Syrie, c’est reparti !

Si John Kerry, l’ancien secrétaire d’Etat américain du président Barack Obama, a dû renoncer à faire tomber le dirigeant syrien Bachar el-Assad, son successeur, Rex Tillerson a repris le drapeau, la canonnière et la propagande du « gros bâton » américain (Big stick).

Méditerranée orientale, nouvel eldorado gazier

Bien entendu, le passage du nouveau secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, au poste de Président-directeur général d’ExxonMobil de 2006 à 2016, n’a absolument aucun rapport avec les enjeux économiques et géopolitiques que représentent les « réserves gazières gigantesques » détectées en Méditerranée depuis au moins ces dix dernières années ; un « Nouvel eldorado gazier », plus particulièrement dans la partie orientale de la mer Méditerranée (voir collection Le Dessous des cartes, Arte, mai 2014 : Méditerranée : les batailles du gaz), notamment au large des côtes d’Israël (deux premiers petits gisements de gaz repérés dès 1999 au large de la côte d’Ashkelon, puis à partir de 2008-2009, les gisements de Tamar et surtout Léviathan exploité par Israël et la compagnie américaine Nobel Energy, mais également au large aussi du Liban, de l’Egypte, de Chypre, sans oublier au large des côtes de la Grèce en mer ionienne et de son île crétoise (cela fera l’objet d’un prochain dossier complet).

Car dans cette région de la planète, la question géostratégique des hydrocarbures reste centrale.

Syrie, plateforme de transit de pipelines

Sans même envisager l’existence des sites gaziers potentiels au large de ses côtes, la Syrie représente un intérêt majeur pour le transit de pipelines et autres gazoducs.

Parmi les projets évoqués parfois dans les médias officiels,  citons celui destiné à acheminer le gaz du plus grand gisement de gaz au monde qu’exploitent chacun de leur côté le Qatar (North Dome) et l’Iran (South Pars).

Citons également l’Arab gas pipeline, acheminant le gaz égyptien vers la Jordanie avec une extension vers la Turquie via la Syrie, infrastructure citée comme un projet stratégique par le gouvernement égyptien.

Cet enjeu des gazoducs destinés à transiter par la Syrie et qui pourraient expliquer – tout au moins en partie -, le conflit qui ravage la Syrie et plus largement la région, mérite d’être évoqué.

Ainsi, en février 2016, France 2 diffusait dans le magazine Un oeil sur la planète, un numéro consacré à la guerre en Syrie intitulé « Syrie : le grand aveuglement » avec notamment un reportage intitulé « Les dessous d’un conflit » évoquant la « place stratégique » qu’occupe « la Syrie sur la route de l’énergie ».
Avec 2 cartes que voici, qui évoquaient les tracés de gazoducs, transitant par la Syrie et allant jusque vers la Grèce via l’île de Crète :

Un Oeil sur la planète (France 2, 19 février 2016)

Un Oeil sur la planète (France 2, 19 février 2016)

Des projets de tracés qui ne sont pas sans rappeler le projet gigantesque de gazoduc sous-marin The Eastern Mediterranean (EastMed) du programme IGI Poséidon emmené par Edison, filiale italienne d’EDF, et Depa, la compagnie de gaz grec menacée de privatisation…).
Un projet déclaré d’intérêt européen et co-financé par l’Union européenne, en cours d’étude de faisabilité, entre Israël, Chypre, Crète et Grèce continentale puis Italie afin d’approvisionner l’Europe, en remplacement du gaz russe dont le transit via l’Ukraine a été bloqué par le conflit…

IGI Poséidon projects (EastMed, IGB, Poséidon)

Pour quitter ces projets gaziers, prévus à court, moyen ou long terme, et revenir à la Syrie, force est de constater que les dirigeants américains, fortement conseillés par le puissant et très influent lobby militaire étatsunien, ont donc toujours pour objectif de dégager Bachar el-Assad.

Syrie, dernière position russe en Méditerranée à supprimer

Rappelons que le budget militaire américain, supérieur à 600 milliards de dollars par an, est 3 fois supérieur au budget militaire annuel chinois et 8 fois supérieur à celui de la Russie.

Un objectif donc, de dégager le dictateur Bachar el-Assad, motivé non pas pour de nobles questions de démocratie et de liberté – comme claironné systématiquement par les Etats-Unis afin de prétexter et de justifier l’avancée et l’élargissement de la sphère d’influence de l’Otan, bras armé américain pour renverser des Etats et autres gouvernements étrangers qui ont le tort notamment de ne pas s’incliner assez vite devant les intérêts capitalistiques de leurs firmes nationales.

Un objectif motivé beaucoup plus pragmatiquement afin d’imposer la sacro-sainte et dogmatique loi du marché et d’un néolibéralisme qui ne supporte aucune alternative, pour pouvoir faire la part toujours plus belle aux actionnaires des grandes firmes et autres grands groupes (spécialisés dans les hydrocarbures notamment), pour servir de juteux dividendes à une minorité de grandes fortunes qui concentrent de plus en plus les richesses créées collectivement.
Un néolibéralisme qui n’a de libéral que le nom étant donné que le projet de Grand moyen Orient envisagé par les dirigeants américains compte bien tenir à distance les autres pays en ce qui concerne les mirifiques contrats commerciaux, un vrai « Diktat des Etats-Unis », comme c’est déjà le cas à propos des perspectives commerciales en Iran : chasse gardée !

Un objectif américain en Syrie motivé et destiné enfin et surtout à « nettoyer » le Proche et Moyen-Orient de toute présence russe et de tout gouvernement qui pourrait être un soutien (économique, militaire), effectif ou potentiel, à l’ancienne puissance soviétique.
Car – parenthèse – tôt ou tard, les pouvoirs économiques et militaires véritable gouvernement des Etats-Unis, comptent bien mettre la main sur la Russie ou plutôt sur les ressources gigantesque de ce pays, le plus grand au monde (17 millions de km²) et quasiment vide avec moins de 150 millions d’habitants (contre plus de 300 millions d’habitants pour les Etats-Unis sur une superficie de moins de 10 millions de km²), mais des ressources, actuelles et à venir dans l’Arctique, que convoite également la Chine, qui conteste de plus en plus la place de 1ère puissance mondiale aux Etats-Unis.

Concernant le Moyen-Orient, comme cela a été évoqué par le général américain Wesley Clark, en mars puis en octobre 2007 notamment sur le plateau de la chaine américaine Democracy Now !, l’ancien ancien général des Forces armées des États-Unis (qui dirigea notamment l’opération Allied Force durant la guerre du Kosovo en tant que commandant du grand quartier général des puissances alliées en Europe de l’OTAN de 1997 à 2000), dit avoir eu connaissance, quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001, de l’existence  d’un « mémo top secret du Secrétaire à la Défense » (poste occupé alors par Donald Rumsfeld), qui indiquait que George W. Bush, conseillé également par Richard « Dick » Cheney, vice-président (2001-2009) et accessoirement actionnaire de la firme Halliburton qui profita rondement de la guerre en Irak, se donnaient pour mission de « détruire les gouvernements dans 7 pays en 5 ans » en commençant par « l’Irak, et puis nous irons en Syrie, au Liban, en Libye, Somalie, au Soudan et en Iran ».

