Austérité et arnaque (bis) ! La règle Dette publique / PIB, « c’est comme diviser des choux par des carottes… »

Intro :

A la fin du deuxième trimestre 2016, la dette publique de la France a été évaluée à
2 170,60 milliards d’euros. Soit 98,40% du Produit intérieur brut (PIB).

La dette publique de la France va donc bientôt franchir le cap symbolique – et soi-disant « fatidique » -, des 100% du PIB…

Mais comme la règle qui interdit aux Etats européens d’avoir un déficit public supérieur à 3% de leur PIB (règle inventée « sur un coin de table » en 1981 puis repris en 1992 pour le traité sur l’Union européenne (TUE) – le « traité de Maastricht »), le ratio de la dette publique sur le PIB est très peu comptablement sérieux et surtout très malhonnête.

Alors, pour quelle raison nos chers dirigeants politiques et autres spécialistes – si intelligents et si intègres…-, auraient-ils adopté ces deux règles ineptes, absurdes, stupides, comptablement infondées et s’évertuent-ils à imposer aux finances publiques ?

Un début de réponse…
…. En s’appuyant sur un discours et des règles aux apparences sérieuses car mathématiques et comptables, c’était (et c’est toujours) un des moyens nécessaires aux dirigeants politiques et grands prêtres néolibéraux pour imposer aux obscurs peuples européens que nous sommes, les sinistres et destructrices politiques d’austérité, de rigueur (pas comptable…) et autres politiques structurelles.
Des politiques néolibérales qui visent toujours moins de protection sociale, de services publics et plus de réductions salariales, de précarité, d’insécurité, afin que les intérêts privés puissent dégager toujours plus de profits, partagés entre les seuls membres d’une petite minorité de privilégiés.

Attendons-nous donc dans les semaines ou mois prochains à ce que le franchissement symbolique – mais encore une fois foncièrement absurde et malhonnête – des 100% du PIB de la dette publique française soit l’occasion de déclarations enflammées et dramatiques du petit personnel politique à la solde des puissants de ce monde.

Car si la rigueur comptable était appliquée et respectée, les stocks des dettes publiques des Etats ne devraient pas être comparés aux flux des PIB des Etats mais plus justement à d’autres stocks, en l’occurence ceux  des actifs publics. Des actifs publics sur lesquels les cupides marchés privés souhaitent mettre la main depuis des décennies.

Et pour parvenir à leurs fins il convient de choquer les esprits du petit peuple. Pour cela, les spécialistes et autres experts néolibéraux français, relayés par les médias aux ordres, utilisent souvent l’image des pauvres nouveaux-nés lambda qui naissent avec déjà une dette à rembourser sur leurs fragiles têtes encore déplumées.

Evalué à 25 000 euros en 2005, puis 40 000 euros en 2015, le poids de cette dette sur les nouvelles générations s’avère en réalité assez fallacieux là aussi. Car si tout nouveau-né hérite de la dette de l’Etat (en plus du patrimoine éventuel de sa famille, certains étant déjà mieux lotis que d’autres), ces nouveaux-nés héritent également des actifs de l’Etat (entre­prises et bâtiments publics, écoles, hôpitaux, infrastructures, aéroports, ports, routes, etc.).
Et comme le souligne le journal Les Echos en décembre 2015, le solde entre dette publique et actifs publics n’est pas négatif mais bien encore positif, à plus de 5 000 euros…

Vidéo :

  • « Dette de la France: fausses croyances et vérités cachées »
    Par Alexandre Mirlicourtois, Xerfi Canal, mars 2012

 

Articles :

  • Le Top 5 des croyances absurdes sur la dette et les déficits
    Par Pascal-Emmanuel Gobry, Atlantico, le 28 septembre 2012

    Cette semaine, Pascal Emmanuel Gobry donne quelques vérités sur les déficits et la dette qui en surprendront plus d’un…
    (…)
    Le ratio dette / PIB n’a aucun intérêt. Souvenez-vous de l’école primaire : après les additions, on vous apprend « qu’on ne peut pas additionner les choux et les carottes.” Et c’est vrai ! Ca n’a pas de sens ! Diviser les choux par les carottes non plus. Et donc quand on parle de ratio dette / PIB, c’est pareil. Le PIB est un flux : c’est (en gros) la somme des dépenses de tous les acteurs économiques sur une année. La dette publique est un stock. Diviser un stock par un flux c’est comme diviser des choux par des carottes. Le ratio dette / PIB peut avoir un intérêt quand on fait des comparaisons internationales, puisqu’il permet de comparer plusieurs pays, mais même là c’est périlleux.
    Lorsque quelqu’un vous parle de ratio de dette / PIB, vous pouvez être à peu près sûr qu’il ne sait pas de quoi il parle.
    (…)
    Source : www.atlantico.fr/decryptage/top-5-croyances-absurdes-dette-et-deficits-pascal-emmanuel-gobry-496332.html
  • Dette publique : une longue dérive atténuée par la baisse des taux
    Par Ingrid Feuerstein, Les Echos, le 24 décembre 2015
    La baisse des taux d’intérêt a permis de limiter la dérive de l’endettement public. La charge de la dette pour le budget de l’Etat n’a pas explosé. Elle est restée quasiment stable. Mais elle n’en représente pas moins le deuxième poste de dépenses de l’Etat.
    (…)
    Un ratio proche de 100 % du PIB
    En dix ans, la dette publique n’a cessé d’augmenter, passant de 66 % du PIB en 2005 à 96,9 % au troisième trimestre 2015. Sa progression a été légèrement moins rapide que ce qu’on envisageait en 2005. Le rapport Pébereau prévoyait que la barre des 100 % serait dépassée dès 2014. Tout en alertant sur le fait que l’approche de ce seuil périlleux déclencherait une perte de confiance des marchés, ce qui conduirait les investisseurs à exiger une prime de risque de plus en plus élevée. Les travaux de Reinhart et Rogoff, publiés en 2010, abondaient dans ce sens. Ils avaient démontré que lorsque la dette d’un pays dépassait les 90 % du PIB, celui-ci entrait en récession. Ces travaux ont été démontés depuis, et les expériences de divers pays de la zone euro ont montré qu’il était très difficile de définir un niveau de dette publique au-delà duquel un pays est en faillite.
    Une valeur patrimoniale dégradée
    Chaque nouveau-né arrive dans la vie avec une dette vis-à-vis de l’Etat de plus de 40.000 euros. C’était 25.000 euros en 2005. C’est l’image souvent utilisée pour illustrer le poids de la dette sur les nouvelles générations. Mais les économistes préfèrent raisonner en termes de valeur nette du patrimoine. Car un nouveau-né hérite tout autant de la dette de l’Etat que de ses actifs (entre­prises et bâtiments publics, routes, infrastructures, etc.) Dans ce cas, le solde est positif, à plus de 5.000 euros. Mais cette valeur nette s’est dégradée en dix ans, sous l’effet de la hausse de la dette et d’une valorisation moins rapide du patrimoine de l’Etat, notamment de l’immobilier. Après avoir atteint un sommet­ à plus de 50 % du PIB en 2007, la valeur nette du patrimoine des administrations publiques a fortement chuté, pour retomber à moins de 20 % du PIB en 2014.
    (…)
    Source : www.lesechos.fr/24/12/2015/lesechos.fr/021579415194_dette-publique—une-longue-derive-attenuee-par-la-baisse-des-taux.htm?texte=france%20dette%20publique%20actifs%20publics

