette ville irakienne reste lié à l’insurrection contre les troupes américaines en Irak. Ce fut le théâtre d’âpres combats en 2004 et 2005.
    Aujourd’hui, les scientifiques comparent la ville à Hiroshima. La région connaît un nombre très élevé d’enfants malformés. Leur nombre s’est envolé après 2004, au lendemain des durs combats entre les troupes américaines et les insurgés irakiens. La correspondante de France Info dans cette région, Angélique Férat, est allée sur place. Elle a rencontré des familles et des scientifiques.Le récit d’Angélique Férat fait ressurgir de terribles images du passé. Et si le drame vécu par les enfants nés après les bombardements de la seconde guerre mondiale au Japon se reproduisait aujourd’hui en Irak ? Si d’autres enfants portaient à nouveau les stigmates de l’arme nucléaire ? C’est ce que disent désormais ouvertement des Irakiens à Falloujah.
    (…)
    Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/l-armee-americaine-a-t-elle-utilise-l-arme-nucleaire-en-irak_1646829.html
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3 ans déjà, mais plus que jamais d’actualité…

Intro :

[Intervention de George Friedman, à voir, ou revoir, en complément du discours de la députée allemande Sahra Wagenknecht, vice-présidente du parti de gauche Die Linke, qui est intervenue à la tribune du parlement allemand le 19 mars 2015…].

Le 3 février 2015, The Chicago Council on Global Affairs recevait pour la première fois, George Friedman, fondateur et dirigeant de la société américaine Strategic Forecasting, Inc (Stratfor).
Spécialisée dans le renseignement, les questions de stratégie et de tactique, Stratfor a été qualifiée par certains journalistes de « CIA de l’ombre » (« The Shadow CIA » [*]), et aurait été impliquée dans les révolutions dites « colorées », notamment en Serbie.

Pendant une heure, George Friedman s’est exprimé sur la crise émergente en Europe et la politique étrangère des Etats-Unis.
Un montage d’extraits, traduit en français donne un aperçu de certains sujets sensibles que ce spécialiste du renseignement évoque de manière très explicite.

Au cours de la conférence, il aborde de multiples sujets : l’Europe face aux guerres, présentes ou à venir ; l’enjeu crucial des relations entre l’Allemagne et la Russie ; la puissance  globale de l’empire américain basée notamment sur le contrôle des océans ; la tactique américaine de manipulation et de désorganisation d’Etats ; la création par les Etats-Unis d’un « cordon sanitaire » pour séparer la Russie de l’Europe et l’isoler plus particulièrement de l’Allemagne, évoquant et reprenant le concept d’« intermarum ou intermarium » – fédération de pays s’étirant de la mer Baltique à la mer Noire – ; le déploiement des forces militaires américaines dans les pays baltes, en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie ; l’attitude offensive des Etats-Unis à l’encontre de la Russie ; l’enjeu majeur que représente l’Ukraine pour les deux puissances, américaine et russe ; l’importance stratégique de l’Eurasie ; enfin, les hésitations de l’Allemagne et ses relations avec la Russie…

Un ton très direct qui n’est pas sans rappeler celui de l’éminent et influent géopolitologue américain Zbigniew Brzezinski [décédé le 26 mai 2017 : « Brzezinski, l’héritage d’un géopolitologue majeur« ] et qui rompt un tant soit peu avec la caricature médiocre et assez souvent malhonnête servie quotidiennement par la propagande médiatique.
Un exposé qui donne un petit aperçu des enjeux géopolitiques entre grandes puissances qui se disputent l’hégémonie économique et politique mondiale au 21ème siècle.

[*] (Source : Wikipedia) Jonathan R. Laing, « The Shadow CIA » [archive], Barron’s magazine,‎ 15 octobre 2001 (consulté le 19 décembre 2010) (Article complet [archive])


Document :

  • Montage d’extraits (sous-titrage en français par Thalie Thalie) :

Retranscription du montage de 11mn d’extraits :

(…)

George Friedman : « Aucun autre pays ne peut rester éternellement en paix, surtout les Etats-Unis. Je veux dire que les Etats-Unis sont constamment concernés par les guerres.

A mon avis, l’Europe ne sera pas impliquée dans des grandes guerres comme avant. Mais l’Europe subira le même sort que les autres pays : ils auront des guerres, puis leurs périodes de paix et ils y laisseront des vies. Il n’y aura pas de centaines de millions de morts mais l’idée d’une « exclusivité européenne », à mon avis, l’amènera à des guerres. Il y aura des conflits en Europe. Il y a déjà eu des conflits, en Yougoslavie et maintenant en Ukraine.