Or, pour le plus grand malheur des dirigeants des Etats-Unis qui veulent régner en seuls maîtres sur la région et ailleurs (à ce sujet revoir le discours de George Friedman de Stratfor en février 2015 sur l’impérialisme assumé des Etats-Unis), les Russes bénéficient depuis 1971 d’une base logistique à Tartous, dans le nord-ouest de la Syrie.

Une présence renforcée depuis que les députés russes ont ratifié fin 2017 un accord prévoyant l’agrandissement des installations portuaires militaires russes de  Tartous, afin d’en faire une base navale russe permanente…
Présence russe en Syrie – également  insupportable pour les militaires américains -, sur la base aérienne de Hmeimim située au sud-est de la ville de Lattaquié.

Tout sera donc envisagé, tenté, réalisé par les dirigeants successifs américains (Républicains comme Démocrates), afin d’atteindre ces objectifs en Syrie.

C’est la raison pour laquelle la question de l’utilisation d’armes chimiques par Bachar el-Assad revient sur le devant de l’actualité, poussant même le président français Macron à agiter la menace d’une intervention militaire française contre la Syrie…

Mais la mémoire semble manquer étrangement à ces va-t’en-guerre, ces petits chefs d’armées qui se rêvent en petits César, Napoléon, mais qui ne risquent jamais leur propre vie au cours des opérations militaires qu’ils décident depuis leurs bureaux dorés à Washington ou à Paris.

Concernant la Syrie, les preuves avérées et vraiment fiables manquent encore, comme l’indiquait hier matin, mardi 13 février, sur France culture, la polémologue Caroline Galactéros invitée de Guillaume Erner.

Par ailleurs, qui peut croire sérieusement que Bachar el-Assad et ses forces armées, surveillés très probablement de près par tous les moyens technologiques américains, se risquerait à utiliser de tels armes chimiques qui, automatiquement, justifieraient une attaque massive contre lui ?

Quant au président français Macron, il semble avoir oublié l’arnaque du plus gros fake news de l’histoire, concernant les armes de destruction massive que le dictateur irakien Saddam Hussein avait soi-disant en sa possession, et qui a surtout permis aux Etats-Unis de justifier la guerre illégale en Irak en 2003.

Une indignation à géométrie variable contre les dictateurs

Enfin, c’est oublier que les puissances occidentales, dirigeants américains en tête, n’ont pas hésité à fabriquer et vendre à des dictateurs des armes chimiques, utilisées ensuite contre des forces armées ennemies mais également destinées à être utilisées contre des populations civiles, causant de nombreuses victimes innocentes.
A cette époque, cela ne semblait pas choquer plus que ça les esprits, les consciences.

Comme le fait remarquer Pascal de Sutter, professeur de psychologie et chercheur à l’université de Louvain, également expert auprès de l’OTAN pour les questions de psychologie politique, lorsque dans son ouvrage Ces fous qui nous gouvernent (2008) il évoque le maintien assez absurde de l’embargo commercial des Etats-Unis contre le régime de Castro à Cuba qui ne représentait plus une menace depuis longtemps pour la puissance américaine : « la diplomatie américaine entretient d’excellents rapports avec la plupart des dictatures de la planète. »

Ce qu’en son temps, disait déjà cyniquement le président américain Franklin D. Roosevelt à propos du dictateur dominicain Rafael Trujillo, et qui concernait plus largement tous les coups d’Etat orchestrés par Washington (en Iran en 1953, au Guatemala en 1954, au Chili en 1973, etc.) pour renverser des gouvernements étrangers afin de placer des dirigeants fantoches qui avaient une sensibilité plus grande à l’égard des intérêts économiques et géostratégiques américains : « C’est peut-être un salopard, mais c’est notre salopard ! »

Car si la défense de la démocratie, contre les oppresseurs et les tyrans, était vraiment la réelle motivation première de la politique extérieure américaine, les Etats-Unis auraient dû depuis longtemps mettre l’Arabie saoudite – qui n’a à absolument rien envier à Daech -, sur la liste des pays de leur axe du mal, plutôt que d’en faire dans la région leur principal allié (pétrole oblige) et surtout client (armes dernier cri à exporter).

Enfin, concernant la question de l’utilisation des armes chimiques, n’oublions jamais qu’elles furent aussi fabriquées et vendues à des dictateurs qui – avant de devenir infréquentables  -, servaient il n’y a pas si longtemps encore, les intérêts des puissances occidentales et notamment ceux des Etats-Unis et de la France, au Moyen-Orient…

 

 

Revue de presse :

  • Irak: le Pentagone a caché la découverte d’armes chimiques
    Par C.G., L’Express, le
    L’armée américaine a trouvé des armes chimiques pendant la guerre déclenchée par George Bush après 2003, selon le New York Times. Mais elle en a caché la découverte, parce qu’elles avaient été produites lors de la guerre Irak-Iran, avec la complicité de certains pays occidentaux.
    Il y avait bien des armes de destruction massives en Irak lorsque les Etats-Unis sont intervenus dans le pays en 2003. Mais il ne s’agissait pas de celles que George Bush prétendait vouloir faire disparaître. Alors les Américains ont caché leur existence, révèle une enquête du New York Times publiée ce mercredi. Au risque de mettre en danger la santé des soldats américains et irakiens qui ont été au contact de ces agents chimiques.
    (…)
    Source : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/irak-le-pentagone-a-cache-la-decouverte-d-armes-chimiques_1611909.html

 

  • Irak
    Les armes chimiques que l’armée américaine aurait préféré ne pas trouver en Irak
    Par Christophe Guirard, avec AFP et New York Times CNews, le 16 octobre 2014

    Trouver et détruire les armes chimiques et de destruction massive du régime de Saddam Hussein. Telle était la justification de l’intervention militaire de la coalition menée par les Etats-Unis en Irak à partir de 2003. Si des armes chimiques ont bien été découvertes dans les années qui ont suivi, elles dataient du conflit Iran-Irak. Et le Pentagone a tout fait pour garder secrètes ces « trouvailles », quitte à mettre en danger la vie de ses propres soldats.

    Environ une vingtaine de soldats américains ont été exposés à des armes chimiques datant de l’époque de Saddam Hussein et certains ont été blessés, a indiqué mercredi le Pentagone, confirmant des informations du New York Times. Le journal américain a révélé dans son édition de mardi que des soldats américains et irakiens avaient été blessés par des armes chimiques entre 2004 et 2011, et que le Pentagone leur avait ordonné de se taire.