 

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Austérité et arnaque ! La règle des 3% maximum du PIB pour le déficit des Etats est née « sur un coin de table »

Intro :

« En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées ! » clamait une célèbre publicité dans les années 1970, période marquée par le premier choc pétrolier d’octobre 1973 suivi par celui de 1979.

A l’heure d’un modeste renouveau des produits Fabriqué en France pour contrer un tant soit peu les dégâts économiques et sociaux causés par le capitalisme financier mondialisé, il est une idée qui reste assez méconnue du grand public : la règle qui veut que le déficit public d’un Etat ne dépasse pas 3% de son PIB (Produit intérieur brut).

Cette règle, imposée désormais à tous les Etats européens, au risque de se voir infliger en cas de non respect une correction économique de la part des instances européennes, et bien ce ratio de 3% a été créé au début des années 1980 par un Français, monsieur Guy Abeille.

Son récit permet de mieux comprendre l’origine de cet indicateur et éclaire surtout sur son caractère approximatif et inepte, sans le mondre fondement économique défendable. Un indicateur « né sur un coin de table » qui compare « des choux et des carottes » mais qui a pourtant été adopté comme une référence pour contraindre les Etats à mettre en oeuvre des réformes dites « structurelles » et les peuples à subir et endurer les « politiques d’austérité », réformes et politiques destinées en réalité à servir les profits des multinationales et de la finance, les intérêts des plus riches.
Des réformes économiques aux conséquences sociales et sanitaires dramatiques pour les populations, notamment en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Italie, mais aussi en Irlande, en Grande-Bretagne, en Allemagne, etc.

Jusqu’à quand les peuples européens vont-ils encore supporter et accepter cette sinistre mascarade politique et économique qui va a l’encontre leurs intérêts et débouche sur des situations économiques et sociales criminelles contre les plus vulnérables, tandis que les grandes fortunes et autres rentiers ne cessent de voir la part de leurs richesses et de leurs privilèges s’accroître démesurément ?

Revue de presse :

  •  Le déficit à 3 % du PIB, un chiffre né… en France, en 1981
    Le Monde, le 29 septembre 2012
    (…)
    « Une petite poussière »
    « Ça », c’est ce chiffre rond, impair et rapporté au PIB car « tout ce qui est gros semble pouvoir lui être comparé », écrit M. Abeille dans un récit publié par LaTribune.fr en 2010. Ce ratio servira à dédramatiser un déficit qui s’achemine vers 100 milliards de francs, soit environ 3 % du PIB. Grâce à ce critère, « le chiffre massif devint une petite poussière. C’est passé comme de l’eau sur l’aile d’un canard », se souvient M. Abeille.L’homme a confié à nouveau son histoire au Parisien, qui l’a surnommé « Monsieur 3 % » vendredi 28 septembre. Le jour même où la France, pour ramener son déficit à ce chiffre, présentait un plan d’austérité historique. En se rendant au kiosque à journaux ce matin-là, M. Abeille a senti les regards désapprobateurs, entendu les « tout cela, c’est à cause de vous ». « Il ne faut pas faire de moi ce que je ne suis pas », se défend-il aujourd’hui.
    « Absurde »
    Le chiffre n’est devenu le critère que l’on connaît qu’« une fois pris dans la machine du pouvoir », dit-ilM. Abeille n’aurait joué qu’un rôle secondaire dans cette affaire. Pour preuve, Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand, qui revendique en partie la paternité de ce 3 %, « ne connaît pas ce monsieur ».Pour M.Attali, ce chiffre a été retenu en France car il correspondait peu ou prou au montant des investissements publics de l’époque. Pour réduire le déficit sans asphyxier l’économie, fixer la limite à 3 % duPIB semblait pertinent.Puis l’Europe s’en est emparé et le reprit dans le traité de Maastricht. Tous les pays semblaient tendre vers ce niveau. Même si le ratio « est devenu absurde », pense l’ancien sherpa de Mitterrand. Et qu’ il « mélange des choux et des carottes », souligne M. Abeille.
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    Source : ww w.lemonde.fr/politique/article/2012/09/29/le-deficit-a-3-du-pib-un-chiffre-ne-en-france-en-1981_1767684_823448.html
  • « A l’origine du déficit à 3% du PIB, une invention 100%… française »
    Par Guy Abeille, économiste, latribune.fr, le 1er octobre 2010
    François Hollande a confirmé dimanche soir l’objectif de ramener à 3% du PIB le déficit public dés 2013, au prix d’un plan de rigueur sans précédent. Mais d’où vient ce chiffre magique tout rond de 3% et pourquoi dirige-t-il aujourd’hui la politique économique en Europe ? Guy Abeille était chargé de mission au ministère des Finances sous Giscard puis au début de l’ère Mitterrand. Il a raconté pour La Tribune comment est né, en France et non en Allemagne, ce sacro-saint ratio pour les déficits publics. A l’origine, il s’agissait d’imposer la rigueur aux ministres socialistes. Puis cette référence cardinale a fait école, bien qu’elle fut dépourvue du moindre sens économique.
    (Lire la suite…)
    Source : www.latribune.fr/opinions/tribunes/20101001trib000554871/a-l-origine-du-deficit-a-3-du-pib-une-invention-100-francaise.html
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Election présidentielle française 2017 : le bal des menteurs