Quant aux relations entre l’Europe et les Etats-Unis, nous n’avons pas de relations avec l’Europe. Nous avons des relations avec la Roumanie, nous avons des relations avec la France, etc. Il n’y a pas d’Europe avec qui les Etats-Unis auraient des relations. »

Nick Brand (Director, Corporate Programs, The Chicago Council on Global Affairs) : « Question suivante… »

[Question dans la salle] : « L’extrémisme islamique représente-t-il réellement la principale menace pour les Etats-Unis, et disparaîtra-t-il de lui-même ou bien continuera-t-il de croître ? »

G.F. : « C’est un problème pour les Etats-Unis, mais ce n’est pas une menace pour notre survie. Il doit être traité de manière proportionnelle. Nous avons d’autres intérêts de politique étrangère.
Donc, l’intérêt primordial des Etats-Unis pour lequel nous avons fait des guerres pendant des siècles, lors de la Première, la Deuxième et la Guerre froide, a été la relation entre l’Allemagne et la Russie, parce qu’unis ils représentent la seule force qui pourrait nous menacer. Et nous devons nous assurer que cela n’arrive pas.

(…)

Que faites-vous si vous êtes un Ukrainien ? Il est essentiel d’établir le dialogue avec le seul pays qui vous aidera, et ce pays ce sont les Etats-Unis.
La semaine dernière, il y a une dizaine de jours, le général Hodges, commandant de l’armée américaine en Europe, [lieutenant-général Frederick «Ben» Hodges, commandant des troupes terrestres de l’OTAN en Europe] s’est rendu en Ukraine, pour y annoncer que les formateurs américains viendraient désormais officiellement, et non plus officieusement. Il a remis des médailles aux combattants ukrainiens, ce qui est contraire au règlement de l’armée qui ne permet pas de décorer des étrangers. Mais il l’a fait.

Ce faisant, il a montré que c’était son armée. Ensuite, il est parti pour aller annoncer aux pays baltes que les Etats-Unis allaient disposer des blindés, de l’artillerie et autre matériel dans les pays baltes, en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie.
C’est un point très intéressant.

Donc les Etats-Unis ont annoncé hier [2 février 2015] qu’ils allaient envoyer des armes. Ce soir, bien sûr, les Etats-Unis l’ont nié, mais les armes partiront bien.
Faisant tout cela, les Etats-Unis ont agi en dehors du cadre de l’OTAN. Parce que dans le cadre de l’OTAN, il doit y avoir un accord à l’unanimité, et n’importe quel pays peut opposer son véto sur n’importe quoi ; et les Turcs opposeront leur véto « juste pour rire.

Le fait est que les Etats-Unis sont prêts à créer un « cordon sanitaire » autour de la Russie. La Russie le sait. La Russie croit que l’intention des Etats-Unis est de faire éclater la Fédération de Russie.

Je pense que, comme l’avait dit Pierre Lory « Nous ne voulons pas vous tuer, nous voulons vous faire juste un peu mal ». De toute façon, nous sommes revenus au jeu d’antan. Et si vous interrogez un Polonais, un Hongrois ou un Roumain, ils évoluent dans un univers totalement différent d’un Allemand, qui est aussi différent de l’univers d’un Espagnol. Bref, il n’y a pas de points communs en Europe. Mais si j’étais Ukrainien, je ferais exactement ce qu’ils font : essayer de s’appuyer sur les Américains…

(…)

Les Etats-Unis ont un intérêt fondamental : ils contrôlent tous les océans du monde. Aucune autre puissance ne l’a jamais fait.
Par conséquent, nous arrivons à envahir les peuples et ils ne peuvent pas nous envahir. Ceci est une très bonne chose
.
Maintenir le contrôle de la mer et le contrôle de l’espace est la base de notre pouvoir. La meilleure façon de vaincre une flotte ennemie est de l’empêcher de se construire. La façon dont les Britanniques ont réussi à s’assurer qu’aucune puissance européenne ne pourrait construire une flotte a été de faire en sorte que les Européens s’entredéchirent.

La politique que je recommande est celle adoptée par Ronald Reagan envers l’l’Iran et l’Irak. Il a financé les deux côtés, de sorte qu’ils se battent entre eux afin de ne pas nous combattre.
C’était cynique, ce n’était certainement pas moral, et ça a marché. Et c’est le point essentiel.

Les Etats-Unis ne peuvent pas occuper l’Eurasie.
Au moment où les premières bottes touchent le sol, la différence démographique est telle que nous sommes totalement en infériorité numérique. Nous pouvons vaincre une armée, nous ne pouvons pas occuper l’Irak, l’idée que 130 000 hommes puissent occuper un pays de 25 millions. Eh bien, le ratio policiers/civils à New-York est supérieur à celui déployé en Irak.

Donc, nous n’avons pas la capacité d’aller partout, mais nous avons la capacité de : premièrement, soutenir diverses puissances rivales afin qu’elles se concentrent sur elles-mêmes, en leur procurant le soutien politique, quelques soutiens économiques, soutien militaire, conseillers ; et en dernière option, faire comme au Japon – je veux dire au Vietnam –, en Irak et en Afghanistan, par des mesures de désorganisation. L’objectif des mesures de désorganisation n’est pas de vaincre l’ennemi, mais de le déstabiliser.
C’est ce que nous avons fait dans chacune de ces guerres, en Afghanistan par exemple, nous avons fait perdre son équilibre à Al Qaïda.
Notre problème, car nous sommes jeunes et stupides, est qu’après avoir déstabilisé l’ennemi, au lieu de nous dire « c’est bon, le travail est fait, rentrons chez nous », nous nous disons « ce fut si facile, pourquoi ne pas y construire une démocratie… ?! » Et c’est à ce moment que la démence nous frappe.