    « Au total, les troupes américaines ont fait état, dans le plus grand secret, de la découverte denviron 5.000 ogives, obus et bombes aériennes contenant des armes chimiques« 
    , écrit le quotidien dans un article-fleuve consacré au sujet.Le journal a mené « plusieurs dizaines d’entretiens avec des personnes impliquées, des responsables irakiens et américains » et a eu accès à des documents du renseignement déclassifiés mais « lourdement expurgés ». Il affirme avoir retrouvé la trace de 17 soldats américains et sept agents de police irakiens ayant été exposés à des agents neurotoxiques et à du gaz moutarde.

    Interrogé sur cet article, le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby, a estimé que ce chiffre se montait à « environ 20 » soldats. Mais d’après le New York Times, le chiffre exact est tenu secret par le gouvernement.

    Vestiges de la guerre Iran/Irak

    Les armes avaient été fabriquées avant 1991 et étaient censées être utilisées pendant la guerre contre l’Iran (1980-1988). Une guerre lors de laquelle Saddam Hussein avait pu compter sur le soutien de plusieurs pays occidentaux, dont la France. Au premier rang d’entre eux, les Etats-Unis, apparemment prêts à tout pour empêcher une victoire de l’Iran, considéré comme un ennemi majeur depuis l’avènement de la république islamique en février 1979, suivi quelques mois plus tard par la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran.Outre un soutien logistique et matériel, l’Irak a pu bénéficier des informations des services du renseignement américain et de la complaisance de l’Administration Reagan, au courant de l’utilisation de ces armes chimiques par l’armée irakienne. La revue Foreign Policy révélait en effet l’an dernier que le gouvernement américain, au courant de tout ce qui pouvait se passer lors de ce conflit grâce à ses moyens de surveillance, avait sciemment laissé l’Irak violer la convention de Genève (dont les Etats-Unis sont signataires) en bombardant les Iraniens, mais également les Kurdes, avec ces armes.

    Avant l’invasion de l’Irak en mars 2003, le président américain d’alors George W. Bush assurait que le régime de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Le Secrétaire d’Etat américain de l’époque, Colin Powell, avait d’ailleurs usé de tous les (faux) arguments possibles devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Ces armes n’ont jamais été trouvées, mais les forces américaines ont découvert cet arsenal d’armes chimiques qu’elles n’avaient pas été préparées à manier, selon le New York Times. Le journal a notamment interrogé un ancien sergent de l’US Army qui a été blessé au gaz moutarde en 2007 et qui n’a pas bénéficié de traitement médical, ni d’évacuation :
    J’avais plus l’impression d’être un cobaye qu’un soldat blessé

    Des armes « conçues aux Etats-Unis »
    L’enquête du New York Times révèle que dans cinq des six « découvertes » ayant blessé des soldats, les armes en question semblaient avoir été « conçues aux Etats-Unis, fabriquées en Europe et remplies d’un agent chimique produit sur des sites construits en Irak par des sociétés occidentales ».
    Le Congrès américain a reçu « des informations partielles », assure le quotidien, et les soldats impliqués dans ces découvertes ont reçu l’ordre « de se taire ou de donner des informations trompeuses sur ce qu’ils avaient trouvé ».Le Pentagone n’a pas confirmé cette dernière information. Interrogé par l’AFP, le contre-amiral Kirby a assuré que « le secrétaire (à la Défense Chuck) Hagel s’inquiète de toute indication ou allégation selon lesquelles nos troupes n’ont pas bénéficié du soin et du soutien qu’elles méritent. Il attend de tous les dirigeants, quel que soit leur niveau de responsabilité, qu’ils s’efforcent de corriger les erreurs ».
    L’Etat islamique contrôle désormais une grande partie du territoire où ont été découvertes ces armes chimiques et aurait pris possession du complexe d’Al Muthanna (au nord de Bagdad), où la majorité d’entre elles étaient fabriquées à l’époque et où il resterait près de 2.500 ogives, potentiellement toujours très dangereuses.Source : http://www.cnews.fr/monde/video/les-armes-chimiques-que-larmee-americaine-aurait-prefere-ne-pas-trouver-en-irak-97111
  • L’armée américaine a-t-elle utilisé l’arme nucléaire en Irak ?
    Par Franceinfo & Radio France, le  

    Falloujah : le nom de cette ville irakienne reste lié à l’insurrection contre les troupes américaines en Irak. Ce fut le théâtre d’âpres combats en 2004 et 2005.
    Aujourd’hui, les scientifiques comparent la ville à Hiroshima. La région connaît un nombre très élevé d’enfants malformés. Leur nombre s’est envolé après 2004, au lendemain des durs combats entre les troupes américaines et les insurgés irakiens. La correspondante de France Info dans cette région, Angélique Férat, est allée sur place. Elle a rencontré des familles et des scientifiques.
    Le récit d’Angélique Férat fait ressurgir de terribles images du passé. Et si le drame vécu par les enfants nés après les bombardements de la seconde guerre mondiale au Japon se reproduisait aujourd’hui en Irak ? Si d’autres enfants portaient à nouveau les stigmates de l’arme nucléaire ? C’est ce que disent désormais ouvertement des Irakiens à Falloujah.
    (…)
    Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/l-armee-americaine-a-t-elle-utilise-l-arme-nucleaire-en-irak_1646829.html

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Publié dans Etats-Unis, Forces armées, Russie

3 ans déjà, mais plus que jamais d’actualité…

Intro :

[Intervention de George Friedman, à voir, ou revoir, en complément du discours de la députée allemande Sahra Wagenknecht, vice-présidente du parti de gauche Die Linke, qui est intervenue à la tribune du parlement allemand le 19 mars 2015…].

Le 3 février 2015, The Chicago Council on Global Affairs recevait pour la première fois, George Friedman, fondateur et dirigeant de la société américaine Strategic Forecasting, Inc (Stratfor).
Spécialisée dans le renseignement, les questions de stratégie et de tactique, Stratfor a été qualifiée par certains journalistes de « CIA de l’ombre » (« The Shadow CIA » [*]), et aurait été impliquée dans les révolutions dites « colorées », notamment en Serbie.

Pendant une heure, George Friedman s’est exprimé sur la crise émergente en Europe et la politique étrangère des Etats-Unis.
Un montage d’extraits, traduit en français donne un aperçu de certains sujets sensibles que ce spécialiste du renseignement évoque de manière très explicite.