Intro :

Les bonimenteurs des tables de la Loi du Marché (aux salariés pauvres et aux esclaves), les baratineurs de la théorie du ruissellement et de la mondialisation néolibérale heureuse, les camelots cupides et serviles du Big business, les vaniteux de la posture politique boursouflée et de l’imposture assumée, en une phrase, les fossoyeurs de la République et les détrousseurs de l’intérêt général, tous rempilent et remontent sur leurs estrades pour nous jouer la petite musique quinquennale destinée à endormir, à enfumer le petit peuple afin de continuer à le dépouiller encore davantage.

Tout au long de l’histoire et des innovations technologiques, le mensonge politique n’a cessé de se sophistiquer afin d’entretenir le doute, l’espoir, en préservant les apparences d’un débat et de processus politiques soi-disant démocratiques. Ceci, afin de permettre aux oligarchies dirigeantes et à leur petit cercle de profiteurs privés, de préserver et même d’accroître leurs richesses, leur puissance par l’obscurantisme et la manipulation.

Un plaisant petit ouvrage attribué à Jonathan Swift (1667-1745) ou à son contemporain et ami John Arbuthnot (1667-1735), évoque les règles de L’art du mensonge politique (1733).
Ce pamphlet ironique mais lucide vient compléter et enrichir sous un autre jour les sombres et froids conseils de Machiavel (1469-1527) livrés dans son ouvrage Le Prince (1532) ; des conseils susurrés à l’oreille des psychopathes du pouvoir et mis en musique – avec plus ou moins de talent il est vrai – par tous les cyniques pipoteurs politiques que cette pauvre planète a dû supporter depuis que l’homme la foule aux pieds.

Dans l’édition Jérôme Millon de 2011, le texte de Swift (ou Arbuthnot…) est précédé d’un instructif texte de présentation rédigé par Jean-Jacques Courtine intitulé Le mentir vrai. Pour enrichir son propos, l’auteur y cite également Hannah Arendt :

« Le secret (…), la tromperie, la falsification délibérée et le mensonge pur et simple employés comme moyens légitimes de parvenir à la réalisation d’objectifs politiques, font partie de l’histoire aussi loin qu’on remonte dans le passé. La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques, et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques. »

(« Du mensonge en politique », dans « Du mensonge à la violence », Paris, Calmann-Lévy, 1972, p. 8-9)

Le sinistre cirque des politicards et leurs caravanes – sponsorisées par les marchands de pétrole, de dettes, de malbouffe et de maladies, de canons et autres faiseurs de misère et de mort -, ont donc repris la route de la campagne électorale afin de recueillir le suffrage des citoyens. Suffrage qui leur conférera l’once de légitimité « démocratique » qui sinon leur ferait cruellement défaut pour justifier ensuite le droit de décider au nom des peuples (en réalité, pour le compte et les profits de leurs riches et égoïstes donneurs d’ordres, qui sauront eux-mêmes les remercier ensuite pour leur dévouement à leur cause, la cause des riches).

A chacun de se rappeler la maxime intemporelle : Les promesses n’engagent que celles et ceux qui les écoutent

Pour terminer avec Serge Halimi, actuel directeur du mensuel Le Monde diplomatique et également auteur, entre autres, du livre Les nouveaux chiens de garde (1997) qui a inspiré ensuite le film documentaire du même nom : La lucidité est une forme de résistance !

Livre :

lart-du-mensonge-politique

Article :

  • L’art du mensonge
    Par François Busnel, L’Express, le 29 mars 2007

    La campagne électorale sera littéraire ou ne sera pas. Puisque la politique contamine l’édition (on dénombre ces temps-ci des dizaines de navets de politique-fiction: passez votre chemin, ils sont tous aussi bâclés les uns que les autres), laissons la littérature s’en prendre à la politique.Un éditeur grenoblois, Jérôme Millon, a l’excellente idée de rééditer un court texte – introuvable – attribué à l’auteur des Voyages de Gulliver, Jonathan Swift. L’Art du mensonge politique est un petit bijou. Tiré à quelques exemplaires, en 1733, en guise de souscription pour un traité qui ne vit jamais le jour, ce pamphlet n’a pas pris une ride. Certes, on a fait, depuis Swift, de grands progrès dans l’art de mentir (chaque semaine nous en apporte des preuves supplémentaires, tantôt cocasses, tantôt tragiques), mais il faut reconnaître que l’écrivain sut théoriser en quelques pages les mille nuances que recouvre ce jeu qui consiste à duper le peuple, prétendument pour son bien. D’ailleurs, précise Swift, le peuple se venge des mensonges des politiques en mentant à son tour: tandis que les ministres mentent au peuple pour le gouverner, ce dernier fait courir rumeurs et calomnies sur les spécialistes du mirage politique afin de se débarrasser d’eux.