La solution est que les Etats-Unis ne peuvent pas constamment intervenir dans toute l’Eurasie. Ils doivent intervenir de manière sélective et très rarement. Cela doit être fait en dernier recours. L’intervention militaire ne peut pas être la première mesure à appliquer. Et en envoyant les troupes américaines nous devons bien comprendre en quoi consiste notre tâche, se limiter à elle et ne pas développer toutes sortes de fantasmes psychotiques.

Donc, j’espère que nous avons retenu la leçon cette fois. Les enfants ont besoin de temps pour apprendre les leçons. Mais je pense que vous avez absolument raison, en tant qu’empire nous ne pouvons pas nous comporter de la sorte.
La Grande-Bretagne n’a pas occupé l’Inde, elle monta différents Etats indiens les uns contre les autres, puis fournit quelques officiers britanniques à l’armée indienne.
Les Romains n’avaient pas envoyé de grande armées dans leurs territoires conquis, ils y avaient placé des gouverneurs pro-romains et ces gouverneurs, étaient responsables du maintien de la paix, Ponce Pilate en est un exemple.
Donc, les empires qui contrôlent directement les territoires, comme l’empire nazi, se soldent par un échec. Personne n’est suffisamment puissant pour le faire. Vous devez vous montrer plus intelligent.

Cependant, notre problème n’est pas encore cela. Notre problème est en fait d’admettre que nous avons un empire. Donc nous n’avons pas encore atteint ce point car nous ne pensons pas que nous pouvons rentrer à la maison parce que le travail est bel et bien terminé. Donc, nous en sommes qu’au début du chemin, nous ne sommes mêmes pas prêts à lire le chapitre 3 du livre.

(…)

La question à l’ordre du jour pour les Russes est : vont-ils créer une « zone tampon » qui serait au minimum, une zone neutre ? Ou bien l’Occident s’introduira tellement loin en Ukraine et s’installera à 100 kilomètres de Stalingrad et à 500 kilomètres de Moscou.
Pour la Russie, le statut de l’Ukraine représente une menace pour sa survie. Et les Russes ne peuvent pas laisser faire.
Et la question pour les Etats-Unis dans le cas où la Russie s’accroche à l’Ukraine, où cela s’arrêtera-t-il ?

Ce n’est donc pas un hasard que le général Hodges, qui a été nommé pour porter le chapeau, parle du pré-positionnement des troupes en Roumanie, en Bulgarie, en Pologne et jusqu’à la Baltique : c’est l’« intermarum ou intermarium », de la Mer noire à la Baltique dont rêvait Józef Piłsudski. C’est la solution pour les Etats-Unis.

La question pour laquelle nous n’avons pas de réponse est : que va faire l’Allemagne ?
La vraie inconnue dans l’équation européenne ce sont les Allemands.
Pendant que les Etats-Unis mettent en place le cordon sanitaire entre l’Europe et la Russie, pas en Ukraine mais à l’ouest, et que les Russes essayent de trouver comment tirer parti des Ukrainiens, nous ignorons la position allemande.
L’Allemagne est dans une position très particulière. L’ancien chancelier Gerhard Schröder est membre du conseil d’administration de Gazprom et ils ont une relation très complexe avec les Russes.
Les Allemands eux-mêmes ne savent pas quoi faire
. Ils doivent exporter, les Russes peuvent acheter. D’autre part, s’ils perdent la zone de libre-échange ils doivent construire quelque chose de différent.

Pour les Etats-Unis, la peur primordiale est le capital russe, la technologie russe – je veux dire –, la technologie allemande et le capital allemand – les ressources naturelles russes et la main-d’œuvre russe. C’est la principale combinaison qui a fait très peur aux Etats-Unis pendant des siècles.

Alors comment cela va-t-il se jouer ?
Eh bien, les Etats-Unis ont déjà joué carte sur table : c’est la ligne de la Baltique à la mer Noire.

George Friedman_Intermarium cordon sanitaire Baltique mer Noire
(capture écran Youtube Thalie Thalie)

Quant aux Russes, leurs cartes ont toujours été sur la table : ils doivent avoir au minimum une Ukraine neutre, pas une Ukraine pro-occidentale. La Biélorussie est une autre question.

Maintenant, celui qui peut me dire ce que les Allemands vont faire, me dira ce que seront les vingt prochaines années de l’Histoire. Mais malheureusement, les Allemands n’ont pas pris leur décision. Et c’est toujours le problème récurrent de l’Allemagne, avec son économie très puissante, sa géopolitique très fragile, et qui ne sait jamais trop comment concilier les deux. Depuis 1871, la question de l’Europe a été la question de l’Allemagne.

(…)

Comme la question allemande ressurgit, c’est bien la question que nous devons régler. Et nous ne savons pas comment l’aborder, nous ne savons pas ce qu’ils vont faire. »

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