Au cours de la conférence, il aborde de multiples sujets : l’Europe face aux guerres, présentes ou à venir ; l’enjeu crucial des relations entre l’Allemagne et la Russie ; la puissance  globale de l’empire américain basée notamment sur le contrôle des océans ; la tactique américaine de manipulation et de désorganisation d’Etats ; la création par les Etats-Unis d’un « cordon sanitaire » pour séparer la Russie de l’Europe et l’isoler plus particulièrement de l’Allemagne, évoquant et reprenant le concept d’« intermarum ou intermarium » – fédération de pays s’étirant de la mer Baltique à la mer Noire – ; le déploiement des forces militaires américaines dans les pays baltes, en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie ; l’attitude offensive des Etats-Unis à l’encontre de la Russie ; l’enjeu majeur que représente l’Ukraine pour les deux puissances, américaine et russe ; l’importance stratégique de l’Eurasie ; enfin, les hésitations de l’Allemagne et ses relations avec la Russie…

Un ton très direct qui n’est pas sans rappeler celui de l’éminent et influent géopolitologue américain Zbigniew Brzezinski [décédé le 26 mai 2017 : « Brzezinski, l’héritage d’un géopolitologue majeur« ] et qui rompt un tant soit peu avec la caricature médiocre et assez souvent malhonnête servie quotidiennement par la propagande médiatique.
Un exposé qui donne un petit aperçu des enjeux géopolitiques entre grandes puissances qui se disputent l’hégémonie économique et politique mondiale au 21ème siècle.

[*] (Source : Wikipedia) Jonathan R. Laing, « The Shadow CIA » [archive], Barron’s magazine,‎ 15 octobre 2001 (consulté le 19 décembre 2010) (Article complet [archive])


Document :

  • Montage d’extraits (sous-titrage en français par Thalie Thalie) :

Retranscription du montage de 11mn d’extraits :

(…)

George Friedman : « Aucun autre pays ne peut rester éternellement en paix, surtout les Etats-Unis. Je veux dire que les Etats-Unis sont constamment concernés par les guerres.

A mon avis, l’Europe ne sera pas impliquée dans des grandes guerres comme avant. Mais l’Europe subira le même sort que les autres pays : ils auront des guerres, puis leurs périodes de paix et ils y laisseront des vies. Il n’y aura pas de centaines de millions de morts mais l’idée d’une « exclusivité européenne », à mon avis, l’amènera à des guerres. Il y aura des conflits en Europe. Il y a déjà eu des conflits, en Yougoslavie et maintenant en Ukraine.

Quant aux relations entre l’Europe et les Etats-Unis, nous n’avons pas de relations avec l’Europe. Nous avons des relations avec la Roumanie, nous avons des relations avec la France, etc. Il n’y a pas d’Europe avec qui les Etats-Unis auraient des relations. »

Nick Brand (Director, Corporate Programs, The Chicago Council on Global Affairs) : « Question suivante… »

[Question dans la salle] : « L’extrémisme islamique représente-t-il réellement la principale menace pour les Etats-Unis, et disparaîtra-t-il de lui-même ou bien continuera-t-il de croître ? »

G.F. : « C’est un problème pour les Etats-Unis, mais ce n’est pas une menace pour notre survie. Il doit être traité de manière proportionnelle. Nous avons d’autres intérêts de politique étrangère.
Donc, l’intérêt primordial des Etats-Unis pour lequel nous avons fait des guerres pendant des siècles, lors de la Première, la Deuxième et la Guerre froide, a été la relation entre l’Allemagne et la Russie, parce qu’unis ils représentent la seule force qui pourrait nous menacer. Et nous devons nous assurer que cela n’arrive pas.

(…)

Que faites-vous si vous êtes un Ukrainien ? Il est essentiel d’établir le dialogue avec le seul pays qui vous aidera, et ce pays ce sont les Etats-Unis.
La semaine dernière, il y a une dizaine de jours, le général Hodges, commandant de l’armée américaine en Europe, [lieutenant-général Frederick «Ben» Hodges, commandant des troupes terrestres de l’OTAN en Europe] s’est rendu en Ukraine, pour y annoncer que les formateurs américains viendraient désormais officiellement, et non plus officieusement. Il a remis des médailles aux combattants ukrainiens, ce qui est contraire au règlement de l’armée qui ne permet pas de décorer des étrangers. Mais il l’a fait.

Ce faisant, il a montré que c’était son armée. Ensuite, il est parti pour aller annoncer aux pays baltes que les Etats-Unis allaient disposer des blindés, de l’artillerie et autre matériel dans les pays baltes, en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie.
C’est un point très intéressant.

Donc les Etats-Unis ont annoncé hier [2 février 2015] qu’ils allaient envoyer des armes. Ce soir, bien sûr, les Etats-Unis l’ont nié, mais les armes partiront bien.
Faisant tout cela, les Etats-Unis ont agi en dehors du cadre de l’OTAN. Parce que dans le cadre de l’OTAN, il doit y avoir un accord à l’unanimité, et n’importe quel pays peut opposer son véto sur n’importe quoi ; et les Turcs opposeront leur véto « juste pour rire.

Le fait est que les Etats-Unis sont prêts à créer un « cordon sanitaire » autour de la Russie. La Russie le sait. La Russie croit que l’intention des Etats-Unis est de faire éclater la Fédération de Russie.

Je pense que, comme l’avait dit Pierre Lory « Nous ne voulons pas vous tuer, nous voulons vous faire juste un peu mal ». De toute façon, nous sommes revenus au jeu d’antan. Et si vous interrogez un Polonais, un Hongrois ou un Roumain, ils évoluent dans un univers totalement différent d’un Allemand, qui est aussi différent de l’univers d’un Espagnol. Bref, il n’y a pas de points communs en Europe. Mais si j’étais Ukrainien, je ferais exactement ce qu’ils font : essayer de s’appuyer sur les Américains…

(…)

Les Etats-Unis ont un intérêt fondamental : ils contrôlent tous les océans du monde. Aucune autre puissance ne l’a jamais fait.
Par conséquent, nous arrivons à envahir les peuples et ils ne peuvent pas nous envahir. Ceci est une très bonne chose
.
Maintenir le contrôle de la mer et le contrôle de l’espace est la base de notre pouvoir. La meilleure façon de vaincre une flotte ennemie est de l’empêcher de se construire. La façon dont les Britanniques ont réussi à s’assurer qu’aucune puissance européenne ne pourrait construire une flotte a été de faire en sorte que les Européens s’entredéchirent.

La politique que je recommande est celle adoptée par Ronald Reagan envers l’l’Iran et l’Irak. Il a financé les deux côtés, de sorte qu’ils se battent entre eux afin de ne pas nous combattre.
C’était cynique, ce n’était certainement pas moral, et ça a marché. Et c’est le point essentiel.

Les Etats-Unis ne peuvent pas occuper l’Eurasie.
Au moment où les premières bottes touchent le sol, la différence démographique est telle que nous sommes totalement en infériorité numérique. Nous pouvons vaincre une armée, nous ne pouvons pas occuper l’Irak, l’idée que 130 000 hommes puissent occuper un pays de 25 millions. Eh bien, le ratio policiers/civils à New-York est supérieur à celui déployé en Irak.