    Le mensonge, en démocratie, se pratique donc en cercle fermé. Swift recommande également à nos princes de l’illusion d’éviter tout personnage qu’ils soupçonnent d’être sincère: là gît le caillou qui fera caler la machine. Enfin, prenez garde, menteurs qui nous dirigez, de ne pas trop croire en vos propres contes, rappelle Swift: la politique ne réussit guère à ceux qui finissent par s’illusionner eux-mêmes. Canular ou traité philosophique? Trompeurs et trompés trouveront là matière à réflexion autant qu’à distraction.

    Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-art-du-mensonge_822047.html

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Résistance : la critique (éclairée et vitale) des élites et oligarchies

Intro :

Plus beaucoup le temps hélas d’écrire. D’autres le font très bien.

Ainsi, un excellent article, publié par la revue trimestrielle Frustration (ci-dessous), qui aborde la problématique soulevée par certains discours, certains médias, certains « spécialistes », qui embrouillent l’analyse (historique, sociologique, géopolitique…) des structures et des réseaux oligarchiques plus ou moins connus ; analyses qui obscurcissent et polluent la critique légitime et vitale du pouvoir grandissant, fascisant, des élites sévissant sur tous les continents.

Des élites, nostalgiques du capitalisme sauvage et du darwinisme social plus particulièrement d’avant le krach de 1929, d’avant les politiques progressistes, régulatrices, redistributives de l’Etat-providence ; des politiques insupportables à ces partisans d’un capitalisme sans limite, totalitaire, adeptes fervents d’une Providence mais sans Etat.

Des élites, (re)fondatrices du (néo)libéralisme, qui sont à l’origine notamment de la pseudo crise de la démocratie du milieu des années 1970 (The Crisis of democracy, 1975), prétexte à l’instauration d’une nouvelle orthodoxie économique (monétarisme) qui débouche depuis 40 ans sur l’accroissement constant – et bien souvent criminel (chômage, précarité, désespérance…, suicides) -, des inégalités socio-économiques entre classes possédantes et classes moyennes/populaires.

Des élites, qui, il y a quarante ans, ont donc vendu la « crise des démocraties » et qui depuis, ont tout fait pour que cette crise saggrave


Article
:

Il n’y a pas de lézards mais il y a bien des capitalistes – Comment anti-complotistes et conspirationnistes empêchent la critique des élites

En mars dernier, le magazine Society bombardait les transports en commun de la couverture de son 27e numéro : un doigt accusateur pointé vers nous accompagné du titre : « Enquête : On vous ment ? Comment le complotisme est devenu l’idéologie dominante ». Ce titre alarmiste montre à quel point les « théories du complot » sont devenus l’objet de prédilection des journalistes mais aussi des politiques qui s’emploient à dénoncer leur multiplication. Le ministère de l’Éducation nationale a ainsi mis en place une série de mesures pour lutter contre leur diffusion dans les établissements scolaires. On apprend sur le site Internet dédié[1] que les enseignants doivent impérativement lutter contre tout discours qui décrirait le cours des événements dans le monde (attentats, guerres, mesures politiques, etc.) comme étant manipulé par un groupe caché d’individus. Cette dénonciation du complotisme a la vertu de lutter contre les explications racistes et simplificatrices des choses : on lutte ainsi contre la propension des jeunes à croire que derrière chaque attentat en France il y aurait « les juifs ». Le problème c’est qu’en luttant contre les explications les plus simplistes on élimine au passage des théories réalistes mais qui décrivent elles aussi quelque chose comme l’action concertée d’un groupe d’individus contre l’intérêt général. Ainsi, si l’on parle par exemple de l’action – pourtant avérée – des multinationales pour orienter la recherche scientifique ou les décisions politiques, on sera complotiste. Si l’on s’interroge sur les raisons véritables des interventions militaires occidentales, on sera complotiste. Si l’on dit que les grands bourgeois ont, en France, tout un tas de connexions politiques et administratives qui leur permettent de promouvoir leurs intérêts financiers et patrimoniaux, on « tombera dans la théorie du complot ». À la longue, cette stigmatisation du complotisme, en mettant dans le même panier des choses qui n’ont pourtant pas le même degré de réalité, discrédite toute critique des élites. Beaucoup trop de gens se retrouvent à devoir se taire plutôt que d’exprimer leur révolte face aux inégalités de pouvoir, pour ne pas être taxés de complotistes. Enseignants, journalistes, sociologues proposent des analyses épurées de toute critique des élites pour ne pas être stigmatisés et subir des sanctions. Comment en est-on arrivé là et comment s’en sortir ?

Montée de la défiance et développement des théories du complot dans les années 1990

Dans les années 1990, la série américaine X-Files enregistrait des records d’audience en France et aux États-Unis. Durant dix ans, la chaîne M6 diffusait cette intrigue dont le principal ressort est la volonté perpétuelle du gouvernement américain et du secteur militaro-industriel d’effacer les traces de ses actions pour s’emparer d’une technologie extra-terrestre, manipuler des populations, laver le cerveau de pilotes d’essais, etc. Les deux charismatiques héros de la série menaient leur enquête dans cette atmosphère paranoïaque où la vérité était toujours « out there » c’est-à-dire au-delà de la version officielle. À l’époque, politiques et intellectuels faisaient de la série le symptôme d’un mal profond qui gangrenait nos sociétés démocratiques : la défiance envers les institutions. Par la suite, cette défiance n’a cessé d’augmenter dans la population française, incarnée par deux préjugés populaires simples : les politiques travaillent pour d’autres intérêts que les nôtres (le « tous pourris ») et la version officielle des faits n’est toujours qu’une partie de la vérité, voire un mensonge (« on ne nous dit pas tout »). De nombreuses affaires sont venues confirmer ces sentiments : les magouilles électorales de tel ou tel politique, les mensonges des gouvernements pour justifier telle ou telle guerre (on pense en particulier à l’inexistence des « armes de destruction massives » pourtant unique justification de l’invasion américaine en Irak en 2003), etc. Ces dérives bien réelles se sont accompagnées de théories plus ou moins farfelues sur les actions cachées de nos dirigeants, l’une des plus extrêmes étant celle qui a attribué (selon diverses modalités) l’attentat contre le Word Trade Center à New York et le Pentagone à Washington DC au gouvernement américain lui-même. Ces théories relatives au 11 septembre 2001 ont connu une grande audience dans les années qui ont suivi, notamment grâce à la viralité de vidéos « documentaires » dans un Internet en plein boom.

Des spécialistes de la lutte contre le conspirationnisme au service de l’ordre établi

Durant les 15 années qui ont suivi, tout un secteur de recherche s’est constitué en France pour répondre scientifiquement à cette vague de théories du complot. Désormais, on trouve deux observatoires du net (Conspiracy Watch et Hoax Buster – sites français comme leur nom ne l’indique pas), deux sociologues spécialistes du complotisme publiant régulièrement des ouvrages sur la question (Gérald Bronner et Pierre-André Taguieff) et une flopée de journalistes qui s’en font les promoteurs. Conspiracy Watch et Hoax Buster se donnent pour mission de répondre aux rumeurs et théories qui circulent sur le web. Hoax Buster est un site collaboratif pas aussi grand que Wikipedia mais fonctionnant de manière similaire : chaque théorie se diffusant vite sur le net (comme celles au sujet des attentats de Charlie Hebdo par exemple) est soumise à l’examen d’une communauté de vérificateurs qui vont recouper les faits et contrôler mutuellement leurs informations. Hoax Buster voit les théories du complot comme des informations parmi d’autres à vérifier.

Conspiracy Watch fonctionne différemment : c’est un site d’analyse du conspirationnisme, défini comme une attitude menant au complotisme. Selon le site, c’est plus précisément une disposition d’esprit « consistant à remettre en cause abusivement l’explication communément admise de certains phénomènes sociaux ou événements marquants au profit d’un récit explicatif alternatif qui postule l’existence d’une conspiration et dénonce les individus ou les groupes qui y auraient pris part. » Le caractère abusif consiste, nous précise l’observatoire, à s’affranchir des règles de l’analyse scientifique (l’examen de preuves, l’acceptation de la contradiction, etc.), et le fait de postuler tient à ce que les auteurs ne parviennent jamais à démontrer l’existence de la conspiration. Conspiracy Watch n’est pas un site participatif mais plutôt une sorte de blog d’un individu, Rudy Reichstadt, qui s’appuie sur son existence pour s’auto-proclamer spécialiste du conspirationnisme.

Côté sociologues, Pierre-André Taguieff est un spécialiste de « l’histoire des idées » enseignant à Sciences Po Paris et qui explique la propension à voir des complots dans l’histoire comme une volonté pour les peuples de compenser la perte de la religion et de « réenchanter » le monde en trouvant des explications plus simples que la réalité « toujours plus complexe ». Il insiste beaucoup sur le fait qu’en définitive, toutes les théories du complot finissent par désigner « le juif » comme manipulateur de première. Dans un registre qui se veut plus scientifique, Gérald Bronner, professeur à l’université Paris VIII, est un spécialiste des croyances et de la rationalité (c’est dire s’il est une référence sérieuse). Dans un livre à succès La Démocratie des crédules, il montre comment l’accès de tous à l’information et à l’opinion, via Internet et la démocratie, permet le succès de théories du complot les plus farfelues. Ses travaux mettent en valeur les mécanismes psychologiques qui poussent à adhérer au conspirationnisme, les « biais cognitifs » (des pentes naturelles de l’esprit à croire le faux plutôt que le vrai). Bronner en appelle à la mobilisation des gens qualifiés et à une « révolution pédagogique » de lutte contre le complotisme à l’école, ce qui a inspiré le ministère de l’Éducation nationale. Mais Gérald Bronner ne s’intéresse pas qu’aux théories du complot les plus farfelues. Il commente aussi les doutes, selon lui excessifs, que ses concitoyens entretiennent à l’égard de la médecine, du secteur pharmaceutique ou encore de nos choix énergétiques.

Et c’est là que le verni de neutralité du chercheur commence à craquer : en mettant dans un même ouvrage les rumeurs les plus farfelues (comme le fait de croire que les traînées de condensation produite par les avions en altitude est en fait de l’épandage de fluor pour juguler l’esprit critique des populations – comme si nos élites avaient besoin de ça, alors qu’elles ont BFM TV et le Parti socialiste) et les doutes populaires à l’égard, par exemple, de la sécurité des installations nucléaires, Bronner contribue à salir les seconds du ridicule des premiers. Puisque douter de nos institutions politiques, sécuritaires et scientifiques serait similaire à croire dans le fait qu’Obama est en réalité un extra-terrestre, alors l’attitude la plus rationnelle serait de ne douter de rien. Il est ainsi l’un des critiques virulents du « principe de précaution », cette norme défendue par les écologistes pour empêcher l’utilisation d’une technologie tant que sa sûreté et sa fiabilité n’ont pas été rigoureusement prouvées. Or, Gérald Bronner, comme beaucoup d’universitaires, fait quelques extras. Il est ainsi membre du conseil scientifique d’Areva, une des plus grandes entreprises constructrices et gestionnaires d’installations nucléaires d’Europe. Si on continue de tirer le fil, on se rend compte ainsi que Pierre-André Taguieff et Rudy Reichstadt sont membres du « cercle de l’oratoire », un groupe de réflexion néoconservateur fondé après les attentats du 11 septembre avec comme objectif de « lutter contre la montée de l’antiaméricanisme en France ». Rudy Reichstadt travaille aussi pour la Fondation Jean-Jaurès, un think tank du Parti socialiste. Ces spécialistes des théories du complot sont donc juges et parties : ils sont à la fois pourfendeurs de toutes les théories qui critiquent les élites politiques, économiques et scientifiques et qui relèvent les liens qui se nouent entre elles et proches de ces élites ! À leur corps défendant ils sont en fait une des nombreuses preuves que décrire le fonctionnement des élites de manière complotiste est en fait tout à fait rationnel.