Donc, nous n’avons pas la capacité d’aller partout, mais nous avons la capacité de : premièrement, soutenir diverses puissances rivales afin qu’elles se concentrent sur elles-mêmes, en leur procurant le soutien politique, quelques soutiens économiques, soutien militaire, conseillers ; et en dernière option, faire comme au Japon – je veux dire au Vietnam –, en Irak et en Afghanistan, par des mesures de désorganisation. L’objectif des mesures de désorganisation n’est pas de vaincre l’ennemi, mais de le déstabiliser.
C’est ce que nous avons fait dans chacune de ces guerres, en Afghanistan par exemple, nous avons fait perdre son équilibre à Al Qaïda.
Notre problème, car nous sommes jeunes et stupides, est qu’après avoir déstabilisé l’ennemi, au lieu de nous dire « c’est bon, le travail est fait, rentrons chez nous », nous nous disons « ce fut si facile, pourquoi ne pas y construire une démocratie… ?! » Et c’est à ce moment que la démence nous frappe.

La solution est que les Etats-Unis ne peuvent pas constamment intervenir dans toute l’Eurasie. Ils doivent intervenir de manière sélective et très rarement. Cela doit être fait en dernier recours. L’intervention militaire ne peut pas être la première mesure à appliquer. Et en envoyant les troupes américaines nous devons bien comprendre en quoi consiste notre tâche, se limiter à elle et ne pas développer toutes sortes de fantasmes psychotiques.

Donc, j’espère que nous avons retenu la leçon cette fois. Les enfants ont besoin de temps pour apprendre les leçons. Mais je pense que vous avez absolument raison, en tant qu’empire nous ne pouvons pas nous comporter de la sorte.
La Grande-Bretagne n’a pas occupé l’Inde, elle monta différents Etats indiens les uns contre les autres, puis fournit quelques officiers britanniques à l’armée indienne.
Les Romains n’avaient pas envoyé de grande armées dans leurs territoires conquis, ils y avaient placé des gouverneurs pro-romains et ces gouverneurs, étaient responsables du maintien de la paix, Ponce Pilate en est un exemple.
Donc, les empires qui contrôlent directement les territoires, comme l’empire nazi, se soldent par un échec. Personne n’est suffisamment puissant pour le faire. Vous devez vous montrer plus intelligent.

Cependant, notre problème n’est pas encore cela. Notre problème est en fait d’admettre que nous avons un empire. Donc nous n’avons pas encore atteint ce point car nous ne pensons pas que nous pouvons rentrer à la maison parce que le travail est bel et bien terminé. Donc, nous en sommes qu’au début du chemin, nous ne sommes mêmes pas prêts à lire le chapitre 3 du livre.

(…)

La question à l’ordre du jour pour les Russes est : vont-ils créer une « zone tampon » qui serait au minimum, une zone neutre ? Ou bien l’Occident s’introduira tellement loin en Ukraine et s’installera à 100 kilomètres de Stalingrad et à 500 kilomètres de Moscou.
Pour la Russie, le statut de l’Ukraine représente une menace pour sa survie. Et les Russes ne peuvent pas laisser faire.
Et la question pour les Etats-Unis dans le cas où la Russie s’accroche à l’Ukraine, où cela s’arrêtera-t-il ?

Ce n’est donc pas un hasard que le général Hodges, qui a été nommé pour porter le chapeau, parle du pré-positionnement des troupes en Roumanie, en Bulgarie, en Pologne et jusqu’à la Baltique : c’est l’« intermarum ou intermarium », de la Mer noire à la Baltique dont rêvait Józef Piłsudski. C’est la solution pour les Etats-Unis.

La question pour laquelle nous n’avons pas de réponse est : que va faire l’Allemagne ?
La vraie inconnue dans l’équation européenne ce sont les Allemands.
Pendant que les Etats-Unis mettent en place le cordon sanitaire entre l’Europe et la Russie, pas en Ukraine mais à l’ouest, et que les Russes essayent de trouver comment tirer parti des Ukrainiens, nous ignorons la position allemande.
L’Allemagne est dans une position très particulière. L’ancien chancelier Gerhard Schröder est membre du conseil d’administration de Gazprom et ils ont une relation très complexe avec les Russes.
Les Allemands eux-mêmes ne savent pas quoi faire
. Ils doivent exporter, les Russes peuvent acheter. D’autre part, s’ils perdent la zone de libre-échange ils doivent construire quelque chose de différent.

Pour les Etats-Unis, la peur primordiale est le capital russe, la technologie russe – je veux dire –, la technologie allemande et le capital allemand – les ressources naturelles russes et la main-d’œuvre russe. C’est la principale combinaison qui a fait très peur aux Etats-Unis pendant des siècles.

Alors comment cela va-t-il se jouer ?
Eh bien, les Etats-Unis ont déjà joué carte sur table : c’est la ligne de la Baltique à la mer Noire.

George Friedman_Intermarium cordon sanitaire Baltique mer Noire
(capture écran Youtube Thalie Thalie)

Quant aux Russes, leurs cartes ont toujours été sur la table : ils doivent avoir au minimum une Ukraine neutre, pas une Ukraine pro-occidentale. La Biélorussie est une autre question.

Maintenant, celui qui peut me dire ce que les Allemands vont faire, me dira ce que seront les vingt prochaines années de l’Histoire. Mais malheureusement, les Allemands n’ont pas pris leur décision. Et c’est toujours le problème récurrent de l’Allemagne, avec son économie très puissante, sa géopolitique très fragile, et qui ne sait jamais trop comment concilier les deux. Depuis 1871, la question de l’Europe a été la question de l’Allemagne.

(…)

Comme la question allemande ressurgit, c’est bien la question que nous devons régler. Et nous ne savons pas comment l’aborder, nous ne savons pas ce qu’ils vont faire. »

Publié dans Allemagne, Etats-Unis, Russie, Ukraine, Union européenne

Grèce : gaz, gazoducs et géopolitique (1)

Avant d’évoquer certains points précis concernant directement la Grèce, il convient en préambule de rappeler certains événements majeurs que les feux de l’actualité ont trop vite fait d’emporter et d’effacer de nos mémoires au fil du temps. Car les crises succèdent aux crises et les conflits téléguidés par des enjeux stratégiques succèdent à de nouveaux conflits.

Contexte : une crise financière mondiale finalement bien pratique

Septembre 2008. Après quasiment deux années d’instabilité financière et de signes précurseurs que la plupart des économistes orthodoxes, spécialistes et autres experts patentés et bavards refusaient de voir ou s’interdisaient d’évoquer, la bourse de New-York s’effondre dans un fracas planétaire. La crise américaine des crédits hypothécaires (subprime mortgage) vient d’exploser.

Inventés et proposés par des organismes financiers très peu scrupuleux, ces crédits subprime ciblaient les Américains les plus fragiles économiquement en leur faisant miroiter l’accession à la propriété privée en dépit de leurs maigres ressources.
Très vite, après l’euphorie de cette dangereuse bulle spéculative comme les financiers savent en fabriquer au moins tous les dix ans, le carrosse est redevenu citrouille ; le rêve américain – réalité pour une infime minorité de bénéficiaires et illusion pour la très grande majorité qui espère décrocher un jour le jackpot elle-aussi -, s’est rapidement transformé en cauchemar pour des millions des citoyens, jetés à la rue pour cause de surendettement.

Comme en 1929 (le « jeudi noir » du 24 octobre), puis – après la dérégulation financière néolibérale et monétariste des années 1970 -, en 1987 (le « lundi noir » du 19 octobre) et en 1997-1998 (la crise asiatique, puis la crise russe et l’effondrement du fonds spéculatif LTCM) – pour ne citer que les principaux coups fumeux -, les petits génies cupides, cyniques et criminels du capitalisme financier ont à nouveau fait exploser le casino boursier.
Et encore une fois, ce sont les Etats – donc les contribuables de la planète, sans que leurs dirigeants politiques leur demande leur avis -, qui ont dû renflouer et éponger les dettes de jeu des spéculateurs pourtant si suffisants hier, à coup de centaines, et plus encore, de milliers de milliards de dollars, de livres sterling, d’euros… (1)

Aux Etats-Unis, Henry Paulson, secrétaire au Trésor (2006-2009) de George W. Bush et ancien dirigeant de l’influente et sulfureuse banque Goldman Sachs impliquée au premier rang dans la crise des subprime, parvient in extremis à faire voter un plan de sauvetage des banques américaines – le plan Paulson -, d’au moins 700 milliards de dollars.
Les plus grandes banques des Etats-Unis, pourtant responsables de cette crise, profiteront de la manne financière publique. A l’exception notable de la banque Lehman Brothers, concurrente directe de Goldman Sachs, qui ne fera pas partie des heureux bénéficiaires du plan de sauvetage et mettra la clé sous la porte. En définitive, une belle opération pour la firme Goldman Sachs et son insubmersible président Lloyd Blankfein. Une de plus.

La main sur le coeur, les pires spéculateurs boursiers plongent la planète dans une crise financière puis économique majeure. Se vantant depuis toujours d’être des investisseurs créateurs de richesse, faisant sans cesse la leçon de morale par le biais de toutes les tribunes médiatiques et institutionnelles existantes (Fonds monétaire international, Banque mondiale, etc), ils prêchent toujours davantage d’austérité, de rigueur et de réformes structurelles pour les Etats afin de réduire – d’affaiblir en réalité – les protections sociales ; soi-disant pour davantage de compétitivité mais surtout pour plus de bénéfices pour les plus nantis. Dépouillés, démunis, les citoyens des classes sociales les plus modestes, les plus fragiles, sombrent dans l’incertitude, voire dans une précarité toujours plus grande.

La main sur le coeur, ces mêmes spéculateurs qui quelque temps auparavant ne juraient que par leur dieu Marché, soi-disant vertueux et auto-régulateur, fustigeant depuis plus de 40 ans l’interventionnisme des Etats, appellent cyniquement au secours la puissance publique et les représentants politiques convertis à leur dogme néolibéral, afin d’arrêter l’hémorragie et sauver les banques pourtant responsables de cette catastrophe planétaire…
Tout cela sans véritables contreparties, ni bénéfices réels pour les Etats, sans réforme digne de ce nom du système bancaire et financier, et surtout sans condamnation des institutions et des dirigeants financiers devant la justice.

Banques et marchés financiers responsables… mais jamais coupables

Alors que l’explosion de la crise des subprime a enflammé les économies du monde entier, les grands acteurs des marchés financiers responsables de ce krach vont allumer des contre-feux. Leur but est de faire diversion pour faire oublier leur propre manque de rigueur dans leurs affaires mais également pour profiter de cette situation de crise.

Leurs cibles : les Etats. Ces derniers, contraints d’assumer le poids économique de cette crise, à la place des responsables directs, voient leur situation économique se fragiliser davantage encore.
La presse financière, principalement anglo-saxonne, affuble les pays du sud de l’Europe de l’infamant acronyme PIGS (« porcs » en anglais, pour Portugal, Italie, Grèce et Espagne – « Spain » en anglais) ; ces pays et leurs citoyens sont trainés dans la boue, voués à la vindicte médiatique à propos de leur manque de rigueur budgétaire. Les autres peuples européens reprennent, pour la plupart d’entre eux, les injures et autres qualificatifs disgracieux à l’encontre de leurs concitoyens européens du sud.

Mission accomplie. Les « porcs » de la finance, très peu rigoureux dans leur propre gestion de leurs produits financiers et responsables, seulement quelques mois auparavant, de la perte de milliers de milliards de dollars, de livres, d’euros et autres valeurs parties en fumée, sont parvenus à faire oublier leur propres turpitudes et agissements délictueux en détournant l’attention générale en direction de l’endettement public et des déficits budgétaires des Etats, contraints de se financer essentiellement sur les marchés financiers privés depuis ces dernières décennies.
Tout ceci sur la base de règles ineptes à propos du déficit et de la dette publique à ne pas dépasser, mais fort pratiques afin d’étrangler et mettre à genou toujours davantage ces Etats…

Publié dans Bankster, Banque & finance, FED & Wall Street, Gas et pétrole, Goldman Sachs, Grèce

Goldman Sachs et Macron : l’austérité pour plus d’avidité

Récemment de passage à Paris, Lloyd Blankfein, le dirigeant de la sulfureuse banque d’affaires Goldman Sachs, en fonction depuis 2006, a eu l’occasion au cours d’une interview publiée dans Le Figaro du 19 novembre dernier, d’exposer sa vision du monde, toujours aussi réjouissante et rassurante pour les plus modestes…

Impliqué au premier rang dans la gigantesque et catastrophique crise financière et économique de 2007-2008, comme quelques autres dirigeants de grandes banques toujours en activité, l’inamovible patron de la banque d’affaires américaine fustige à propos de la France la place de l’Etat qui pèserait encore et toujours « trop lourd » selon lui.

Mais dix ans plus tard, c’est oublier un peu vite que l’Etat, les Etats, étaient beaucoup moins critiqués à propos de leur supposée pesanteur quand fin 2008 ils furent mis à contribution en urgence, rançonnés, saignés, afin d’éponger les pertes abyssales de ces grandes banques irresponsables et délictueuses qui, elles, s’avéraient nous disait-on « trop grosses (trop grasses) pour chuter » (too big to fail). Financiers et spéculateurs qui faisaient à nouveau sauter la bourse-casino, encore une fois en toute impunité, disant du bout des lèvres qu’ils ne recommenceraient plus.