Oui, les élites complotent souvent

Nos trois chercheurs sont un bon exemple de la manière dont nos élites agissent pour préserver leurs intérêts : elles prétendent agir pour l’intérêt général et tiennent un discours technique, scientifique qui ne laisse rien voir de leurs intentions (ici l’utilisation du vocabulaire de la sociologie, le terme d’ « observatoire » pour désigner le site Internet pourtant très politique de Rudy Reichstadt) et qui donc cache leurs intérêts réels au plus grand nombre. L’un des objectifs de leur action est de discréditer la critique sociale. Ils ont d’ailleurs commencé à s’en prendre à ceux de leur propre profession, ces sociologues qui, dans la lignée de Pierre Bourdieu, étudient les mécanismes de reproduction des élites et de préservation de leur domination, notamment à l’école. Ensuite, ils discréditent toute une partie de la gauche antilibérale, accusée elle aussi de complotisme, puisqu’elle dit que les plus riches influencent la vie politique à leur avantage. L’anathème qu’ils ont créé produit des effets puissants, de censure et d’auto-censure, avec une apparence de neutralité scientifique, qui conduit à la préservation de l’ordre social dont ils bénéficient. Gérald Bronner a dû être bien apprécié des partisans du nucléaire pour avoir sa place au conseil scientifique d’Areva. Tandis que Reichstadt et Taguieff produisent des analyses qui plaisent bien aux grands médias pour être devenus leurs interlocuteurs privilégiés. Dans le champ de la recherche, ils sont accrédités par le CEVIPOF, laboratoire de Sciences Po Paris qui a un quasi monopole sur la description des attitudes politiques des Français et qui est trusté par des chercheurs sympathisants ou militants PS ou Les Républicains.

Il n’y a pas que les élites scientifiques qui cachent une partie de leur action et qui jouent en faveur de l’ordre établi. Les élus des grands partis jouent aussi un autre jeu que celui de la simple représentation du peuple. Il faudrait tout de même être particulièrement naïf en 2016 pour croire que nos députés et nos ministres agissent de manière désintéressée et n’ayant qu’à l’esprit la volonté et l’intérêt de leurs électeurs. Le simple fait que plus de 80 % de l’Assemblée nationale est composée de cadres en dit long sur les biais sociologiques de nos représentants : tous bords confondus, ils sont plus à l’écoute de leur classe sociale que du reste de la population. Pire encore, un coup d’œil du côté de leur formation et de leur parcours professionnel laisse clairement penser qu’ils entretiennent des liens de complicité avec l’élite économique, qui fréquente les mêmes grandes écoles qu’eux et les mêmes cercles de sociabilité. Nicolas Sarkozy avec toute sa clique d’amis patrons n’était qu’un aperçu particulièrement caricatural d’une situation banale chez nos « représentants ». Certains politiques passent d’ailleurs allègrement de leur mandat à des activités pour des entreprises privées. On appelle cela le « pantouflage » et cette pratique met en valeur les liens d’interdépendance entre grandes entreprises et politiques : les premières ont besoin d’une classe politique qui ne les bouscule pas trop et qui promeut leurs intérêts, les seconds d’entreprises pour lesquelles travailler aux moments où ils n’ont plus de mandat (quand la gauche perd la majorité au profit de la droite et vice-versa). Aquilino Morelle, ex-conseiller de François Hollande célèbre pour avoir mobilisé un salon de l’Élysée pour faire cirer sa trentaine de paires de chaussures, a eu par exemple ce genre de parcours : haut fonctionnaire à l’Inspection générale des affaires sociales puis conseiller de nombreux hommes politiques des années 1990 à nos jours, il travaille aussi pour le groupe de publicité Euro RSCG (Désormais Havas Worldwide) pour conseiller sur des stratégies de communication visant à améliorer l’image de grands labos pharmaceutiques. Il a même fini par créer sa propre entreprise de conseil pour les industries pharmaceutiques, organisant par exemple des rencontres entre futurs politiciens influents et grandes entreprises. Sachant que son parcours est loin d’être unique, comment s’étonner qu’une grande partie des Français pense que la classe politique est corrompue ? En 2013, selon une enquête[2], nous étions plus de 50 % à être d’accord avec l’énoncé « on ne sait pas qui tire les ficelles » en politique. Sommes nous une majorité de victimes du « complotisme » ?