Car qui est vraiment trop gros, trop lourd ?
Les Etats, dépouillés depuis plus de 40 ans de leurs moyens, de leurs ressources, de leurs services publics ?
Ou bien les acteurs de la finance et les banques d’affaires qui ne cessent d’imposer de plus en plus leur dictature, de l’argent et de la dette.

Des grandes banques systémiques et des marchés financiers, par ailleurs grandement décorrélés des réalités économiques et qui font relativiser le sérieux d’un Blankfein osant avancer que le programme de réformes Macron reposerait sur des « bases rationnelles »…

Alors que se profile déjà les bulles spéculatives en tous genres (dettes privées et dette estudiantine aux Etats-Unis, dettes souveraines des Etats sauveurs des banques fautives, escroquerie du Bitcoin…) et avec elles le prochain krach boursier – comme tous les dix ans (1987, 1997-1998, 2007-2008…) -, les vautours et rapaces de la finance se permettent pourtant, encore et toujours, de professer et d’imposer leurs sinistres réformes (austérité, rigueur…).
Des réformes pompeusement qualifiées de « structurelles », propices surtout à augmenter les dividendes, les profits déjà démesurés au bénéfice croissant d’une infime minorité d’individus dans le monde.
Tout cela afin de satisfaire la cupidité définitivement pathologique et insatiable, socialement destructrice et criminelle, d’une poignée d’hommes et de femmes assoiffés de domination et de pouvoir.

Concernant la France, le petit président Macron 1er se voit donc investi des attentes des crapules cupides de Wall street et autres marchés financiers pour réformer ce qu’il reste à détruire de protections sociales, conquises de haute lutte par les anciennes générations pour l’intérêt général et contre les intérêts égoïstes du grand patronat et des gros actionnaires jamais assez gavés de pognon.

En 2013, Huw Pill, économiste en chef de Goldman Sachs, faisait l’honneur au journal Huffington Post de partager sa recette miracle à l’attention de François Hollande pour faire de la France un pays au goût des spéculateurs.
Ses conclusions et préconisations ?
Dépouiller toujours plus le secteur public au bénéfice du secteur privé – rien de bien extraordinaire depuis au moins 40 ans et le catéchisme néolibéral des Thatcher, Reagan et de leurs clones de droite et sociaux-démocrates – ; mais surtout, plus extrême, cet économiste en chef de Goldman Sachs préconisait une baisse générale des salaires, avec une réduction de la moyenne salariale qui -selon lui – devrait atteindre plus de 30% !
Voilà enfin une idée socialement et ambitieusement régressive ! Progressiste ?

Macron sera-t-il à la hauteur des attentes cyniques mises sur ses épaules par ces financiers faiseurs de présidents (et de crises) ?
Si la détermination et la soumission de ce président, davantage missionnaire que visionnaire, n’ont d’égal que son narcissisme, son opportunisme et sa mégalomanie, l’avenir s’annonce résolument sombre pour les classes moyennes et populaires.

Revue de presse :

  • Lloyd Blankfein: «Si Macron est assez fort pour mener ses réformes à terme, la France deviendra plus puissante»
    Par Bertille Bayart, Danièle Guinot, mis à jour ublié INTERVIEW – Le PDG de Goldman Sachs salue le programme de réformes en France. La banque américaine prévoit, du fait du Brexit, d’avoir deux centres sur le continent européen, un à Francfort, l’autre à Paris.
    Le gratin français de la vie des affaires avait rendez-vous mardi soir dernier à la Fondation Louis Vuitton, pour y admirer l’exposition consacrée au MoMA, mais aussi pour y célébrer les 30 ans de présence de Goldman Sachs à Paris. La banque d’investissement américaine s’est installée en France en 1987, l’année de la création du CAC 40.
    (…)
    Lloyd Blankfein : (…) Ce que je crois, c’est que la France vit un moment décisif. Le pays a un nouveau président, qui s’est engagé sur un programme de réformes qui certes ne fera pas plaisir à tout le monde, mais qui repose sur des bases rationnelles. Dans le domaine économique, il s’agit d’assouplir le marché du travail, de baisser les impôts, de rendre le pays plus compétitif. La France a toujours été une énigme pour moi. Il y a ici beaucoup d’entreprises de première classe mondiale et beaucoup de personnes talentueuses, formées par les meilleures écoles. Mais nombre d’entre elles ne sont pas en France, elles travaillent à Londres ou dans la Silicon Valley ! Ce pays n’a pas une économie ni une innovation à la hauteur de son potentiel. Parce que l’Etat pèse trop lourd.
    Si Emmanuel Macron est assez fort pour mener les réformes à terme, la France deviendra un pays encore plus puissant.
    (…)
    Source 1 : http://www.lefigaro.fr/societes/2017/11/19/20005-20171119ARTFIG00107-lloyd-blankfein-nous-avons-besoin-d-un-script-pour-le-brexit-et-vite.php
    Source 2 : https://www.pressreader.com/france/le-figaro/20171120/281517931419256
  • Interview avec Goldman Sachs. Huw Pill, économiste en chef de Goldman Sachs: « Le principal défaut de la France ? Un secteur public trop important »
    Par Grégory Raymond, le Huffingtonpost.fr, le 25 janvier 2013 (actualisé 5 octobre 2016)
    ECONOMIE – De passage à Paris pour faire le bilan de l’année passée et de celles à venir, les économistes de Goldman Sachs sont venus distiller leurs prévisions pour 2013. C’est Huw Pill, le « Monsieur Europe » de ses économistes, qui répond aux questions du HuffPost et balaye tous les sujets majeurs.
    (…)
    Une recette miracle pour François Hollande ?
    Il faudrait déplacer l’emprise de l’Etat vers le secteur privé. Ensuite, il faudrait s’appuyer sur une baisse des salaires générale, afin de regagner de la compétitivité. On estime que la France devrait réduire sa moyenne salariale d’environ un tiers, ce qui est politiquement impossible à imposer…
    (…)
    Source : http://www.huffingtonpost.fr/2013/01/20/goldman-sachs-france-huw-pill-france-interview-2013_n_2517175.html
Publié dans Banque & finance, France, Réformes & austérité

Austérité et arnaque (bis) ! La règle Dette publique / PIB, « c’est comme diviser des choux par des carottes… »

Intro :

A la fin du deuxième trimestre 2016, la dette publique de la France a été évaluée à
2 170,60 milliards d’euros. Soit 98,40% du Produit intérieur brut (PIB).

La dette publique de la France va donc bientôt franchir le cap symbolique – et soi-disant « fatidique » -, des 100% du PIB…

Mais comme la règle qui interdit aux Etats européens d’avoir un déficit public supérieur à 3% de leur PIB (règle inventée « sur un coin de table » en 1981 puis repris en 1992 pour le traité sur l’Union européenne (TUE) – le « traité de Maastricht »), le ratio de la dette publique sur le PIB est très peu comptablement sérieux et surtout très malhonnête.

Alors, pour quelle raison nos chers dirigeants politiques et autres spécialistes – si intelligents et si intègres…-, auraient-ils adopté ces deux règles ineptes, absurdes, stupides, comptablement infondées et s’évertuent-ils à imposer aux finances publiques ?

Un début de réponse…
…. En s’appuyant sur un discours et des règles aux apparences sérieuses car mathématiques et comptables, c’était (et c’est toujours) un des moyens nécessaires aux dirigeants politiques et grands prêtres néolibéraux pour imposer aux obscurs peuples européens que nous sommes, les sinistres et destructrices politiques d’austérité, de rigueur (pas comptable…) et autres politiques structurelles.
Des politiques néolibérales qui visent toujours moins de protection sociale, de services publics et plus de réductions salariales, de précarité, d’insécurité, afin que les intérêts privés puissent dégager toujours plus de profits, partagés entre les seuls membres d’une petite minorité de privilégiés.

Attendons-nous donc, dans les semaines ou mois prochains, à ce que le franchissement symbolique – mais encore une fois foncièrement absurde et malhonnête – des 100% du PIB de la dette publique française soit l’occasion de déclarations enflammées et dramatiques du petit personnel politique à la solde des puissants de ce monde.

Car si la rigueur comptable était appliquée et respectée, les stocks des dettes publiques des Etats ne devraient pas être comparés aux flux des PIB des Etats mais plus justement à d’autres stocks, en l’occurrence ceux  des actifs publics. Des actifs publics sur lesquels les cupides marchés privés souhaitent mettre la main depuis des décennies.

Et pour parvenir à leurs fins il convient de choquer les esprits du petit peuple. Pour cela, les spécialistes et autres experts néolibéraux français, relayés par les médias aux ordres, utilisent souvent l’image des pauvres nouveaux-nés lambda qui naissent avec déjà une dette à rembourser sur leurs fragiles têtes encore déplumées.

Evalué à 25 000 euros en 2005, puis 40 000 euros en 2015, le poids de cette dette sur les nouvelles générations s’avère en réalité assez fallacieux là aussi. Car si tout nouveau-né hérite de la dette de l’Etat (en plus du patrimoine éventuel de sa famille, certains étant déjà mieux lotis que d’autres…), ces nouveaux-nés héritent également des actifs de l’Etat (entre­prises et bâtiments publics, écoles, hôpitaux, infrastructures, aéroports, ports, routes, etc.).
Et comme le souligne même le journal Les Echos en décembre 2015, le solde entre dette publique et actifs publics n’est pas négatif mais bien encore positif, à plus de 5 000 euros pour chaque nouveau-né !

Vidéo :

  • « Dette de la France: fausses croyances et vérités cachées »
    Par Alexandre Mirlicourtois, Xerfi Canal, mars 2012

 

Articles :

  • Le Top 5 des croyances absurdes sur la dette et les déficits
    Par Pascal-Emmanuel Gobry, Atlantico, le 28 septembre 2012

    Cette semaine, Pascal Emmanuel Gobry donne quelques vérités sur les déficits et la dette qui en surprendront plus d’un…
    (…)
    Le ratio dette / PIB n’a aucun intérêt. Souvenez-vous de l’école primaire : après les additions, on vous apprend « qu’on ne peut pas additionner les choux et les carottes.” Et c’est vrai ! Ca n’a pas de sens ! Diviser les choux par les carottes non plus. Et donc quand on parle de ratio dette / PIB, c’est pareil. Le PIB est un flux : c’est (en gros) la somme des dépenses de tous les acteurs économiques sur une année. La dette publique est un stock. Diviser un stock par un flux c’est comme diviser des choux par des carottes. Le ratio dette / PIB peut avoir un intérêt quand on fait des comparaisons internationales, puisqu’il permet de comparer plusieurs pays, mais même là c’est périlleux.
    Lorsque quelqu’un vous parle de ratio de dette / PIB, vous pouvez être à peu près sûr qu’il ne sait pas de quoi il parle.
    (…)
    Source : www.atlantico.fr/decryptage/top-5-croyances-absurdes-dette-et-deficits-pascal-emmanuel-gobry-496332.htm
  • Dette publique : une longue dérive atténuée par la baisse des taux
    Par Ingrid Feuerstein, Les Echos, le 24 décembre 2015
    La baisse des taux d’intérêt a permis de limiter la dérive de l’endettement public. La charge de la dette pour le budget de l’Etat n’a pas explosé. Elle est restée quasiment stable. Mais elle n’en représente pas moins le deuxième poste de dépenses de l’Etat.
    (…)
    Un ratio proche de 100 % du PIB
    En dix ans, la dette publique n’a cessé d’augmenter, passant de 66 % du PIB en 2005 à 96,9 % au troisième trimestre 2015. Sa progression a été légèrement moins rapide que ce qu’on envisageait en 2005. Le rapport Pébereau prévoyait que la barre des 100 % serait dépassée dès 2014. Tout en alertant sur le fait que l’approche de ce seuil périlleux déclencherait une perte de confiance des marchés, ce qui conduirait les investisseurs à exiger une prime de risque de plus en plus élevée. Les travaux de Reinhart et Rogoff, publiés en 2010, abondaient dans ce sens. Ils avaient démontré que lorsque la dette d’un pays dépassait les 90 % du PIB, celui-ci entrait en récession. Ces travaux ont été démontés depuis, et les expériences de divers pays de la zone euro ont montré qu’il était très difficile de définir un niveau de dette publique au-delà duquel un pays est en faillite.
    Une valeur patrimoniale dégradée
    Chaque nouveau-né arrive dans la vie avec une dette vis-à-vis de l’Etat de plus de 40.000 euros. C’était 25.000 euros en 2005. C’est l’image souvent utilisée pour illustrer le poids de la dette sur les nouvelles générations. Mais les économistes préfèrent raisonner en termes de valeur nette du patrimoine. Car un nouveau-né hérite tout autant de la dette de l’Etat que de ses actifs (entre­prises et bâtiments publics, routes, infrastructures, etc.) Dans ce cas, le solde est positif, à plus de 5.000 euros. Mais cette valeur nette s’est dégradée en dix ans, sous l’effet de la hausse de la dette et d’une valorisation moins rapide du patrimoine de l’Etat, notamment de l’immobilier. Après avoir atteint un sommet­ à plus de 50 % du PIB en 2007, la valeur nette du patrimoine des administrations publiques a fortement chuté, pour retomber à moins de 20 % du PIB en 2014.
    (…)
    Source : www.lesechos.fr/24/12/2015/lesechos.fr/021579415194_dette-publique—une-longue-derive-attenuee-par-la-baisse-des-taux.htm?texte=france%20dette%20publique%20actifs%20publics

 

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