Ne pas laisser la critique des élites aux conspirationnistes

S’il nous semble donc illégitime d’associer tout soupçon de collusion entre élites et de corruption de leurs membres à du conspirationnisme, il faut aussi admettre qu’il y a de belles conneries qui sont entretenues par les théories les plus extrêmes. Généralement, c’est au niveau des mobiles de l’action de nos élites que nous sommes profondément en désaccord avec les « vrais » complotistes. Par exemple, dire que nos élites agiraient ainsi car elles seraient juives ou sionistes (selon les théories), ou qu’elles partageraient toutes le dessein d’instaurer un Nouvel Ordre Mondial est particulièrement contre-productif car cela passe à côté de la réalité. Si les membres des classes supérieures sont souvent solidaires les uns des autres c’est d’abord pour préserver les intérêts de leur classe et leurs profits financiers et politiques individuels. Ce n’est ni parce qu’ils sont juifs, homosexuels ou francs-maçons qu’ils détournent perpétuellement l’intérêt de la majorité. C’est parce que ce sont des gens riches qui veulent préserver leur richesse dans un monde où la majorité pâtit justement de leur enrichissement. Les riches juifs se foutent pas mal des pauvres juifs. En revanche, ils peuvent tout à fait travailler avec de riches catholiques ou de riches musulmans. Pour le profit, il n’y a pas de barrière ethnique ou religieuse qui tienne, il suffit de voir comment nos hommes d’affaires, universitaires ou politiques qui tiennent pourtant des discours de défiance à l’égard de l’Islam adorent traiter avec les pays du Golfe ! En mettant en avant des logiques religieuses ou raciales, les théories du complot qui pullulent sur Internet détournent les gens de la réalité de notre problème avec les puissants : leur domination économique et financière. En plus, à force de décrire les classes supérieures comme des gens surpuissants, capables d’organiser des manipulations énormes dans le but d’une domination mondiale, on cesse de voir l’énorme fragilité de toutes ces élites : le fait que leur pouvoir ne repose que sur la préservation d’un ordre économique fragile, instable et profondément injuste : le capitalisme.

On a donc raison de ne pas vouloir céder à l’injonction des intellectuels et des politiques à « ne pas tomber dans la théorie du complot ». Bien sûr que nos élites ne font que comploter pour conserver leur pouvoir, qu’elles ne font que mentir en nous faisant croire au bénéfice pour tous de la croissance économique et à la Ve République qui serait au service du peuple ! Il faut le dire et le répéter car, à force de prendre des précautions, on laisse aux fascistes, gourous délirants et autres paumés qui peuplent le web le monopole de la description de l’oppression politique, économique et sociale. Si l’on empêche des collégiens et des lycéens de penser, à l’école, la possibilité de critiquer des élites qui méritent perpétuellement de l’être, alors on les obligera à aller chercher cette critique ailleurs, sur ces sites qui résument grossièrement la domination des puissants à un seul grand dessein plutôt qu’à la multiplicité de leurs gros profits.


[1] Une définition pour le moins extensive est donnée sur la page du colloque : « Discours de mise en accusation, une théorie du complot consiste à dévoiler l’identité de ceux qui ont intérêt au prétendu complot et qui en sont les commanditaires. Ainsi, une théorie du complot désigne toujours, explicitement ou non, un groupe d’individus ou une organisation plus ou moins structurée comme étant à l’origine du complot allégué : sorcières, lépreux, Templiers, juifs, jésuites, francs-maçons, Illuminati, Synarchie, Sages de Sion, sionisme international, Commission Trilatérale, groupe de Bilderberg, services secrets, banques, groupes industriels, multinationales, « complexe militaro-industriel », mouvements politiques ou religieux, sociétés secrètes, etc. Les mobiles avancés sont invariablement : la soif de domination, la quête du pouvoir, l’argent, etc. »

[http://www.education.gouv.fr] page « Journée d’étude Réagir face aux théories du complot »

[2]  « La moitié des Français croient aux théories du complot », Le Monde, 3 mai 2013.

Source : http://www.frustrationlarevue.fr/?p=840

Publié dans Solidarités & résistances

Mardi 14 juin 2016 : manifestation contre la Loi Travail (#PSpourri)

Défendez les droits sociaux conquis par les combats des Anciens et des Anciennes :

Manifester MARDI 14 JUIN 2016 contre la Loi Travail (et s’abonner à Siné Mensuel…) !!

  • Départ à 13h de la Place d’Italie en direction des Invalides
    (Place d’Italie > Avenue des Gobelins > Boulevard Port-Royal > Boulevard Invalides > Esplanade Invalides)

Note M&Cies :

Les modèles de réformes, allemand (Schröder-Hartz) et anglais (Thatcher > Cameron) – dont s’inspire l’attelage néolibéral Hollande-Valls-Macron-Sapin-El Khomri… -, ont systématiquement débouché sur le développement des emplois précaires (CDD, temps partiels, intérim…).
Moins de chômage… ? …Mais plus de travailleurs pauvres !
Retour au 19ème siècle… pour le plus grand bonheur et profit des multinationales.

Sites :


Article sur la Loi Travail
:

  • Déluge de bombes sur le code du travail
    Par Martine Bulard, Les Blogs du Diplo, La Valise diplomatique, le 19 février 2016
    Le patronat et Nicolas Sarkozy en rêvaient, MM. François Hollande et Manuel Valls l’ont fait : si, par hypothèse funeste, le projet de loi « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs » (sic) devait voir le jour, le code du travail ressortirait en miettes. (Le texte complet peut être téléchargé par exemple sur le site de l’Ugict-CGT). « L’objectif, précise la ministre du travail Myriam El Khomri dans un entretien aux Echos (18 février 2016), est de s’adapter aux besoins des entreprises ». On s’en doutait un peu — encore qu’il s’agisse d’une étrange vision des entreprises, réduites à leurs seules sphères dirigeantes.

    Bien sûr, il ne s’agit que d’un projet et tout peut encore bouger. Le pouvoir excelle dans les manœuvres consistant à laisser fuiter les dispositions les plus folles pour ensuite accréditer l’idée que le pire a été évité. Ainsi il a laissé courir le bruit que les heures supplémentaires ne seraient plus rémunérées pour finalement décider un plancher obligatoire de 10 %. Tout le monde crie victoire alors que jusqu’à présent la norme était de 25 %, sauf quelques exceptions !

    Roi de l’entourloupe, le président de la République assure ne pas toucher aux fondamentaux : contrat de travail à durée indéterminée qui reste la règle et la semaine de 35 heures qui demeure la norme légale. Mais il transforme ces deux principes en coquilles vides. Si les mots restent, la protection des salariés disparaît et avec elle l’égalité de traitement des citoyens devant la loi.

    Jusqu’à présent, le principe fondamental du droit du travail donnait la priorité aux lois édictées par les élus de la République à moins qu’un accord à un niveau inférieur (branche, entreprise) se révèle plus favorable au salarié. Désormais, un accord dans une entreprise prévaut sur la loi, même s’il est défavorable à ce dernier. Singulière conception de l’« égalité réelle » ! Cette disposition fondamentale permettra au prochain président de la République d’amputer ce qui restera (encore) des droits des travailleurs.

    Quant au fameux contrat de travail à durée indéterminée (CDI) maintenu dans la loi, il pourra être rompu à tout moment en cas « de réorganisation de l’entreprise » ou de « conquête de marché ». Au delà de ces situations somme toute très fréquentes, la direction n’aura même plus à se justifier : il lui suffira de payer trois mois de salaire pour les employés embauchés depuis moins de deux ans, six pour les moins de cinq ans, etc. La notion même de licenciement abusif disparaît de fait. Le patron qui paye peut se séparer de son salarié sans risque de pénalité supplémentaire.

    Même tour de passe-passe pour les 35 heures. Entre les dérogations, un décompte du temps de travail et le paiement au rabais des heures supplémentaires, la réforme Aubry va passer aux oubliettes…

    Après une lecture rapide des 131 pages de ce nouveau code du travail, on peut retenir les dispositions concernant la durée du travail, la réforme des prud’hommes (le prochain numéro du Monde diplomatique, en kiosques le 2 mars, y consacrera un article), l’élargissement du droit de licencier et de réduire autoritairement les salaires, le moindre paiement des heures supplémentaires, etc.
    (…)
    Source : www.monde-diplomatique.fr/carnet/2016-02-19-code-du-travail


Revue de presse
:

  • « Moins de chômeurs mais beaucoup plus de pauvres en Allemagne » ?
    Par Antoine Krempf, France Info, Le vrai du faux – 2015/2016, le 28 mars 2016
    L’ancien ministre de l’Education et député socialiste Benoît Hamon regrette que l’on compare trop souvent le taux de chômage français à ceux de la Grande-Bretagne et l’Allemagne sans parler du taux de pauvreté plus élevé dans ces deux pays.

    L’écart est même un peu plus élevé que ce qu’affirme le député socialiste. D’après les derniers chiffres d’Eurostat, le taux de risque de pauvreté en Allemagne et au Royaume Uni est de 17%, contre un peu plus de 13% pour la France. Précision, qle risque de pauvreté correspond à 60% du revenu médian, aides sociales comprises.

    Il dépend donc du niveau de vie dans chaque pays. En France, cela représente 987 euros par mois.  Et par ailleurs, c’est donc aussi vrai que le chômage est beaucoup plus faible chez nos voisins britanniques et allemands, un peu plus de 5%, soit deux fois moins qu’en France.

    Un paradoxe apparent qui s’explique en fait logiquement par le nombre de travailleurs pauvres au Royaume-Uni et en Allemagne. Plus de 20% des salariés y gagnent moins de deux tiers du salaire médian, contre 6% en France. Il s’agit surtout de salariés à temps partiels ou en contrats temporaires.

    Ce décalage entre la France et la Grande-Bretagne existe depuis très longtemps. Par contre il y a vraiment eu un basculement en Allemagne sur la dernière décenie. En l’espace de dix ans la proportion de travailleurs qui vivent sous le seuil de pauvreté a plus que doublé Outre-Rhin.

    Source : http://www.franceinfo.fr/emission/le-vrai-du-faux/2015-2016/moins-de-chomeurs-mais-beaucoup-plus-de-pauvres-en-allemagne-28-03-2016-07-51

  • Austérité. L’Allemagne compte dix fois plus de nouveaux pauvres que la France
    Par Ivan du Roy , le 5 mars 2015
    La Commission s’était engagée à faire sortir de la pauvreté 20 millions d’Européens d’ici 2020. Tel était l’une des ambitions sociales de sa stratégie « pour une croissance intelligente, durable et inclusive » définie en 2010. Concrètement, le nombre de personnes pauvres ou en situation d’exclusion sociale devait passer sous la barre des 100 millions en 2020. Cinq ans plus tard, à mi-parcours, on en est très loin ! Plus de 120 millions de personnes sont toujours considérées comme pauvres au sein des 28 États membres. Ce tableau de la pauvreté révèle quelques surprises [1].
    (…)
    Source : http://www.bastamag.net/L-Allemagne-compte-dix-fois-plus-de-nouveaux-pauvres-que-la-France
  • La Grande-Bretagne, royaume des travailleurs pauvres
    Par Eric Albert (Londres, correspondance), Le Monde Economie, le 10 décembre 2014
    Quand Keith Goodes a terminé son travail au centre pour handicapés adultes de Barnet, dans le nord de Londres, il enchaîne immédiatement sur son second emploi. En début de soirée, il part s’occuper à domicile d’une autre personne handicapée. « Je commence mes journées à 8 heures. Je termine à 20 h 30. Mais j’envisage de prendre un troisième emploi le samedi matin, parce que je ne gagne vraiment pas assez », explique ce Londonien de 54 ans.

    Selon des chiffres publiés, mardi 9 décembre, par le Bureau britannique des statistiques, jamais le taux d’emploi n’a été aussi élevé au Royaume-Uni : 87,7 % des familles ont au moins une personne avec un travail. Mais derrière ce record historique se cachent des hommes et des femmes comme M. Goodes, forcés de faire des horaires à rallonge pour boucler leurs fins de mois.
    (…)
    Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/12/10/britannique-au-travail-et-pauvre_4537786_3214.html

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